GEZAMGOMO, Malawi, 25 nov (IPS) – Le centre d’accouchement de Cecilia Tomoka est resté inactif pendant trois ans avant que le tremblement de terre de 2009 ne le rase. Maintenant, elle est en train de reconstruire la maison – et son activité – puisque le gouvernement du Malawi a levé l'interdiction des accoucheuses traditionnelles.
Tomoka vit dans le village de Gezamgomo, à environ un kilomètre à la périphérie de Mzuzu, la troisième plus grande ville du Malawi. Elle a commencé à aider les femmes à accoucher en 1989, après que sa grand-mère – réputée pour ses capacités à communier avec les esprits – lui a dit que c'était sa vocation. Les agences des Nations Unies estiment que le taux de mortalité maternelle au Malawi s’élève actuellement à 510 décès pour 100.000 naissances vivantes; en baisse par rapport à l'estimation de 2005 de plus de 1.100 décès pour 100.000. En 2007, les accoucheuses traditionnelles ont été bannies afin de pousser davantage de femmes à accoucher sous une assistance médicale qualifiée. En octobre, le président du Malawi a annoncé que l'interdiction des accoucheuses traditionnelles devrait être levée. En janvier 2011, le gouvernement du Malawi sélectionnera une première cohorte à travers le pays qui sera formée en tant que sages-femmes communautaires. “Nous réduisons le travail dans les hôpitaux, parce qu'il y a trop de femmes enceintes là-bas”, déclare Tomoka. “Celles qui font un bon travail doivent bénéficier des incitations, parce que nous ne recevons rien pour notre travail”. Dr Odongo Odiyo, qui dirige les programmes de planning familial et de santé de la reproduction pour la Communauté sanitaire d’Afrique orientale, centrale et australe, n'est pas d'accord. Il dit que le Malawi est en train de faire une erreur en intégrant les accoucheuses traditionnelles dans le secteur de la santé maternelle, puisqu’on ne peut pas leur confier des accouchements. “Celles-ci peuvent seulement servir de premier point de contact pendant le transit vers une installation sanitaire conventionnelle”. Odiyo affirme que bien que les accoucheuses traditionnelles aient longtemps aidé les femmes à accoucher, beaucoup de femmes sont mortes en couches sous leur contrôle. Il existe des preuves du contraire. Salomon Chih-Cheng Chen et ses collègues ont suivi 81 sages-femmes formées à Mzuzu en 2004 et 2006 par la Mission médicale de Taiwan. Pendant trois ans à compter de 2004, ce groupe d’accoucheuses traditionnelles formées a reçu un peu moins de 2.000 femmes enceintes. Au total 79 ont été renvoyées vers des installations sanitaires; pas un seul décès maternel n’a été noté parmi les femmes restantes. Vingt-six décès néonatals ont été enregistrés parmi les 1.905 bébés mis au monde par ce groupe qui est en train d’être suivi. Le professeur Anthony Costello, un pédiatre à la 'University College of London' (Faculté des sciences de la santé de l'Université de Londres) avec une expérience de travail dans des pays en développement tels que le Malawi, estime que les accoucheuses traditionnelles et les agents communautaires peuvent effectivement réduire le taux des décès maternels. Il plaide en faveur d'un kit de maternité contenant deux médicaments essentiels; des antibiotiques pour prévenir les infections et le misoprostol pour maîtriser l’hémorragie. “Depuis que j'ai commencé à garder des registres en 2005”, déclare Cecilia Tomoka, “j'ai fait mettre au monde en toute sécurité 200 bébés. Aucun n’est mort”. Elle tourne prudemment les pages d'un cahier écorné rempli des détails comme l'âge de la mère, le nombre d'enfants qu'elle a, le temps passé pendant l'accouchement, l'état du nouveau-né, les médicaments de base – les analgésiques – qui ont été donnés à la femme en couches. Les accoucheuses traditionnelles ne sont pas une panacée pour le taux élevé de mortalité maternelle au Malawi, indique l’experte en santé maternelle, Lennie Kamwendo, mais dans un pays qui regorge des histoires horribles de femmes enceintes accouchant aux bords des rivières ou au bord des routes poussiéreuses, dépassées par les douleurs de l'enfantement pendant qu’elles étaient en travail vers des centres de santé qui souffrent d’un manque chronique de personnel, la contribution des accoucheuses traditionnelles à une maternité sans risque ne devrait pas être sous-estimée. “Les accoucheuses traditionnelles au Malawi ont longtemps comblé le vide dans le secteur de la santé maternelle en aidant les femmes enceintes. Je pense qu'elles doivent régulièrement bénéficier d’une formation de base et être encouragées à garder des statistiques des naissances et des décès”, a souligné Kamwendo, qui est la présidente de l'Association des sages-femmes du Malawi.

