ETHIOPIE: Ils sont devenus des planteurs d’arbres

KAFA, Ethiopie, 24 nov (IPS) – Ils ont passé le plus clair de leur vie à détruire la forêt, mais Kochito Gabre et sa cohorte sont maintenant les gardiens d’une ressource reconnue par l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture), située dans les régions montagneuses de l’Ethiopie.

Réduite à la moitié à peine de sa taille originelle, la forêt de Kafa est maintenant un modèle pour l’utilisation durable dans le pays.

Abritant plus de la moitié de la forêt d’afromontane restante de l’Ethiopie et le centre d’origine du café sauvage arabic, Kafa est un enchevêtrement dense de forêt, de bosquets de bambous et de zones humides situé à 475 kilomètres au sud-ouest de la capitale Addis-Abeba.

Les précipitations annuelles font ici plus de 2.400 mm et la région est arrosée par trois rivières principales: le Gojeb, le Dinchia et le Woshi. Plus de 100 espèces végétales ont été recensées ici, et la forêt regorge de faune. On peut voir des singes et des babouins geladas le long des routes, et les habitants déclarent que ces troupeaux d’animaux peuvent détruire un champ en une seule nuit.

La Déforestation fait place à une nouvelle vision Des décennies de déforestation, causée par les petits agriculteurs ainsi que les grandes exploitations agricoles privées ou publiques, ont détruit 43 pour cent de la forêt pluviale de Kafa.

“Les agriculteurs de cette région pratiquent la culture extensive et itinérante, rendant difficile la protection de la forêt”, a déclaré Terefe Weldegabriel, expert en développement et en conservation du sol et de l’eau au bureau d’Agriculture de Kafa.

Le défrichement routinier de nouvelles terres agricoles, l’abattage des arbres pour le bois, le charbon de bois, le bois de chauffage et l’expansion d’exploitations agricoles commerciales ont menacé la forêt à Kafa comme dans les autres régions de l’Ethiopie, laissant de vastes régions desséchées, arides et incapables de soutenir les agriculteurs.

Mais visiter aujourd’hui la ferme de Kochito qui est vieille de 50 ans, c’est entrer dans une autre vision pour l’avenir. Il faut se frayer un chemin à travers les hautes herbes pour marcher entre les rangées de caféiers, d’avocatiers et de enset (un “faux bananier” cultivé pour ses racines comestibles).

Kochito est à la tête d’un groupe de gestion participative forestière (PFM) qui gère 1.200 hectares de forêt. Il y a 60 PFM à Kafa. Leurs membres récoltent du miel, des épices et du café sauvage dans cette forêt protégée et cultivent, sous des régimes d’agroforesterie, le café, la cardamome, le poivre long (pipper longum) et des fruits sur leurs propres fermes dans les zones tampons autour de la forêt.

Quand ils cultivaient les céréales, les animaux sauvages détruisaient fréquemment une culture entière laissant des familles sans rien; leurs nouvelles cultures sont moins vulnérables aux animaux.

Des leçons ont pris racine Kochito a fait ses débuts avec l’agroforesterie et l’exploitation durable des ressources forestières non ligneuses grâce aux efforts de 'Farm Africa', une organisation caritative du Royaume-Uni qui a travaillé à Kafa entre 1998 et 2004.

La communauté a pris à cœur les leçons de Farmoch, comme l’appelaient les habitants de la région, parlant de l’organisation caritative.

“La forêt est une source de vie pour nous. Mais nous ne nous sommes pas rendus compte que nous la détruisions très sérieusement. Nous nous concentrions seulement sur nos propres besoins et sur l’expansion de nos fermes jusqu’à ce que Farmoch nous éduque”, a déclaré Kochito à IPS.

L’inscription réussie de plus de 750.000 hectares comme réserve de la biosphère de l’UNESCO en juin 2010 aidera à consolider l’utilisation durable de la forêt.

Les réserves de biosphère sont des zones désignées dans le cadre du programme 'Man and Biosphere' (MAB-l’Homme et la Biosphère) de l’UNESCO pour expérimenter la gestion intégrée des ressources naturelles et de la biodiversité.

“Le fait que notre forêt soit reconnue dans le monde est une motivation pour nous”, a déclaré Kochito.

La région inscrite est divisée en trois zones – une zone centrale qui est une forêt non perturbée qui a toujours joui d’une mesure de protection par les communautés comme étant des lieux sacrés; une zone tampon où les habitants de la région pratiquent différents types d’agriculture sans nuire à la couverture forestière importante qui reste; et une zone de transition constituée de terres déjà débarrassées d’arbres et occupées par les agriculteurs producteurs de céréales, et de fermes mécanisées telles que les plantations de café et de thé.

Un avenir durable? Les autorités de Kafa espèrent que la reconnaissance de la forêt permettra aux produits de la région, surtout le café, d’atteindre des prix plus élevés si ces derniers sont reconnus comme des produits forestiers durables.

Des gens comme Kochito sont les principaux exécutants des principes du programme MAB, en protégeant la forêt et en réhabilitant les zones dégradées. L’Union pour la conservation de la nature et de la biodiversité (NABU), basée à Berlin, qui a joué un rôle dans la candidature pour le statut de réserve de biosphère, s’est engagée à assister les habitants de la région.

“Nous avons actuellement obtenu 3,1 millions de dollars du ministère de l’Environnement et de la Sécurité nucléaire de l’Allemagne pour mettre en œuvre un certain nombre de projets dans cette région”, a déclaré le coordonnateur de projet de NABU à Kafa, Mesfin Tekle.

Le financement va appuyer des projets portant sur la gestion durable du café, sur le reboisement de 10.000 hectares et sur la distribution de 10.000 fourneaux améliorés ainsi que sur le suivi de la forêt et du changement climatique.

Mais il y a encore des défis qui mettent en danger les forêts de Kafa; la déforestation est toujours pratiquée par des individus et principalement par des exploitations agricoles commerciales agréées par le gouvernement, a déclaré Terefe, du ministère de l’Agriculture, à IPS.

“Nous voulons que l’UNESCO nous soutienne au-delà de la simple inscription de la région comme réserve de biosphère. Nous sommes actuellement en train de préparer un document détaillant le type de soutien que nous voulons et ce que nous prévoyons de faire”, a-t-il déclaré.

L’administration locale a élaboré un plan pour le reboisement, pour la construction des routes, pour les établissements de santé et d’éducation ainsi que pour la protection des fermes à travers la protection du sol, l’agroforesterie, l’apiculture et la valeur ajoutée dans la zone de transition dégradée.

*Cet article fait partie d'une série de reportages sur la biodiversité réalisés par Inter Press Service (IPS), le GCRAI(Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale) / Biodiversity International, Fédération internationale des journalistes de l'environnement (FIJE) et le Programme des Nations Unies pour l'environnement / Convention sur la diversité biologique (PNUE / CDB) – tous les membres du COM +, l'Alliance des communicateurs pour le développement durable (www.complusalliance.org).