SOMALIE: "Des enfants mourants ignorés pour sauver les plus chanceux"

MOGADISCIO, 22 juil (IPS) – Des dizaines de milliers de Somaliens affamés se sont dirigés vers la partie de Mogadiscio contrôlée par le gouvernement pour chercher la nourriture, mais beaucoup de parents ont pris la décision angoissée d’abandonner un enfant trop faible pour faire le voyage, espérant sauver les autres.

Pendant que beaucoup de sudistes abandonnent leurs maisons et se dirigent vers la ville capitale pour chercher de l'aide dans la partie de Mogadiscio dirigée par le gouvernement, des histoires abondent sur le décès des faibles et des infirmes en cours de route. Il y a même des histoires d'enfants laissés derrière parce qu'ils étaient trop faibles pour se déplacer. Tels étaient les “sacrifices” que beaucoup de familles étaient obligées de faire pour sauver les autres enfants.

“Des gens nous ont dit que des personnes âgées sont mortes, tandis que des enfants incapables de se déplacer, et sur le point de mourir, ont été laissés (derrière) pour sauver ceux qui étaient chanceux”, a déclaré Mohamed Diriye, un responsable principal dans un groupe local d’appui contre la sécheresse à Mogadiscio, la capitale somalienne.

Diriye a ajouté que la plupart des déplacés ont rejoint en toute sécurité Mogadiscio et les camps de réfugiés au Kenya et en Ethiopie voisins. Cela survient pendant que les Nations Unies déclarent la famine dans deux régions du sud de la Somalie, Bakool et le Bas-Shabelle. L'ONU estime qu'environ 2,8 millions de personnes sont dans le sud, mais ajoute que près de la moitié de la population de la Somalie est confrontée à une crise humanitaire.

La Somalie est l'épicentre d'une sécheresse prolongée qui a, pendant la dernière année et demie, a ravagé la Corne de l'Afrique. Cette sécheresse, qui a également touché certaines parties de Djibouti, d’Ethiopie et du Kenya, a été décrite par les agences humanitaires comme la pire en six décennies.

Le Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Antonio Guterres, a indiqué, au cours d'une visite au camp de réfugiés de Dadaab, près de la frontière kényane avec la Somalie, que la sécheresse était la “pire crise humanitaire au monde”.

Jusqu'à présent, il est impossible pour les agents d’aide humanitaire étrangers de travailler dans le sud de la Somalie puisque le groupe rebelle islamiste, Al-Shabaab, qui contrôle une grande partie du sud, a interdit aux agences humanitaires d'opérer dans les régions sous son contrôle depuis 2009.

Ce groupe terroriste a récemment annoncé qu'il lèverait l'interdiction afin d’autoriser l'aide aux communautés affectées par la sécheresse. Cependant, bon nombre de gens au sud ont déjà commencé à fuir la région pour les pays voisins et les parties de la Somalie contrôlées par le gouvernement, en quête d'aide.

Les Nations Unies ont salué la nouvelle, mais ont déclaré dans un communiqué que “l'incapacité des agences de distribution de vivres à travailler dans la région depuis le début de 2010, a empêché l'ONU d'atteindre les personnes très affamées – en particulier les enfants – et a contribué à la crise actuelle”.

Toutefois, un porte-parole d’Al-Shabaab a déclaré encore que l’accès à leur zone n’était plus autorisé, selon des informations diffusées par des médias ce vendredi. La Somalie ne dispose pas d'un gouvernement central efficace et est ébranlée par deux décennies de guerre civile. L'actuel gouvernement somalien est soutenu par près de 10.000 soldats de maintien de la paix de l'Union africaine, et contrôle seulement un peu plus de la moitié de Mogadiscio, la capitale balnéaire du pays. Al-Shabaab, qui a des liens avec Al-Qaeda, contrôle le reste de la ville.

Les réfugiés continuent d'affluer vers la partie de Mogadiscio contrôlée par le gouvernement après avoir fait le voyage périlleux à pied depuis le sud.

Quand ils atteignent les bâtiments de la ville criblés de balles et abandonnés, tous n’arrivent pas à obtenir de l'aide.

“Ma famille a perdu tout notre bétail…à cause du manque de pâturage et d'eau. Il n'a pas plu pendant un an et demi, alors les herbes sont mortes. Les puits, les rivières et les étangs ont tari”, a souligné à IPS à Mogadiscio, Muse Elmi, un père de 10 enfants. Sa famille a fui un village de la province de Bakool, dans le sud de la Somalie, et est arrivée récemment dans un camp nouvellement créé pour les personnes déplacées par la sécheresse.

Le gouvernement somalien a construit le camp à l'extérieur de la ville pour les personnes déplacées par la sécheresse, qui est, selon lui, plus agréable puisque l'aide peut être facilement distribuée aux gens dans le besoin par les agences humanitaires, qui sont censées gérer les camps.

Mais il n'y a pas assez de place dans les camps pour loger tous ceux qui cherchent de l'aide et la plupart des arrivants ont cherché refuge dans des bâtiments désaffectés et délabrés à Mogadiscio.

“Nous n’avions pas alors d'autre choix que de marcher pendant 15 jours pour rejoindre Mogadiscio. Nous espérions que nous bénéficierons du soutien du gouvernement et des agences humanitaires, mais jusqu'ici, nous avons reçu peu d'aide”.

Elmi a indiqué que depuis l’arrivée de sa famille dans la capitale, il n’a reçu de l'aide alimentaire qu’une fois auprès de SAACID, une organisation non gouvernementale (ONG) locale.

Le nombre exact de ceux qui fuient le sud de la Somalie touchée par la sécheresse pour Mogadiscio est difficile à obtenir puisque les responsables gouvernementaux et les ONG locales donnent des estimations différentes. Certains disent qu'il y a 20.000 réfugiés venus du sud à Mogadiscio, tandis que d'autres annoncent près de 30.000.