AFRIQUE DU SUD: Les petits fermiers confrontés à une bataille difficile

LE CAP, 12 jan (IPS) – Juste avant le lever du soleil, Alan Simons, 39 ans, un petit fermier émergent, s’apprête pour sa journée habituelle de neuf heures de récolte, d'emballage et de livraison. Dans sa camionnette noire, il parcourt dix kilomètres pour se rendre à la ville côtière de Strand, hors du Cap pour chercher ses six ouvriers, qui sont tous des femmes.

De là, ils vont sur la ferme d’un demi-hectare de Simons à Somerset West, qu’il loue auprès d’un fermier privé. L'équipage démarre tôt la récolte, qui commence à six heures du matin. Comme d'autres petits fermiers en Afrique du Sud, Simons est confronté à plusieurs défis. Debout sur une bande de 65 hectares de terres arables louées par 13 petits agriculteurs, Simons a parlé des nombreux obstacles auxquels lui et ses collègues sont confrontés. Simons, qui avait auparavant travaillé comme directeur adjoint d'un gros fermier commercial pendant 14 ans, fait de l’agriculture depuis six ans. Il est bien conscient de ce dont les petits fermiers ont besoin pour survivre et être compétitifs. “Les petits fermiers ont besoin d'infrastructures importantes pour être compétitifs. Sinon, nous ne pouvons pas être à la hauteur des besoins de nos clients”, a déclaré Simons. “Les gros agriculteurs vous tuent, ils inondent le marché”, a-t-il ajouté. “Comme toujours, les plus gros agriculteurs ont un avantage sur les plus petits fermiers parce que les plus petits agriculteurs sont confrontés à des obstacles plus énormes pour entrer sur le marché”, a expliqué le président du Département d'économie agricole à l'Université de Stellenbosch, le professeur Nick Vink. “Géographiquement, ils sont pour la plupart plus loin du marché, l’infrastructure est souvent développée pour travailler avec de grandes quantités de produits, les coûts de transaction en travaillant avec de petites quantités de produits sont plus élevés, et enfin et pas le moindre, ils ne bénéficient d'aucun appui de l'Etat”, a indiqué Vink. Alvyn Jephta est un petit fermier émergent de 31 ans, qui pratique l’agriculture hydroponique – où les plantes sont cultivées sans sol, mais plutôt dans une solution nutritive dans une serre. Jephta fait de l’agriculture à Stellenbosch, un point chaud viticole dans la région vinicole du Cap. Il a plusieurs serres; l'une d'elles fait 1.780 mètres carrés dans laquelle il cultive des tomates, des haricots verts et des poivrons verts. La construction d’une serre comme celle-ci peut coûter à un agriculteur environ 650.000 rands (environ 92.857 dollars). Grâce à l’agriculture hydroponique, Jephta a des cycles de culture élargis et est en mesure d'obtenir un rendement plus grand que ses collègues. “Vous pouvez utiliser la hauteur des plantes à votre avantage”, a déclaré Jephta pendant qu'il marchait à travers les nombreuses rangées de plants de tomates, qui peuvent atteindre 14 mètres de long. L’une des infrastructures les plus importantes nécessaires pour conserver un avantage concurrentiel est l'infrastructure de la chaîne frigorifique. “L'un des obstacles majeurs (pour les petits agriculteurs) n'est pas d'avoir une chaîne frigorifique”, a affirmé Jephta, qui pratique l’agriculture depuis huit ans. Tous les gros fermiers commerciaux ont une infrastructure de chaîne frigorifique, qui est trop chère à acheter pour les petits agriculteurs, et qui permet aux gros fermiers de prolonger la durée de vie de leurs produits. Se conformer aux normes de bonne pratique agricole de GLOBALG.A.P est une exigence nécessaire mais coûteuse. GLOBALG.AP établit des normes internationales autour de la sécurité alimentaire pour la certification des produits agricoles, et exige que les producteurs d'aliments soient régulièrement inspectés. Etre conforme signifie aussi que les agriculteurs devront être examinés par 'Pick n Pay' quelques fois par an. “Vous devez être conformes aux normes, mais vous avez besoin d'argent pour cela. Vous devez employer des gens pour la tenue des dossiers, pour le suivi du produit, et pour vérifier la qualité de votre aliment”, a confié Jephta. S’imposer sur le marché signifie également que vous devrez pouvoir être à la hauteur des demandes des fournisseurs pour un approvisionnement important continu en légumes – ce que les petits agriculteurs ne peuvent généralement pas faire. Pour compenser sa petite quantité de produits, Simons et d'autres petits fermiers sont parfois contraints d'acheter auprès d'autres agriculteurs. “'Pick n Pay' exige des tonnes de produits par jour. Je ne produis que 300 kilos par jour”, a indiqué Jephta. Les gros détaillants sont moins susceptibles d'investir dans des agriculteurs qui ne peuvent produire qu’une petite quantité de produits par jour. “Les détaillants ne vont pas parcourir une longue distance juste pour obtenir une petite quantité de carottes”, a déclaré Ian Gilfillian, un directeur de 'Ethical Co-op', un marché organique en ligne qui aide les petits fermiers en achetant et en vendant leurs produits. Mais Kevin Korb, directeur commercial de 'Pick n Pay', l’un des plus gros détaillants d'Afrique du Sud, a indiqué que les fournisseurs de 'Pick n Pay' comprennent les très petits également. “Cela fait partie de la philosophie de 'Pick n Pay' de soutenir les petits vendeurs”, a-t-il dit. Mais, seul un faible pourcentage des produits de 'Pick n Pay' – approximativement cinq pour cent – est acheté sur le marché de produits frais où les petits fermiers vendent leurs produits. Alors, comment s’en sortent les petits agriculteurs? “Le marketing est la clé pour réaliser des bénéfices”, a affirmé Jephta. “Vous devez avoir des contrats et un marché approprié. Votre produit doit être vendu avant que vous ne le plantiez. Vous devez savoir là où vous allez le livrer avant de planter la semence”, a-t-il expliqué. Produire des cultures à cycle court est également essentiel. Simons cultive des haricots verts, des courgettes et courges – des cultures qui peuvent être récoltées dans l’intervalle de huit semaines. Les petits agriculteurs ne s'aventurent pas dans la culture de fruits. Des arbres fruitiers peuvent mettre jusqu’à trois ans pour produire des fruits, un risque énorme pour le petit fermier émergent qui dispose de peu de fonds de roulement. Pour surmonter ces obstacles, Simons et Jephta ont décidé de former leur propre coopérative de petits agriculteurs avec les parents de Jephta, Christine et Melvyn Jephta, qui sont tous deux des fermiers biologiques. En formant une coopérative, ils espèrent éliminer l’intermédiaire – l'agent sur le marché. De cette façon, il serait plus abordable d'acheter une chaîne frigorifique et d'obtenir des volumes plus importants de façon continue – deux aspects, qui aideront les petits agriculteurs à avoir une position forte sur le marché.