PODOR, Sénégal, 18 nov (IPS) – Les dégâts de l’excision sont encore énormes à Podor, une ville du nord du Sénégal, affirment les responsables hospitaliers de la localité. Même si la pratique recule timidement, certains chefs religieux de cette région la cautionnent encore.
Ils s’insurgent notamment contre la déclaration d’abandon de l’excision et du mariage forcé, affirmant que ces pratiques font partie intégrante de leurs coutumes. Pourtant, cette déclaration d’abandon a été approuvée à Podor, le 3 octobre dernier par des chefs religieux d’une soixantaine de villages sur les quelque 300 que compte ce département.
Les mutilations génitales féminines (MGF) sont interdites par la loi au Sénégal, mais la pratique de l’excision a encore de beaux jours devant elle à Podor, malgré les campagnes de sensibilisation menées dans le pays par des organisations non gouvernementales (ONG) luttant contre les MGF. Parmi ces organisations, figure l’ONG américaine Tostan (qui signifie éclosion en wolof) qui sensibilise les femmes et les marabouts de Podor pour l’abandon définitif de l’excision et du mariage forcé. Selon Abdoulaye Kandé, coordonnateur régional de Tostan, l’abandon de la pratique de l’excision ne veut pas dire de combattre l’islam ou vouloir introduire des normes sociales contraire aux bonnes coutumes de la région. «Le gouvernement du Sénégal s’est fixé un objectif que d’ici à 2015 cette pratique de l’excision soit un souvenir lointain pour les populations qui s’y adonnent encore. Au niveau de notre organisation, nous allons collaborer avec les autorités pour que l’abandon de l’excision et du mariage forcé et précoce, soit effectif. Nous allons continuer de sensibiliser les populations sur les méfaits de ces pratiques», souligne-t-il à IPS. Mais, Amadou Ba, sociologue à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, une ville non loin de Podor, estime que cette pratique ne peut être annihilée du jour au lendemain et qu’il faut d’abord faire comprendre aux leaders d’opinion de la localité le bien-fondé de l’abandon de l’excision sans frustrer personne. «Sensibiliser la foule ou un groupe de personnes ne peut pas faire un effet. L’excision et le mariage précoce ou forcé sont encrés dans la vie des populations de Podor», explique Ba. «Comment pouvez-vous comprendre qu’une jeune fille qui n’est pas excisée soit exclue du groupe des femmes? Elle n’est pas considérée comme une femme. Donc, il est préférable que les organisations de lutte contre l’excision mettent en place d’autres stratégies de communication et d’approche pour aborder la pratique de l’excision», suggère-t-il. Selon certains leaders religieux de la région de Podor, la non-pratique de l’excision et du mariage précoce est contre les préceptes de l’islam. Thierno Hamath Mbodj, imam de la mosquée de Diattar, non loin de Podor, déclare que l’islam n’a jamais interdit la pratique de l’excision ou du mariage précoce d’une jeune fille. «Exciser une fille est bel et bien recommandé par l’islam. Ces pratiques ont existé depuis et n’ont jamais eu d’impact négatif», dit-il. «Personne ne peut nous interdire ce que l’islam nous autorise à faire. Nous continuerons à exciser nos filles et donnerons nos filles en mariage au moment opportun», affirme-t-il. Mais Gamadji Saré, un autre imam de Podor, ne partage pas cette compréhension de l’excision. “Certains disent que ce n’est pas obligatoire, d’autres soutiennent le contraire. Il faut que les religieux se rencontrent pour se concerter dans le sens d’abandonner la pratique, parce que tout le monde sait que c’est interdit par la loi; même l'islam ne l'autorise pas, cela fait plutôt partie de nos coutumes”, explique-t-il à IPS. Hawa Abdoul Bâ, membre du Comité de gestion communautaire de Podor, déclare que les femmes ont peur de ne pas exciser leurs filles. «Selon les informations à notre possession, une femme qui n’est pas excisée est difficile à satisfaire sur le plan sexuel. C’est pourquoi l’on doit amener sa fille chez l’exciseuse pour lui couper le clitoris afin qu’elle puisse maîtriser sa sexualité jusqu’au mariage», dit-elle. Toutefois, Aminata Ba Diallo, ex-exciseuse de Podor, affirme que les parents ne veulent plus faire exciser leur fille. “J'ai sensibilisé une amie qui pratique toujours l'excision, elle se plaint que les parents n'amènent plus leurs filles. Dans mon quartier à Somna, depuis janvier jusqu'à présent, 12 filles seulement auraient été excisées et les parents sont menacés par les autorités. La pratique diminue”, explique-t-elle à IPS. Selon les responsables sanitaires de Podor, les séquelles occasionnées par l’excision sont énormes. En plus de l’ablation du clitoris et des petites lèvres du vagin, la sage-femme Fatou Diaw Sène souligne les cas de frigidité, de tétanos, de fistule et d’accouchements difficiles qui sont fréquents chez les femmes excisées. Dr Maodo Malick Diop, médecin-chef du district sanitaire de Podor, explique que l’excision rend les accouchements difficiles lors de la phase de l’expulsion du bébé à cause du rétrécissement de l’orifice vulvo-génital. A Podor, indique-t-il, sept femmes sur dix qui viennent accoucher, sont excisées. «Les petites lèvres de l’appareil génital féminin jouent un grand rôle dans l’accouchement, elles sont élastiques et s’ouvrent pour que la tête de l’enfant sorte. Avec l’excision, elles perdent cette élasticité des tissus. Les complications liées à l’excision nous poussent à recourir souvent à l’accouchement par césarienne…», souligne-t-il à IPS. Le risque des nombreuses césariennes est souvent lié, selon Dr Diop, à la ligature des trompes de la femme pour éviter d’autres grossesses afin de préserver sa santé. «L’excision est une pratique à dénoncer», a-t-il ajouté.

