ZIMBAWE: Les femmes craignent le licenciement discriminatoire

BULAWAYO, 21 déc (IPS) – Les travailleuses non qualifiées, employées dans les industries zimbabwéennes de textile, de sécurité et autres en difficulté, déclarent qu’elles se retrouvent de plus en plus en tête dans la politique de licenciement, dans des cas qui, selon les femmes affectées, ont des relents de discrimination entre les sexes.

Les employeurs sont accusés de viser plus les femmes que les hommes pour le licenciement. Ceci malgré les appels et des revendications plus retentissants faits après la formation du gouvernement d’unité en faveur de l’autonomisation économique des femmes dans le cadre des efforts pour l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement.

L’industrie textile du Zimbabwe est l’une des nombreuses industries ayant souffert au cours des deux dernières décennies. Bien que Edgars, détaillant de vêtements, affiche des bénéfices pour la première fois cette année, cette reprise apparente dans le secteur a néanmoins connu des licenciements massifs parmi les ouvriers.

Les importations de vêtements moins chers ont un marché disponible parmi les consommateurs à court d’argent, obligeant plusieurs industries textiles à réduire les effectifs ou à fermer. La présentation récente du budget national de 2011 inclut une réduction de droit de douane sur les vêtements importés des 40 pour cent actuels plus 2,50 dollars US par kilogramme à 40 pour cent plus 1,50 dollars US par kilogramme.

Reconnaissant que ceci mettrait une plus grande pression sur les fabricants locaux du textile et des vêtements, le ministre des Finances a justifié cette diminution comme un moyen de réduire la contrebande faite par commerçants informels.

Pour Theodora Ndlovu, cela a été une année particulièrement mauvaise comme elle a été licenciée avec des centaines d’autres collègues femmes, d’une des quelques entreprises textiles restantes de la société 'Belmont industries' de Bulawayo.

La raison pour laquelle la majorité des licenciés était des femmes la laisse encore perplexe, mais elle demeure convaincue que cela était délibéré.

“Tout le monde en parlait, mais même le comité d’entreprise ne pouvait rien faire à cela puisqu’il craignait aussi d’être licencié”, a expliqué Ndlovu.

Sa collègue Thembi Nqukula est d’accord: “cela a été dur pour nous [les femmes] mais nous ne sommes pas en position de négocier puisqu’on nous a promis que nous récupérerions nos postes dès que l’entreprise reprendrait”.

Des requêtes adressées à la direction de la société concernant les critères de licenciement ont été sans réponse pour la plupart. Un responsable a informé IPS qu’une politique de l’entreprise était de ne pas discuter de la façon dont ils recrutaient et licenciaient les employés.

“Ceci est une lacune pour un pays qui a fait des engagements multilatéraux pour augmenter la participation des femmes à l’économie”, indique Susan Mbewe de 'Indigenous Businesswomen’s Association of Zimbabwe' (IBWAZ – Association des femmes d’affaires autochtones du Zimbabwe).

“Pendant des années, nous avons fait pression pour l’autonomisation des femmes, même avec nos sociétés [membres de IBWAZ] en prenant des décisions délibérées pour employer les femmes. Mais, est-il difficile de dire à de simples individus de faire autant, surtout concernant les femmes sans compétences?”, demanda Mbewe.

Les efforts visant à accroître la représentation des femmes dans l’industrie et le commerce au Zimbawe se sont largement focalisés sur les postes au sein des sociétés, alors que les femmes travailleuses non qualifiées ne retrouvent pas encore leur marque.

Selon le rapport réalisé sur le pays par 'Decisions for life MDG3 Project' (projet sur l’OMD 3 décisions pour la vie”) de 'Amsterdam Institute for Advanced Labour Studies' (Institut pour les études avancées en matière de travail d’Amsterdam), environ 60 pour cent des femmes au niveau de la main d’œuvre actuelle au Zimbabwe ne sont pas qualifiées.

“Les femmes non qualifiées ont encore besoin des contrats de travail qui respectent leurs droits mais cela s’est révélé difficile à appliquer puisque les entreprises qui pratiquent des licenciements arbitraires affirment que cela est leur propre réponse à des facteurs économiques hostiles menaçant leur survie”, a déclaré Zuzile Nyoni, un consultant en travail ayant collaboré avec le Congrès des syndicats du Zimbabwe.

Les familles qui, auparavant, ont compté sur deux revenus provenant du mari et de la femme dans le secteur d’emploi formel reviennent à avoir un seul soutien de famille.

“Que pouvons-nous faire d’autre que de traverser [les frontières] pour rechercher l’emploi à l’extérieur du pays? Vous ne pouvez pas vous asseoir simplement alors que vous étiez habitué à gagner votre vie en travaillant dans l’usine”, a déclaré Ndlovu, une mère célibataire de deux enfants. “Mais vous devez encore penser aux enfants et vous inquiéter en vous demandant celui qui s’occupera d’eux”, a-t-elle ajouté.

L’OIT (Organisation internationale du travail) note que les licenciements ont entraîné des heures prolongées pour les femmes qui entrent dans le secteur informel.

“C’est devenu un cercle vicieux pour les femmes qui, soit sont des ménagères soit obligées de vivre avec la menace de licenciement chaque jour”, a affirmé Nyoni.

En attendant, les licenciées, comme Theodora Ndlovu, espèrent un emploi – n’importe lequel – au milieu des signes évidents selon lesquels la création d’emploi sera une lutte à long terme pour l’économie zimbabwéenne.

“Peut-être que je chercherai un emploi d’agent de sécurité; il semble que c’est le seul emploi qui existe ces temps-ci”, a conclu Ndlovu.