RD CONGO: L’opposition conteste la réélection de Kabila, le pays a peur

KIKWIT, RD Congo, 10 déc (IPS) – La situation est devenue plus tendue en République démocratique du Congo (RDC) depuis que la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a annoncé vendredi les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 28 novembre, vivement contestés par l’opposition.

Le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies, Roger Meece, invite les candidats perdants à recourir aux voies pacifiques et légales pour exprimer leurs protestations. “Les voies légales sont les mieux indiquées pour tout recours”, indique-t-il, pour éviter des troubles au pays.

En effet, depuis vendredi soir et samedi matin, les habitants de la capitale, Kinshasa, sont terrés dans leurs maisons, apeurés par des coups de feu et des tirs à l’arme automatique, même si les autorités affirment que les policiers, qui assurent l’ordre public, n’utilisent pas de balles réelles.

Le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement congolais, Lambert Mende Omalanga, l’a souligné samedi midi, au cours d’une conférence de presse, appelant au calme et indiquant que l’Etat peut “réduire les libertés pour assurer la sécurité des citoyens”.

En fait, après Etienne Tshisekedi crédité de 32,33 pour cent des suffrages, qui s’est autoproclamé président élu de la RDC depuis vendredi soir, d’autres candidats de l’opposition contestent les résultats provisoires de l’élection présidentielle du 28 novembre, annoncés par la CENI et qui proclament Joseph Kabila réélu avec 48,95 pour cent.

Le candidat Vital Kamerhe, arrivé troisième avec environ huit pour cent, a également rejeté les ces résultats, accusant la CENI d’avoir organisé des fraudes massives, avec des urnes bourrées avant les opérations de vote un peu partout dans le pays, notamment dans la province du Katanga (sud-est de la RDC) et fief du président sortant. Affirmant que le nombre de votants est supérieur au nombre d’électeurs inscrits dans la province du Katanga, Kamerhe, qui était l’ancien président de l’Assemblée nationale avant de quitter le parti de Kabila et de passer dans l’opposition, a déclaré aux journalistes que “la CENI a volé la victoire de Tsisekedi qui est élu par le peuple congolais”. Un autre candidat malheureux de l’opposition, avec un score insignifiant, Nzanga Mobutu – fils de l’ancien maréchal président – rejette, lui aussi, les résultats de la CENI, apportant son soutien à Tshisekedi qu’il considère comme le vainqueur du scrutin présidentiel. Par contre, le candidat de l’opposition classé quatrième avec environ 4,5 pour cent, Kengo Wa Dondo, président du Sénat, déclare qu’il reconnaît les résultats proclamés par la CENI, estimant qu’il ne sert à rien de replonger la RDC qui n’est pas encore remise des blessures profondes des nombreuses guerres civiles au cours des années 1990 et autres attaques armées contre les populations dans les années 2000. “Nous demandons à la communauté internationale, qui est la garante de la paix à travers les pays du monde, de tout faire pour que le sang du peuple congolais ne puisse pas couler, et de trouver une solution rapide à ce problème”, a déclaré Tshisekedi lui-même ce samedi à la presse, tout en continuant de contester les résultats.

De leur côté, les partisans de Kabila se réjouissent de sa réélection. «C’est une victoire éclatante du candidat Joseph Kabila. C’est aussi une victoire du peuple, car les élections ont eu lieu de façon transparente et crédible», affirme Obe Minaku, secrétaire général de la Majorité présidentielle à Kinshasa, la capitale de la RDC. Minaku ajoute que c’est la première fois que le peuple congolais organise lui-même ses élections, et c’est un acte qui témoigne d’une «véritable souveraineté. C’est une victoire de la démocratie».

Edo Ankwet, un chauffeur de chauffeur de taxi à Lubumbashi, capitale provinciale du Katanga, dans le sud-est, ne partage pas cette opinion. «La Cour suprême de justice ne peut pas valider ces résultats provisoires étant donné que ce n’est pas crédible».

Pascaline Nela, 24 ans, une jeune diplômée sans emploi à Kikwit, capitale provinciale du Bandundu, dans le sud-ouest du pays, regrette aussi la réélection de Kabila. «Moi, j’avais voté pour Kamerhe; j’aurais voulu qu’on ait aussi un président qui sort de l’opposition», dit-elle à IPS.

Mais, les Congolais ordinaires attendent seulement que le nouveau président réduise leur grande pauvreté. «Je veux que le président élu puisse améliorer le social et l’économie de la RDC. Plusieurs de nos enfants ont fini les études secondaires et universitaires, mais traînent encore dans le chômage», déclare Pauline Mukanda, une paysanne du Bandundu.