DISTRICT DE MAKUENI, Kenya, 9 juin (IPS) – Le sorgho 'gadam' a été introduit dans les régions semi-arides de l'est du Kenya comme un moyen pour les agriculteurs d’améliorer leur sécurité alimentaire et de gagner un peu de revenus à partir des terres marginales.
Cette variété de sorgho, résistante et à haut rendement, a non seulement poussé dans des conditions difficiles, mais a également gagné une place dans le cœur – et les plats – des fermiers locaux. En 2010, la géante société de brasserie régionale, 'East African Breweries Limited (EABL)', cherchait près de 12.000 tonnes de sorgho pour brasser de la bière. Le 'Kenya Arid and Semi-Arid Land programme' (Programme kényan des terres arides et semi-arides – KASAL) du 'Kenya Agricultural Research Institute' (Institut de recherche agricole du Kenya – KARI), a introduit le sorgho 'gadam' dans l'est du Kenya en 2009 pour la production commerciale. “Ce programme est un partenariat public-privé visant à améliorer les revenus et la sécurité alimentaire parmi les petits agriculteurs dans des zones arides et semi-arides du Kenya”, a déclaré Dr David Miano, coordonnateur national du programme. L’est du Kenya est caractérisé par la sécheresse, restant parfois sans pluie pendant deux à trois ans d'affilée. Après une sélection rigoureuse à partir de plusieurs variétés de sorgho existantes, des scientifiques disent que le 'gadam' a été identifié comme la variété la mieux placée, capable de survivre et de donner de bons rendements dans des conditions climatiques difficiles. “En plus d'être idéale pour le brassage de la bière, il est aussi nutritif que toute autre variété de sorgho”, a expliqué David Karanja, un chercheur au KARI et le principal chercheur pour le Projet de production et de commercialisation du sorgho 'gadam'. Le sorgho adopté par des fermiers Le sorgho n’est pas une nouvelle culture dans cette partie du pays. Les agriculteurs ont toujours cultivé des variétés de sorgho rouge, mais en petites quantités puisque peu de gens en mangeaient, et il n'existait aucun marché pour cela. En dépit de la persistance des sécheresses dans cette partie semi-aride du pays, les fermiers ont opté depuis des années pour la culture de maïs, qui est très vulnérable aux conditions. Le 'gadam' est une variété de sorgho provenant du Sud-Soudan. Il arrive rapidement à maturité, avec un rendement élevé, et est très adapté aux régions en proie aux sécheresses stressantes. Le KARI est en train de le croiser avec d'autres variétés – dans l’espoir de parvenir à une variété supérieure. “Lorsque le gouvernement a introduit cette variété de sorgho pour la première fois en 2009, j'ai hésité à l’accepter malgré la promesse de l'existence d’un marché”, a indiqué Teresia Munyau, la présidente du 'Tears of Women Farmers Self Help Group' (Groupe d’entraide des femmes agricultrices) et l'un des 3.200 agriculteurs qui ont participé au projet. Elle a cultivé deux hectares de sorgho – un quart des terres appartenant à sa famille dans le village de Mwaani, dans le district de Makueni. Elle a récolté 12 sacs de 90 kilogrammes de céréales. A travers le groupe d'entraide, elle a vendu huit sacs à 'Smart Logistics', l’entreprise engagée par la société de brasserie pour acheter du sorgho en son nom à 1.530 shillings kényans (17 dollars) le sac, et a gardé quatre sacs pour un usage domestique. Elle envisage de planter du sorgho sur quatre hectares et demi à la prochaine saison de plantation. “Dix-sept shillings le kilo – payés par la société de brasserie – est beaucoup plus élevé que les 10 Sh ou même moins payés pour la même quantité de maïs, au cours de la période de récolte”, a déclaré Veronica Mutindi, une agricultrice dans le village de Kitwasi. “C'est un prix de prestige, étant donné qu’avant que nous n’accédions au marché commercial, nous vendions le kilo de sorgho rouge à cinq shillings aux consommateurs locaux”. Les fermiers du district de Makueni étaient contents du rendement, mais des chercheurs estiment qu’une invasion de quéléa a été un revers majeur. “Dans certaines régions, ces oiseaux ont consommé plus de la moitié du rendement prévu pendant que les cultures étaient encore dans les fermes. Cela signifie qu’une autre saison sans une telle invasion garantira des rendements beaucoup plus élevés”, a confié Karanja. Une culture étonnamment populaire Le plan initial, soutenu par EABL et KASAL, était que les groupes de fermiers combinent leurs récoltes pour les vendre à 'Smart Logistics' qui consoliderait davantage la culture et la livrerait en gros à la société de fabrication de la bière. Cependant, seulement 875, des plus de 3.000 agriculteurs qui ont participé au projet-pilote, ont accepté de vendre même une partie de leur récolte à 'East African Breweries' – qui au début comptait acheter toute la récolte. Comme beaucoup d'autres agriculteurs, Munyau affirme que ce n'est pas la peine de vendre son grain alors que cette campagne attend une sécheresse dans les prochains mois. “Je n’irai pas quémander de la nourriture et des aumônes auprès des organisations humanitaires pour faire manger mes enfants”, a confié à IPS cette mère de quatre enfants. “C'est pourquoi je veillerai à ce que j'aie au moins trois sacs de sorgho dans ma maison à tout moment”. “C’était à cause des récoltes abondantes que nous avons commencé à explorer de nouvelles méthodes pour cuire le sorgho, une démarche qui a rendu cette culture populaire seulement en un an”, a déclaré Munyau. Le programme de KASAL, qui est financé par l'Union européenne et le gouvernement kényan, est désormais élargi à 3.800 autres fermiers dans d'autres parties du pays, notamment les régions côtières, de la vallée du Rift et de l'ouest. “Nous élargissons [le programme] parce que jusque-là, nous ne sommes pas en mesure de répondre à la demande du marché commercial”, a indiqué Karanja. L'année dernière, EABL cherchait 12.000 tonnes de sorgho; les agriculteurs dans le projet ont livré près de 1.000 tonnes. Cette année, l’entreprise en veut encore plus. “La société de brasserie nous a demandé de lui fournir 24 millions de kilogrammes de sorgho. C'est pourquoi nous devons introduire autant de fermiers que possible pour soutenir cette demande croissante du marché commercial”, a expliqué le chercheur.

