NAIROBI, 15 juil (IPS) – Au Kenya, acheter des médicaments dans une pharmacie non agréée signifie que vous courez un risque plus élevé d'acheter des produits soit de qualité inférieure ou contrefaits qui forment 30 pour cent de tous les médicaments vendus dans le pays.
Des fabricants de médicaments, des représentants de gouvernement et des pharmaciens venus de six pays d'Afrique de l’est ont observé que la région est remplie de médicaments soit de mauvaise qualité, ou contrefaits.
“Le plus grand défi, c'est qu'il est très difficile d'identifier les médicaments contrefaits simplement en regardant soit le médicament soit l'emballage. Dans plusieurs cas, nous avons vu des médicaments contrefaits qui ont été mieux emballés que les originaux”, a déclaré Dr Jayesh Pandit, le directeur de la pharmacovigilance à la 'Pharmacy and Poisons Board' (Commission de contrôle des pharmacies et des poisons) au Kenya.
La commission exhorte les Kényans, à travers des campagnes médiatiques, à acheter les médicaments à la fois à la mode et salvateurs uniquement auprès des pharmacies et pharmaciens agréés afin de réduire le risque d'acheter des substances qui seraient préjudiciables à leur santé.
“Je ne dis pas que nous devrions faire confiance aux pharmaciens certifiés à 100 pour cent. Mais acheter des produits auprès sur ces points de vente peut réduire de plus de 50 pour cent le risque d'acheter des médicaments de qualité inférieure ou contrefaits. C'est parce que ces pharmacies sont régulièrement inspectées par la Commission de contrôle des pharmacies et des poisons sans préavis”, a expliqué Pandit.
La seule façon d'identifier ces pharmacies et pharmaciens, c’est de regarder le certificat, qui est censé être visiblement accroché. Des badges verts sont également donnés aux pharmaciens, qu’ils sont censés porter à tout moment, tandis que les technologues pharmaceutiques reçoivent des badges bleus.
“Cependant, l'autre défi est que des commerçants peu scrupuleux fabriquent déjà de faux badges pour tromper le public. Mais nous avons une équipe spéciale d'inspection sur le terrain à l'affût. Et jusqu'à ce jour, certains coupables ont été déjà arrêtés et traduits en justice”, a indiqué Pandit.
Dans l'une des fraudes les plus mémorables au Kenya, tout un conteneur de comprimés de Panadol Extra contrefaits, d’une valeur de plus de 62.000 dollars, a été saisi il y a trois ans. (Panadol Extra est un antalgique fabriqué par GlaxoSmithKline Pharmaceuticals). Lorsque les comprimés ont été examinés par le 'Kenya Medical Research Institute' (Institut de recherche médicale du Kenya), il a été constaté qu’ils contiennent de la craie sans aucun ingrédient actif que ce soit.
On constate que certains produits contrefaits contiennent trop d'ingrédients actifs – soumettant l'utilisateur final à une overdose. Alors que d’autres médicaments ont peu ou pas d’ingrédients actifs – soumettant le patient à la sous-dose, on remarque que d'autres contiennent des substances potentiellement mortelles, notamment des pesticides, des métaux lourds, de la craie, de la peinture au plomb pour chaussée, de l'encre d'imprimante et de l'arsenic.
Selon Steve Allen de Pfizer – la plus grande société pharmaceutique au monde – un grand nombre de médicaments contrefaits sont encore sur le marché. Certains de ces médicaments contrefaits sont dans la chaîne d'approvisionnement authentique, dans beaucoup de cas sans que les fournisseurs et les détaillants ne sachent.
“Les médicaments contrefaits peuvent nuire, et nuisent gravement aux malades, ce qui peut parfois conduire à la mort”, a déclaré Allen, directeur principal de la sécurité mondiale – dans sa firme – pour l'Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique.
Entre 2004 et 2010, les autorités du monde entier ont saisi 65 millions de doses de médicaments de Pfizer contrefaits. Toutefois, Pfizer estime que cette quantité n'est qu'un tiers de ce qui est déjà sur le marché.
“Ceci n'est que la partie émergée de l'iceberg. Il nous faut des efforts concertés pour enrayer ce fléau qui affecte non seulement l'Afrique, mais aussi le monde développé”, a ajouté Allen.
Pour faire cela, le cadre juridique du Kenya doit être réexaminé.
“Les lois que nous avons pour l'instant sont soit obsolètes, soit ne sont pas appliquées”, a observé Pandit.
Il pointe du doigt la loi actuelle du Kenya, qui prévoit des directives à suivre pour diriger la Commission de contrôle des pharmacies et des poisons dans le pays.
“Cette loi a été mise en place en 1957. Et depuis ce temps, beaucoup de choses ont changé; par conséquent, elle doit être corrigée afin d’avoir un sens dans le monde actuel”, a-t-il indiqué.
“La seule façon de lutter contre ce fléau pour le moment, c’est à travers une collaboration avec tous les acteurs, des utilisateurs finaux des médicaments, à tous les fabricants, en passant par les distributeurs, les autorités de régulation, la douane et la police, entre autres”, a souligné Pandit.
La Commission de contrôle des pharmacies et des poisons veut que les gens signalent les médicaments contrefaits ou de qualité inférieure.
“Nous avons élaboré un formulaire “simple à comprendre” en un anglais simple à utiliser pour signaler les médicaments de qualité inférieure et de mauvaise qualité. Il est disponible en format PDF sur notre site web que n’importe qui peut imprimer, et dans toutes les installations sanitaires publiques pour que les gens les prennent et les remplissent, puis les présentent aux pharmaciens provinciaux proches, ou les envoient par courrier électronique directement à la commission”, a expliqué Pandit.
Le formulaire exige que le plaignant signale toutes les anomalies identifiées avec le médicament. Il pourrait s’agir, entre autres, de la couleur, de l'inefficacité ou d'un emballage suspect.

