SENEGAL: Un bassin piscicole donne un nouveau souffle aux jeunes ruraux

DAKAR, 18 juil (IPS) – La pisciculture dans le bassin de Sébi Ponty, un village situé près de Dakar, au Sénégal, est devenue une des principales activités économiques pour de nombreux jeunes de cette localité, a constaté IPS. Le bassin avait été empoissonné de 17 tonnes d’alevins de l’espèce tilapia en 2006.

Ce bassin de 500 mètres de longueur, 400 mètres de largeur et d’environ quatre mètres de profondeur, qui fournit 50 kilogrammes de poissons par jour, permet à 300 jeunes de la localité, regroupés en coopérative, de s’adonner à une activité génératrice de revenus, pour lutter contre le chômage et la pauvreté, selon l’Agence nationale de l’aquaculture (ANA).

A l’approche du bassin, on entend les chants des jeunes employés du bassin, qui tirent avec force sur les filets de pêche. Des poissons sautillent pour échapper aux mailles des filets, au grand bonheur d’une horde d’enfants qui attend sur la berge. Pour les habitants des sept villages qui entourent le bassin, cela annonce le début d’une intense activité de récolte de poissons, de juillet à septembre. Puis en octobre, commence le repos biologique de deux ou trois mois pour laisser les alevins se reproduire. Ensuite, arrive une autre saison de pêche moins intense, de décembre à février. Pape Ndaw, un jeune employé de 20 ans environ, affirme que l’activité de la pêche dans le bassin – construit depuis le temps colonial – nourrit actuellement plusieurs familles après été réhabilité en 2006 par la direction du génie rural.

«Aujourd’hui, ce bassin nous sert aussi pour diverses activités agricoles et d’élevage, auxquelles s’ajoute la pisciculture», indique Ndaw à IPS. «Je gagne plus de 120.000 francs CFA (environ 270 dollars) par mois, lorsqu'on a de bonnes prises de poissons. Je nourris mes parents qui sont déjà vieux et ma petite famille», explique-t-il. «Je ne vis que de cette activité de pêche sur le bassin. Mais, lorsqu’on exige de nous un repos biologique de deux ou trois mois afin que les poissons se reproduisent, je prends ce temps pour m’occuper de mes volailles à la maison», ajoute Ndaw, un peu joyeux.

Selon Anta Diagne Diouf, 30 ans, le bassin est une opportunité pour les jeunes de la localité. Avec la vie chère et l’exode rural des jeunes vers Dakar, la capitale, le bassin constitue une réelle occupation pour ceux qui y travaillent.

«Nous sommes les vendeuses des produits de pêche… Nous partageons la recette en prenant le même montant que les hommes», affirme Diouf à IPS. «Pendant l’arrêt des activités de pêche, lorsque les hommes s’occupent des animaux ou de la réparation des filets pour la nouvelle saison de pêche, nous les femmes, nous nous occupons de vanner les céréales et d’entretenir les enclos des animaux», indique-t-elle.

L’activité piscicole, selon Awa Guèye, la représentante les jeunes employés du bassin, satisfait d’abord un besoin d’alimentation au niveau des familles, ensuite, c’est une source de revenus. «Auparavant, les femmes étaient obligées d’aller jusqu’à Rufisque, à plus 20 kilomètres de Sébi Ponty, pour s’approvisionner en poissons. L’importance de ce bassin réside dans le fait qu’il contribue à freiner l’exode rural et à occuper les femmes dans la localité», souligne-t-elle à IPS.

Pourtant, Mamadou Ngom, chef de la division de valorisation des bassins de rétention et de vulgarisation à l’ANA, estime que si le bassin constitue un rempart économique pour cette localité, il reste néanmoins confronté au problème d’ensablement causé par un déficit d’eau. «Ce problème est dû à une surexploitation de l’eau, avec les maraîchers de la zone qui devaient cesser le pompage. Aussi, les filets utilisés pour la capture des poissons ne sont pas tout à fait adaptés», explique Ngom à IPS. «A cela, s’ajoute le manque de matériels de pêche, de conservation du poisson, et de financement des acteurs. Les pêcheurs ont besoin de pirogues, de filets, des grillages de protection du bassin pour empêcher l’évasion des poissons, surtout en période de crue», souligne-t-il.

Selon les techniciens de l’ANA, le bassin doit donc franchir certains obstacles liés à la formation des acteurs, à la disponibilité du matériel, au financement, mais en particulier à la cohabitation entre pêcheurs, agriculteurs et éleveurs.

Le président du comité de gestion du bassin, Amadou Camara, explique qu’en plus de la pêche, le bassin a une forte vocation d’horticulture et d’élevage. Ce qui pose un problème de bon voisinage entre les acteurs qui s’activent dans ces différents secteurs. «Les jardiniers pour arroser utilisent l’eau du bassin. Les éleveurs amènent leur bétail s’abreuver au bassin, surtout pendant la sécheresse. Ce qui crée le plus souvent une tension entre nous, responsables de la gestion du bassin, et les éleveurs ou les jardiniers», indique-t-il.

Le ministre chargé des Bassins de Rétention, des Lacs artificiels et de la Pisciculture, Babacar Ndao, déclare que l’Etat procédera bientôt au désensablement du bassin. «On est conscient que le bassin est multifonctionnel, utilisé à la fois par les maraîchers, les éleveurs, les paysans et les pisciculteurs, d’où l’urgence de le curer afin de le pérenniser», dit-il à IPS. «En plus, l’Etat va entamer un programme de renforcement de l’équipement et de formation des membres des différents sites. De même, le système de goutte à goutte (pour l'utilisation de l'eau) va être entamé avec l’appui de la coopération israélienne», ajoute-t-il.