AFRIQUE: Plus attractive pour les investisseurs indiens et autres

JOHANNESBURG, 18 juin (IPS) – Une réduction de la bureaucratie et une amélioration des conditions politiques signifient que l'Afrique subsaharienne devient une destination plus attractive pour les investissements directs étrangers, venant en particulier de l'Inde.

L'Institut sud-africain des affaires internationales a rassemblé des experts venus de l'Inde et d'Afrique, à Johannesburg, en Afrique du Sud, les 9 et 10 juin pour examiner les possibilités d'approfondir l'engagement pris entre les économies Sud-Sud et la plupart sont d'avis que les opportunités économiques abondent. Oti Ikomi, chef de groupe des produits d'entreprise bancaire du Groupe Ecobank, affirme que la réduction du risque politique et des incidents de conflit en Afrique subsaharienne crée des opportunités. Ecobank est une institution bancaire régionale avec des succursales dans des pays d’Afrique de l'ouest, d’Afrique centrale, orientale et australe. “Ajouté à cela, le PIB (produit intérieur brut) sur le continent atteint 70 pour cent, représentant 1,76 pour cent du total mondial. Bien que cela soit encore très faible, c'est une augmentation substantielle. L'inflation moyenne est en baisse de 13,6 pour cent en 2008 à huit pour cent en 2010. “L'Afrique est la troisième région à croissance plus forte au monde, après le Moyen-Orient et l’Asie. Mais l'investissement direct étranger est actuellement relativement stable par rapport aux chiffres de 2008”. Ikomi estime qu’en plus des conditions politiques favorables, la bureaucratie perturbe moins les affaires en Afrique. En général, les conditions économiques deviennent plus favorables: “Il faut désormais deux jours, et trois étapes, pour créer une entreprise au Rwanda”. “La dette publique est toujours relativement faible, comparativement au premier monde et l'accès à ce capital devrait être utilisé pour développer des communautés en Afrique. Le fait est que les classes moyennes africaines se développent rapidement. Cela signifie qu'il y a plus d'argent à dépenser sur les biens, créant plus d'opportunités pour les investisseurs”, s'enthousiasme Ikomi. Cependant, il demeure encore une certaine prudence au sujet des conditions globales pour des investissements étrangers directs en Afrique. Les problèmes comprennent le manque important de ressources humaines et de compétences économiques sur le continent. Une coopération plus étroite entre les Etats africains, l'Inde et la Chine pourrait “faire beaucoup pour améliorer la situation”, croit Ikomi. Mais cette interaction doit créer une situation gagnant-gagnant pour toutes les parties. Stephen Gelb de l'Université de Johannesburg affirme que les statistiques montrent que le commerce entre l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud est en constante augmentation. Des chiffres obtenus de la 'South African Reserve Bank' (Banque centrale d’Afrique du Sud) indiquent que les échanges commerciaux entre l'Afrique du Sud et l’Inde s’élevaient à 18 millions de dollars en 2002. En 2009, ces chiffres ont grimpé pour atteindre 342 millions de dollars. Gelb estime que ces chiffres pourraient être “une grave sous-estimation” des vrais échanges commerciaux qui se passent entre l'Inde et l'Afrique du Sud. “Les investissements de 'Tata Holdings', seule, pourraient s’élever à 1,6 milliard de dollars”. La recherche de Gelb montre qu’en 2010, il y avait 93 entreprises indiennes opérant en Afrique du Sud, contre 47 sociétés chinoises. Quelque 45 entreprises sud-africaines opéraient en Inde et 32 en Chine. Les statistiques montrent que quatre dollars sur 10 dollars dépensés en investissant en Afrique du Sud vont vers l'industrie de transformation, bien que les pays locaux retirent leur argent du secteur manufacturier, affirme Gelb. “Une autre tendance intéressante est que ces sociétés cherchent à vendre dans les marchés locaux et régionaux, et ne cherchent pas à exporter les produits vers leurs pays d’origine”. La firme pharmaceutique indienne, 'Ranbaxy Laboratories', est en train de mettre également sur pied la première nouvelle usine de production de médicaments en Afrique du Sud en 20 ans. Gelb dit que ces statistiques vont jusqu’à réduire les craintes que l'Afrique est injustement traitée dans les échanges commerciaux Sud-Sud. “Une grande crainte est que les investissements indiens et chinois viennent toutes deux avec une main-d'œuvre importée. Toutefois, les statistiques montrent que ce n'est simplement pas vrai. Les deux pays fonctionnent avec plus de 90 pour cent de leur main-d'œuvre recrutée en Afrique du Sud”. Anthony Rayment, président directeur général de 'South African Coalmine Holdings', qui appartient à un grand fabricant d'acier en Inde, est d'accord. “Les perceptions ne sont pas souvent la réalité, et cela est certainement vrai des investissements en Afrique. Beaucoup d'entreprises cherchent activement des investissements directs sur le continent. “Ce qui aide les entreprises indiennes à investir, c'est que l'environnement des affaires en Afrique est semblable à celui auquel elles sont habituées. C’est un marché émergent; il y a beaucoup de valeur qui peut être échangée entre le continent et l'Inde; les marchés sont bien réglementés. Des entrepreneurs existent dans les deux sphères. Tous ces facteurs conduisent à un sentiment similaire pour des investissements”. L'Afrique reçoit environ 12 pour cent des investissements extérieurs de l'Inde, ce qui est environ 10 fois plus élevé que la moyenne mondiale. Et cela crée une concurrence avec les investissements occidentaux, qui profitent également au continent dans le long terme.