NAIROBI, 30 déc (IPS) – Selon 'Vision 2030', un plan stratégique du gouvernement sur la manière de relancer la croissance et le développement au Kenya, environ cinq millions de ménages sur huit millions dépendent directement de l’agriculture. Pourtant, le ministère qui s’en occupe continue d’être l’un des moins budgétisés.
Avec l’année budgétaire en cours, on n’a attribué à l’agriculture qu’un maigre pourcentage de 3,6 pour cent du budget national; ce qui est loin de la barre des 10 pour cent que le gouvernement s’est engagé à mettre de côté pour le secteur agricole. Avec une sur-dépendance sur l’agriculture pour la subsistance et le commerce à la fois, un grand nombre de population se trouve dans le besoin urgent d’aide alimentaire.
Les organisations humanitaires telles que le Programme alimentaire mondial, indiquent qu’environ 1,6 million de Kenyans sont confrontés à la famine. La situation s’est détériorée en raison des changements climatiques drastiques. Les pluies ne sont plus fiables du fait de ces changements et la plupart des Kenyans ne s’adaptent pas encore aux moyens novateurs et durables visant à capter l’eau de pluie.
Selon 'Kenya Food Security Meeting' (KFSM), le principal organe de coordination qui rassemble les acteurs de la sécurité alimentaire dans un forum visant à tracer les diverses stratégies pour l’amélioration de la sécurité alimentaire, il y a eu en général une pénurie de pluie dans le pays depuis 2007, qui a entraîné la détérioration de la sécurité alimentaire, bien qu’il y ait eu une amélioration notable des petites saisons pluvieuses dans les régions pastorales rudement affectées par la sécheresse.
C’est contre cet état de choses que les chercheurs ont intensifié les recherches sur les cultures pouvant pousser dans la plupart des régions du pays et pouvant être utilisées pour alléger l’insécurité alimentaire.
Cela a poussé la plupart des Kenyans à accueillir les légumes traditionnels qui ont été précédemment rejetés comme étant “la culture de l’homme pauvre”. “Ces légumes poussent facilement et, pour la plupart des gens, ils sont considérés comme des mauvaises herbes; seules les personnes très pauvres s’y intéressent en guise de nourriture. Ils sont, cependant, très nutritifs et je les cultive sur ma ferme ensemble avec les cultures plus modernes comme le chou frisé”, explique Tabitha Njoki, une petite agricultrice du comté de Juja, au centre du Kenya.
Ce changement d’attitude envers les légumes traditionnels remonte à 20 ans, au moment où le professeur Mary Abukutsa Onyango, maintenant enseignante à l’université d’agriculture et de technologie Jomo Kenyatta, était l’un des premiers à effectuer des travaux approfondis sur les légumes traditionnels tels que l’aubergine d’Afrique, les morelles noires et le niébé.
“Les recherches ont été inspirées de mon expérience d’avoir eu à vivre de légumes depuis l’enfance parce que j’étais allergique aux protéines animales. Je sais, par conséquent, que les légumes traditionnels sont riches en nutriments et qu’ils sont faciles à cultiver”, explique Abukutsa. “Je voulais que mes recherches améliorent la compréhension sur les légumes traditionnels et qu’elles aident les agriculteurs à gagner leur vie en vendant les récoltes”.
Ses recherches sur les légumes traditionnels africains ont révélé que l’introduction des légumes exotiques tels que les asperges et les brocolis au Kenya a eu, comme c’est le cas avec la plupart des pays africains, un effet négatif sur la consommation et la commercialisation des légumes traditionnels.
Les légumes exotiques disposent d’un marché, mais surtout chez les riches. Ils sont chers et, par conséquent, marginalisent les Kenyans qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et qui sont estimés à 60 pour cent de la population rurale, selon les rapports du gouvernement tels que l’enquête démographique et de santé du Kenya de 2009″, explique Nduati Kigo, un fonctionnaire agricole au centre du Kenya.
Il ajoute que depuis que les légumes exotiques disponibles sont inaccessibles pour le Kenyan ordinaire, et qu’avec peu d’options disponibles en raison du manque d’intégration des légumes traditionnels, la sécurité alimentaire demeure une réalité pour la plupart des ménages.
L’impact négatif est à un tel point que, “dans le domaine de recherche sur la culture, les légumes traditionnels n’ont acquis de reconnaissance au niveau national, régional et international que récemment”, ajoute Abukutsa.
Ses recherches ont eu plusieurs facettes et ont impliqué des solutions à l’attitude négative vis-à-vis des légumes traditionnels. Cela l’a amenée à fournir des enseignements sur la façon de cultiver les différents légumes, ainsi que des recettes sur la façon de les préparer.
“Au fil des années, j’ai formé 77 agriculteurs de contact à l’ouest du Kenya et 23 agriculteurs dans le centre sur la production de la semence des légumes traditionnels, dans le but de suivre de près leurs progrès et de les avoir aussi comme des modèles pour la promotion et le repositionnement de ce qui a été précédemment rejeté comme étant l’aliment des personnes très pauvres mais qui s’est révélé très riche en nutriments”, expose Abukutsa.
Elle explique en outre que, grâce aux efforts concertés des différentes parties prenantes pour la vulgarisation des légumes traditionnels, ces derniers sont maintenant disponibles dans les restaurants, les marchés et même les supermarchés et que les gens n’ont pas besoin de se déplacer vers les régions rurales pour les avoir.
Cependant, le professeur explique qu’il reste encore beaucoup à faire pour que les Kenyans accueillent les légumes traditionnels comme une option alimentaire, jusqu’à ce que les agriculteurs puissent s’y intéresser comme culture commerciale à grande échelle.

