GWELEKORO, Mali, 29 août (IPS) – Au moment où les travaux champêtres battent leur plein, la plupart des petits paysans du Mali manquent de vivres. Cette crise alimentaire, qui a commencé avant le début de l’hivernage en juillet dernier, se poursuivra jusqu’aux prochaines récoltes en octobre prochain.
Profitant d’une des rares humidités du début du mois d’août, la veuve Kadia Samaké, le regard triste, déambule dans son champ en jetant des poignées de graines d’arachides. Derrière elle, ses enfants, labourant avec une charrue, interrompent parfois les chants d’oiseaux par des cris visant à accélérer le rythme des animaux de trait. Mais, cette paysanne du village de Gwelekoro, dans le sud du Mali, et ses enfants ont cessé de vivre des produits de leurs champs avant le début de la saison des pluies. «J’ai récemment pris un sac de mil à crédit à la banque de céréales du village pour nourrir mes enfants avec qui je cultive mes champs. Quand je les vois travailler au champ avec le ventre vide, je me sens mal», déclare Samaké à IPS. «Mais ces difficultés vont continuer jusqu’aux prochaines récoltes». Dans ce village, les dernières récoltes qui ont eu lieu entre octobre et décembre 2010 n’ont pas été bonnes. «L’année dernière, la saison des pluies était bonne jusqu’au moment où les céréales prenaient des épis. Il s’est arrêté de pleuvoir vers la fin de la saison, et les épis n’ont pas eu assez de graines», a-t-elle ajouté. Environ 500 personnes habitent Gwelekoro, qui se vide en cette période de ses bras valides pendant la journée au profit des travaux champêtres. Pourtant, presque tous les paysans sont obligés d’acheter des vivres. «Aujourd’hui, dans notre village, les paysans qui vivent des produits de leurs champs ne dépassent pas cinq familles. C’est un nombre très limité de personnes qui trouvent de quoi se nourrir pendant toute l’année», a indiqué à IPS, Adama Zan Diarra, un vieil homme habitant Gwelekoro. Pourtant, le ministre malien de l’Agriculture, Agatam Ag Alassane, a estimé en juin dernier que 2010 a été une bonne année, avec une production de sept millions de tonnes de céréales. Et malgré le retard des pluies en 2011, le pays compte atteindre huit millions de tonnes aux prochaines récoltes grâce à la subvention des intrants agricoles, notamment les engrais et les pesticides. Mais malgré l’embellie de 2010, l’étendue de la pénurie alimentaire pendant la période des travaux champêtres reste grande. «Plus de 80 pour cent des paysans maliens sont confrontés à une rupture de stock en céréales pendant l’hivernage. Le problème s’accompagne de l’éclatement des grandes familles qui fait éclater les terres», a expliqué à IPS, Oumar Coumaré, responsable du programme semences à l’Association des organisations professionnelles paysannes du Mali (AOPP), une organisation non gouvernementale (ONG) nationale. Boba Abed-Nego Dackouo, président de l’association paysanne de San, une localité sud du Mali, a affirmé que toutes les dépenses que font les paysans sont liées à l’agriculture: les mariages, la santé, l’éducation et les imprévus. «C’est pour cela que nous finissons les stocks avant l’hivernage», a-t-il dit à IPS. La rupture de stock en céréales est due à plusieurs causes, dont la mauvaise gestion. Ainsi, l’AOPP et d’autres ONG fournissent des semences précoces aux paysans dans les huit régions du pays et les encadrent. «Nous expliquons aux paysans que ce qu’ils doivent faire dès les premiers jours des récoltes, c’est de garder 250 kilogrammes de céréales pour chaque membre de la famille avant de faire d’autres dépenses ou de distribuer des vivres aux proches de la famille», a indiqué Coumaré. Les changements climatiques sont aussi pointés du doigt par des spécialistes. Habouré Sissoko, chargé de communication à l’AOPP, a déclaré les saisons de pluies commencent tardivement et finissent tôt. «Au lieu de juin, il pleut en juillet maintenant et les pluies s’arrêtent en septembre. Dans ces conditions, le paysan qui n’est pas bien équipé ne peut pas produire suffisamment pour toute l’année», explique-t-il à IPS. Selon lui, le paysan doit avoir, en plus des outils de travail, des semences adaptées au climat. Les deux dernières saisons de pluies ont été mauvaises dans le village de Gwelekoro, et les paysans s’inquiètent de leur avenir à cause de la persistance des pénuries. «Pendant l’année 2009, il n’a pas plu au milieu de l’hivernage. Mon champ de riz s’est asséché comme s’il avait été brûlé par le feu; je n’ai pas récolté une seule graine de riz. Si cette situation continue, l’avenir sera compromis pour nos enfants», a déploré la veuve Samaké.

