ETHIOPIE: Sauver la vie des mères en milieu rural

ADDIS ABEBA, 16 déc (IPS) – Nigist Abebe a grandi en confiance pendant cinq années de travail. Aujourd’hui, elle fait partie des 34.000 agents ruraux de vulgarisation sanitaire au cœur d’une stratégie de soins de santé primaires en Ethiopie.

L’une de ses fonctions les plus importantes à Dengo Furda Kebele, le village où elle est née et élevée, est de soutenir les femmes pendant la grossesse et l’accouchement.

“Je donne des conseils aux mères du village sur la santé maternelle et infantile, j’administre les médicaments appropriés, je prépare les femmes enceintes pour l’accouchement. En général, je les encourage à recevoir des services médicaux gratuits qui sauveraient leur vie”, a-t-elle dit à IPS.

Au moment où Nigist a commencé le travail, explique-t-elle, Dengo Furda perdait chaque année une demi-douzaine de mères pendant l’accouchement, presque conformément à la moyenne nationale. Elle indique qu’il y a eu une nette amélioration.

“L’année dernière, nous avons enregistré deux décès seulement”, a-t-elle dit.

Une estimation de 94 pour cent des mères éthiopiennes accouchent à domicile et en 2005, lorsque le programme de vulgarisation sanitaire a commencé, 720 mères mouraient pour 100.000 naissances vivantes.

Nigist, âgée de 23 ans maintenant, a postulé à une formation d’un an pour devenir un agent de santé il y a six ans, juste après avoir terminé la classe de 3è. Ses amis lui ont appris que ça pourrait être une bonne opportunité d’emploi.

Elle a fréquenté un institut de formation technique et professionnelle où elle a étudié dans 16 domaines couvrant le paludisme, le VIH, et la santé maternelle et infantile.

Elle a reçu son diplôme en 2005 et est devenue un des trois nouveaux agents de vulgarisation au service du millier de ménages à Dengo Furda.

En 2009, elle a été recrutée par le département de santé du district pour une formation supplémentaire d’un mois sur les soins prénatals et postnatals et sur l’accouchement sans danger.

Maintenant, elle consulte toutes les femmes enceintes du village – des volontaires l’avertissent de toutes les grossesses à Kebele, donc, si elles ne viennent pas à elle, elle s’en va les consulter.

Avant sa formation l’année dernière, elle déclare qu’elle a assisté les mères pendant le travail sans une bonne connaissance de la sécurité, des médicaments appropriés et des signes d’alerte des complications potentielles.

“Nous ne connaissions pas les procédures. Je suis maintenant sûre de moi-même avec le service que je fournis à ces mères et je sais quand est-ce que c’est au-delà de ma capacité”, a-t-elle dit.

Par exemple, elle administre les comprimés de misoprostol pour maîtriser une hémorragie mortelle après l’accouchement; cette dernière justifie 22 pour cent des décès maternels en Ethiopie.

Nigist identifie volontiers les femmes qui sont plus exposées à l’hémorragie: les mères enceintes de moins de 18 ans et les femmes qui ont eu beaucoup d’accouchements d’enfants rapprochés viennent en tête, a-t-elle déclaré.

Quand elle tombe sur une mère présentant les premiers signes de complications plus graves, Nigist les renvoient à un centre de santé mieux équipé à 10 kilomètres, là où des obstétriciens diplômés peuvent aider une femme à accoucher en sécurité.

Nigist et ses homologues à d’autres postes de santé évaluent toutes les femmes enceintes et décident si ces dernières doivent aller dans un centre de santé pour accoucher s’il y a des signes de complications. Après l’accouchement, les agents de vulgarisation visitent la mère et l’enfant à la maison, veillant à ce que le calendrier de vaccination soit suivi et surveillant l’alimentation des enfants.

Bien que les statistiques sur les décès maternels ne soient pas disponibles dans la zone de Shoa à l’est où Nigist travaille, on pense que le projet a réduit le taux de mortalité maternelle.

“Je ne peux pas dire exactement le taux de réduction, mais je peux vous dire avec certitude que le décès maternel a baissé”, a déclaré Diriba Degefa, chef du département de santé au niveau zonal.

La zone de Shoa à l’est, avec une population de 1,3 million d’habitants, a augmenté de 12 à 52 le nombre des centres de santé – comme ceux où Nigist renvoient les cas à risque – dans ses 13 districts en cinq ans. L’achèvement de quatre autres déjà en construction lui permettra d’atteindre l’objectif du gouvernement d’avoir un centre de santé pour chaque 25.000 habitants d’ici à juin 2011.

Environ 299 postes de santé avec chacun deux agents de vulgarisation sanitaire ont été établis dans toute la zone. Chaque poste sanitaire prend en charge 5.000 habitants (la plupart de la population de kebele) et tous les cinq postes sanitaires sont reliés au centre de santé pour les références ainsi que pour la supervision administrative.

Au moment où les agents de vulgarisation sanitaire ont été déployés au début, les villageois de Dengo Furda et de l’ensemble du district de Boset n’ont pas cru qu’ils avaient les compétences et les connaissances nécessaires pour améliorer la santé maternelle. L’expérience des cinq dernières années a changé cela.

Nigist semble aimer ce qu’elle fait; son principal désir est d’améliorer ses connaissances et ses compétences.

“Bien que ça soit difficile ici, je continuerai à travailler. Mais je serais vraiment heureuse si nous recevions davantage d’éducation et de formation”, a-t-elle déclaré. “Sauver la vie des mères et des enfants est vraiment épanouissant”.