DEVELOPPEMENT: Les Anti-G20 se préparent à leur cause

AIX-EN-PROVENCE, France, 28 oct (IPS) – Les groupes altermondialistes et anticapitalistes vont se réunir à l’aube du sommet du G20 à Cannes, dans le sud-est de la France, la semaine prochaine.

Cannes étant sous un strict contrôle policier du 31 octobre au 4 novembre pour le sommet du G20, le Forum des peuples a négocié la permission aux autorités locales de se réunir à Nice, à 30 kilomètres plus loin. Le Forum rassemblera de nombreuses organisations non gouvernementales comme Attac, Oxfam France, Greenpeace France, et Action contre la faim.

Avec leur slogan «Les peuples d’abord, pas la finance!», ces organisations sont déterminées à générer une forte mobilisation contre le G20 et sa politique de suprématie de la finance.

«Par une mobilisation forte, on peut inverser le rapport de force», affirme à IPS, Valérie Brulant, membre d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne).

Saluant le mouvement des «indignados» (des indignés) de mai en Espagne et 'Occupy Wall Street' qui est toujours en cours à New York, et le large support dont ils bénéficient à travers le monde, elle pense que par cette dynamique, «les gens se rendent finalement compte que la crise a été provoquée par les banques, et qu’on fait payer cette crise au peuple».

Antoine Lupera, membre du comité exécutif de section du Parti communiste français (PCF), dans la région d’Aix, indique que le PCF se joindra au Forum des peuples à Nice, car ils partagent les mêmes idées.

«Un de nos principaux combats est le combat pour l’émancipation des hommes et des femmes, et nous pensons que le système, et particulièrement le système institué par le G20, est totalement inadéquat pour notre idée de l’émancipation», déclare-t-il à IPS.

«(Ce système) donne le pouvoir à un petit groupe de personnes, à un petit groupe de pays (le G20), qui ont le pouvoir financier et économique de grosso modo faire ce qu’ils veulent avec, et ce qu’ils veulent avec leur argent – refinancer les banques, promouvoir le système capitaliste dans lequel nous vivons, au lieu de vouloir le changer».

Par-dessus tout, «ils sont contre l’un de nos principaux principes», dit-il, ajoutant: «Les humains doivent passer en premier, et ce ne sera pas le cas avec ce genre de réunions».

Brulant explique qu’avec les dernières conclusions du G20, on voit bien que ce groupe n’est que sur de la communication, et jamais sur des actions concrètes. Une des raisons essentielles de tant d’hypocrisie tient dans leur manque de moyens, à la fois pour appliquer leurs décisions et pour sanctionner les pays qui ne les mettent pas en œuvre, dit-elle.

«Le G20 est non seulement illégitime, mais il est nuisible», affirme-t-elle. Il est illégitime car, alors que les crises financière, économique et sociale affectent tous les pays du globe, «seulement 20 se réunissent pour régler le problème, 174 autres n’ayant pas voix au chapitre… C’est inadmissible».

Il est nuisible, estime Brulant, parce que «ce G20 fait tout pour pérenniser le système et soutenir les marchés financiers, et donc la dictature de la finance… Aller toujours vers le maximum de profit à court terme (se fait) au détriment des peuples, au détriment des droits sociaux, environnementaux».

Gildas Jossec, expert en régulation financière et transparence des lobbies à l’AITEC (Association internationale de techniciens, experts et chercheurs), explique à IPS que le système bancaire doit à nouveau se concentrer sur ses activités de financement de l’économie. Ainsi il «spéculerait moins sur les marchés financiers… donc ne prendrait pas des risques complètement inconsidérés».

Il soutient également la mise en œuvre de la taxe sur les transactions financières, qui pourrait générer un revenu très conséquent qui servirait à financer le développement et la lutte contre le changement climatique. Mais le lobbying très fort de l’industrie financière, qui a mené à la crise économique, est un obstacle, souligne-t-il.

Les activistes ont désormais le courage de faire face à cette domination. «On a bien un ensemble de populations à l’échelle de la planète qui, à travers ces mobilisations là, sont en train de s’informer, de se conscientiser, de se politiser, de réfléchir à la société dans laquelle on vit, à partir de ce qui les impacte localement», explique l’expert environnemental d’AITEC, Maxime Combes.

«La mobilisation contre le G20 à Nice est un moment important pour donner à voir à la face du monde qu’on rejette leur modèle, à travers une mobilisation et une manifestation internationales, mais qu’on a également des propositions, des préconisations, des exigences, des alternatives déjà existantes, et qui vont être diffusées à travers le Forum des peuples».