LE CAP, 18 juil (IPS) – Des scientifiques sud-africains ont développé une méthode respectueuse de l'environnement pour purifier l'eau hautement toxique et la convertir en eau potable. Une fois disponible dans le commerce, cette méthode pourrait réduire radicalement l’impact négatif de l'industrie sur la pollution de l'eau.
Alison Lewis, professeur de génie chimique à l'Université du Cap, en Afrique du Sud, qui dirige la recherche depuis 2007, affirme que 99,9 pour cent de l'eau polluée peut être réutilisée après l'application de la nouvelle technique. Contrairement aux autres méthodes de purification de l'eau, elle ne produit pratiquement aucun déchet toxique.
“C'est une technologie rentable et respectueuse de l’environnement, qui peut être utilisée pratiquement dans tous les secteurs industriels qui polluent l'eau et produire donc de l’eau salée”, explique Lewis. Cela comprend des secteurs tels que l'exploitation minière, l'industrie pétrolière et gazière, l'industrie chimique, le traitement du papier, ou les égouts.
Cette méthode de séparation et de purification simultanées est fondée sur la baisse la température de l'eau contaminée jusqu'à atteindre son point eutectique – la température la plus basse possible de solidification. A ce stade, les toxines se cristallisent pour former des sels et coulent au sol, tandis que l'eau potable se transforme en glace, flottant à la surface.
“Par sa nature, la glace est la forme la plus pure de l'eau, parce qu’elle repousse toutes les impuretés. C'est en réalité très simple”, explique Lewis. “La méthode est d'une importance écologique parce qu’elle peut transformer les déchets toxiques en un produit utile”.
Des entreprises industrielles en Afrique du Sud, mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas, au Canada et en Australie ont déjà exprimé leur intérêt pour cette nouvelle approche”, déclare-t-elle.
La méthode de purification de l'eau a également reçu le soutien de la 'South African Water Research Commission' (Commission sud-africaine de recherche sur l’eau). “La cristallisation du gel eutectique est une excellente méthode de recyclage de l'eau qui dépasse toutes les méthodes existantes pour purifier l'eau toxique”, confirme le directeur de recherche de la commission, Dr Jo Burgess.
Jusqu'à présent, l'eau industriellement polluée est purifiée en utilisant deux méthodes: l’eau salée est soit stockée dans de grands bassins d'évaporation, qui exposent les eaux souterraines au danger de pollution, ou à travers une méthode de cristallisation basée sur l'évaporation, qui utilise d'énormes quantités d'électricité. Cependant, la cristallisation du gel eutectique consomme six fois moins d'électricité que la méthode d'évaporation conventionnelle, indique Lewis.
“En outre, les deux méthodes existantes laissent des déchets toxiques derrière et ne sont donc pas écologiquement durables”, observe Burgess. Les méthodes conventionnelles produisent des solides toxiques, l’accumulation de toutes les toxines dans l'eau salée, qui doivent être ensuite éliminées correctement.
En revanche, la cristallisation du gel eutectique donne 99 pour cent de produits utilisables – de l’eau potable et des sels purs. “Elle est par conséquent entièrement écologique”, affirme Lewis. Elle indique que les entreprises peuvent faire des recettes supplémentaires en vendant ces sels, espérant que cela constituera une autre incitation à utiliser la nouvelle méthode.
Le recyclage des rares ressources en eau a également un sens économique. Un rapport de la 'Green Economy Initiative' (Initiative pour une économie verte) du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) – qui aide les gouvernements dans l'élaboration des politiques, les investissements et les dépenses vers une gamme de secteurs verts, y compris les technologies propres, l'industrie, les énergies renouvelables et les services de l'eau – montre que chaque dollar investi dans l'eau potable, crée des “recettes” sanitaires, sociales et écologiques d’une valeur de trois à 34 dollars.
“L’investissement dans l'eau potable fournira des dividendes multiples”, promet le directeur exécutif du PNUE, Achim Steiner. “Relever le défi des eaux usées n'est pas un luxe, mais un acte prudent, pratique et transformateur, capable de renforcer la santé publique, d’assurer la durabilité des ressources naturelles et de créer des emplois pour une gestion de l'eau, meilleure et plus intelligente”.
En Afrique du Sud, la cristallisation du gel eutectique pourrait être utilisée dans le secteur minier, qui produit depuis des décennies plus d’eau salée que les entreprises ne peuvent en recycler. L'exploitation minière est le secteur le plus important de l'économie du pays, qui est riche en or, en platine, en diamants et en charbon. Depuis des années, l'eau polluée est stockée dans tout le pays dans de grands bassins d'évaporation.
“Le problème est que nous produisons beaucoup plus d’eau salée que nous ne pouvons en évaporer. Et même si nous réussissions à faire évaporer tout, les déchets non recyclables resteraient. Les bassins d'évaporation ne sont donc pas une solution durable, écologique”, avertit Burgess.
La cristallisation du gel eutectique pourrait économiser au gouvernement sud-africain d'énormes sommes d’argent. Le ministère des Affaires environnementales a récemment annoncé qu'il a besoin d'au moins 30 millions de dollars pour drainer l’eau salée uniquement des plus grandes zones minières autour de Johannesburg, la principale ville du pays. L’eau minière acide s’accumule dans les canaux de Gauteng, la province dans laquelle est située Johannesburg, à seulement 500 mètres en dessous de la surface et son élimination devrait être la principale priorité, a prévenu le ministre de l'Environnement, Edna Molewa.

