COTONOU, 10 déc (IPS) – Depuis plusieurs années, le Bénin est confronté à une épidémie récurrente de choléra qui affecte notamment les habitants des quartiers populaires de Cotonou, la capitale économique du pays, dont certains longent une lagune ou un lac.
Déjà pauvres, les populations de ces quartiers sont les plus touchées par la maladie et ses conséquences, en plus des nombreuses victimes enregistrées. Pour une solution durable, les acteurs sociaux privilégient aujourd’hui le marketing social et la communication, en utilisant un ensemble de techniques, comme le porte-à-porte, pour provoquer un changement de comportement auprès des populations ciblées.
«En 2005, le centre de santé d’Ayélawadjè, hôpital de référence dans le traitement du choléra à Cotonou, a enregistré 344 cas en 20 semaines d’épidémie. En 2008, nous avons connu 506 cas en 14 semaines d’épidémie. Cette année 2010, nous sommes à 667 cas à la date du 6 décembre», a déclaré à IPS, Joél Hounkpègan, le statisticien du centre de santé.
Pourtant, «le gouvernement béninois assure une prise en charge à cent pour cent des soins administrés aux malades du choléra», selon Dr Honoré Djogbè, chef service épidémiologie et surveillance sanitaire des frontières au ministère de la Santé. Virginie Mongbo Adé, médecin-chef du centre de santé d’Ayélawadjè, confirme les propos du Dr Djogbè, estimant à une moyenne de trois jours la prise en charge d’un malade. Mais, souligne-t-elle, «le choléra est une maladie de comportement; or, certains malades sont difficiles à gérer, ce qui fait que beaucoup de personnes se réinfectent». Elle ajoute à IPS: «Le vrai problème lié à cette maladie est la communication. Je crois qu’il faut surtout communiquer sur les règles d’hygiène et manger chaud».
Communiquer, c’est aussi le choix de PSI Bénin, une organisation non gouvernementale (ONG) internationale qui intervient, entre autres, sur les maladies diarrhéiques dont le choléra, avec prioritairement une cible composée des enfants de zéro à cinq ans.
Pour Jules G. Hountondji, coordonnateur du suivi de l’enfant dans cette ONG, «l’action de PSI Bénin s’inscrit dans la prévention et la lutte durable. Nous utilisons la communication et le marketing social pour un changement qualitatif de comportement. Au niveau de la communication, nous avons deux volets à savoir la communication média et la communication interpersonnelle». Hountondji explique à IPS que son ONG se sert notamment des spots télévisés et des émissions radiophoniques pour atteindre un plus grand nombre de personnes, sans oublier les ONG partenaires de PSI qui assurent le relais au niveau communautaire avec pour outil principal le marketing social.
Le Mouvement des jeunes chrétiens pour le développement (MJCD), une autre ONG locale, qui est un partenaire de PSI Bénin, est très actif sur le terrain. Selon son chargé de programme, Olivier Guédé, le MJCD sensibilise les populations des quatre premiers arrondissements de Cotonou, qui sont les plus touchées par le choléra. «Grâce aux relais communautaires dirigés par des femmes, nous avons fait la promotion du produit aquatab pour purifier les eaux et éviter les contaminations», a indiqué Guédé à IPS. «Nous sommes allés de maison en maison pour parler aux populations et leur faire comprendre les causes réelles du choléra, avec surtout les attitudes et comportements à adopter pour éviter l’épidémie».
Dr Aléas Bouraima Adéyèmi, médecin coordonnateur du choléra à Cotonou et environs, estime que «les causes de cette épidémie sont à rechercher dans la misère ambiante et la précarité des populations des quartiers non viabilisés». Il ajoute: «Il faut régler la délicate question de la pauvreté dans ses milieux insalubres et mettre un accent particulier sur l’hygiène, notamment dans les endroits où l’insalubrité et l’ignorance des règles les plus élémentaires d’hygiène constituent des champs fertiles à la propagation rapide des agents pathogènes du choléra».
Malheureusement, en sillonnant plusieurs quartiers réputés insalubres ou proches de la lagune Nokoué et des bas-fonds de Cotonou comme Ladji, Akpakpa-Dodomey, Midombo, Agbodjèdo, Jonquet, Zongo, Vossa, Djidjè, Ayélawadjè, les observateurs remarquent que la pauvreté est la chose la mieux partagée: des latrines publiques mal entretenues, des tas d’immondices près des gargotes populaires, des enfants non scolarisés ou déscolarisés, l’accès difficile à l’eau potable… Dans la plupart de ces quartiers, le choléra a tué cette année plusieurs habitants dont les parents survivants restent encore sous le choc.
Conscient de l’ampleur des dégâts causés par le choléra, Dr Djogbè affirme que «l’Etat béninois, outre la prise en charge des soins, organise, à chaque épidémie, une campagne nationale annuelle de sensibilisation des populations». A la question de savoir si les dernières inondations de septembre et octobre 2010 ont contribué à la propagation de l’épidémie au Bénin, Dr Djogbè a déclaré à IPS: «On ne saurait vraiment affirmer que les récentes grandes inondations ont aggravé l’épidémie de choléra. D’abord l’épidémie a commencé avant les pluies; ensuite nous n’avons pas eu de nouveaux foyers de choléra lors des inondations».

