CAMEROUN: Des bénéfices assurés par un simple coup de fil

YAOUNDE, 11 déc (IPS) – Moments difficiles pour les hommes en pleine région montagneuse de l’ouest du Cameroun. Un créneau rentable, qui achète des produits alimentaires moins chers sur les fermes et qui approvisionne les agriculteurs en semence et en engrais à des prix élevés, a été détruit par la sonnerie d’un téléphone cellulaire.

Mama Thérèse a été un exemple des agricultrices de la commune de Santa – qui comptait sur les courtiers pour acheter ses pommes de terre, et les mêmes personnes ont repris une partie importante de son argent sous forme de paiement de pulvérisateurs, de pesticides et de semence améliorée très nécessaires.

Elle ne pouvait jamais connaître les prix de ses pommes de terre rapportées des marchés lointains ni la majoration que les commerçants mettaient sur les intrants agricoles.

“Ceci a été notre plus gros problème”, a-t-elle déclaré.

Ensuite, Thierry Njepang a fait une révélation. Ce dernier est une personne-ressource dans un projet financé par GenARDIS (Développement rural, agricole et du genre dans la société de l’information).

“Nous avons pensé que dans ce monde en évolution rapide, il était nécessaire de mettre à la disposition de ces communautés villageoises, un outil de communication, à savoir, un téléphone mobile”, a déclaré Njepang.

GenARDIS s’est associé avec la fondation SB Mathur dans un projet de six mois pour fournir aux agricultrices du district de Santa au nord-ouest et celles des districts de Bangang, de Bafoussam et de Kamna à l’ouest du Cameroun des cellulaires avec lesquels elles vont accéder aux informations précieuses sur le marché.

“Nous leur avons appris comment émettre un appel et comment envoyer un SMS pour obtenir des informations essentielles en temps réel”, a déclaré Njepang.

“Elles se sont intéressées à connaître le prix de vente de leur produit sur le marché national et international, le coût des intrants comme les engrais et les pesticides et le prix qu’elles pourraient payer pour faire parvenir ce qu’elles produisent à certains marchés et ainsi de suite”.

Le projet GenARDIS a identifié des groupements existants d’agricultrices dans les régions montagneuses du Cameroun, ainsi que des personnes dans les villes de Douala et de Yaoundé, loin du sud, où se vendent comme débouché final les produits alimentaires des femmes – les pommes de terre et le maïs principalement.

Le projet a commencé avec une enquête sur l’utilisation de la technologie de l’information et de la communication par les femmes; on a découvert que pendant que les hommes décidaient de l’achat d’articles comme les téléphones et les radios, les femmes prédominaient sur l’utilisation réelle de ces articles. Aucune des 100 femmes enquêtées n’avait utilisé les TIC (Technologie de l’information et de la communication) pour faciliter son accès aux intrants agricoles, pour suivre les informations sur le marché et pour obtenir des conseils des agents de vulgarisation agricole.

L’utilité potentielle du téléphone mobile leur a été expliquée et les femmes ont été mises en contact avec les personnes-ressources basées en villes.

Ma Theresa déclare que les agricultrices sont rapidement arrivées à comprendre le rôle que jouaient les marchands agricoles en séparant le dur labeur des femmes de toute la valeur du fruit de leur travail.

Selon Theresa, elles ont découvert que la semence de pomme de terre de qualité pour laquelle elles payaient aux courtiers un prix équivalent à 40 cents le kilo, était disponible directement au niveau des services de vulgarisation du gouvernement à la moitié du prix. Il en était de même pour le coût d’autres intrants, surtout lorsque les groupes pouvaient coordonner des commandes en gros pour l’engrais ou compter sur leur relation en ville pour trouver les meilleures affaires disponibles pour elles.

“Lorsque les gens viennent de la ville en affirmant que les prix des produits alimentaires ont chuté sur le marché, je fais simplement un coup de fil vers le marché spécifique pour démontrer que ces personnes mentent”, déclare-t-elle.

“Au lieu de donner un seau de 15 litres de pommes de terre au prix habituel de 2.000 francs CFA (un peu moins de quatre dollars), nous allons maintenant céder nos pommes de terre à 3.000 CFA, parce que ceux qui achètent chez nous pour revendre à Yaoundé et à Douala obtiendront au moins 5.000 CFA pour qu’ils puissent le faire à au moins 5.000 CFA (10,6 dollars).

Njepeng se vante du fait que le projet soit en train d’améliorer continuellement les moyens d’existence de ces communautés. “L’élimination systématique des intermédiaires qui exploitaient d’habitude les agricultrices est effectivement en train de faire gagner de l’argent aux agricultrices”.

Les acquis, craint-on, pourraient être de courte durée parce que la plupart des agricultrices sont trop pauvres pour être en mesure de s’offrir leur propre téléphone. Njepang a déclaré que seule une poignée de femmes ayant participé avait de téléphones mobiles durant le programme pilote de six mois, avec le téléphone d’un membre du groupe servant souvent à eux tous.

Il a avancé que le personnel de la fondation SB Mathur a encouragé les femmes à mettre de l’argent de côté chaque semaine pour acheter des téléphones mobiles, un simple portable étant disponible à un prix légèrement supérieur à 40 dollars.

“Si vous avez un groupe de 20 femmes qui décide que chaque semaine, chacune d’entre elles verse 1.000 CFA (deux dollars) et que l’argent de la cagnotte soit utilisé pour acheter un téléphone portable pour l’un des membres”, déclare-t-il, “en un mois, quatre membres seraient propriétaires de téléphone mobile”. En cinq mois, toutes les 20 femmes seront équipées.

L’importance d’être connecté transparaît dans les distances que les femmes parcourent pour utiliser leurs téléphones. Certaines d’entre elles vivent dans des régions où il n’y a aucune couverture de réseau ou d’électricité. Elles parcourent de longues distances pour recharger leur batterie ou pour capter un signal du réseau pour émettre un appel.

Le projet a apporté un changement tangible dans la vie des cinq districts.

“Les agricultrices des régions rurales de ces communautés villageoises utilisent maintenant de plus en plus le téléphone mobile et d’autres TIC pour accéder à l’information agricole”, a déclaré Njepang.

Les seuls perdants? Les intermédiaires qui se retrouvent maintenant en marge…