LILONGWE, 17 août (IPS) – Les petits importateurs de voitures d’occasion de Malawi protestent contre la décision d’introduire des taxes plus élevées sur les véhicules légers d’occasion âgés d’au moins huit ans.
Ces dernières années, le Malawi a connu un afflux de voitures d’occasion, principalement importées du Japon. Les véhicules sont vendus à des prix bas, certains à des prix aussi bas que 2.500 dollars chacun.
La vendeuse de voiture d’occasion Amanda Kwada a décrit à IPS l’itinéraire d’importation de voitures au Malawi: les véhicules sont importés du Japon via Durban en Afrique du Sud ou Dares-Salaam en Tanzanie.
Kwada emploie trois personnes pour gérer les différentes sections de son business. Un chauffeur rassemble les véhicules au niveau de l’un des ports et les amène à Lilongwe, la capitale du Malawi.
Kwada expose les véhicules au bord de la voie pour attirer les clients potentiels. Elle a un gardien qui surveille les véhicules et une personne chargée de la vente qui cherche de nouveaux clients.
Les vendeurs de voiture comme Kwada se sont rebellés contre les nouvelles mesures fiscales, annoncées en mai 2010. Selon eux, elles détruiront leurs affaires ou mèneront à des prix beaucoup plus élevés.
Kwada importe des voitures d’occasion du Japon depuis quatre ans, mais actuellement elle craint que son affaire soit détruite, suite à la décision du gouvernement.
Elle craint que les nouveaux droits soient trop élevés pour lui permettre de réaliser un profit et qu’elle soit obligée d’abandonner ce commerce. Les gens qu’elle emploie vont perdre leurs moyens d’existence.
Kwada, 42 ans, supporte une famille élargie avec les bénéfices qu’elle fait: “Je ne suis pas sûr de pouvoir continuer à faire cela, maintenant que l’affaire est en train de devenir compliquée”.
Certains clients des vendeurs de voiture d’occasion sont également opposés aux mesures. Patricia Kalilombe, 23 ans, travaille comme secrétaire dans une société à Lilongwe. Elle a déclaré à IPS qu’elle a pu s’offrir une voiture en épargnant une partie de son salaire.
“J’ai payé seulement 4.000 dollars pour le véhicule parce qu’il était de deuxième main. Je n’ai jamais rêvé que je pouvais avoir une voiture à cet âge. La décision du gouvernement d’augmenter les taxes sur des voitures anciennes sera un obstacle pour tous ceux qui n’ont pas assez d’argent mais qui désirent quand même avoir un véhicule”, a déclaré Kalilombe.
Le ministre malawite des Finances, Ken Kandodo, a expliqué les raisons qui sous-tendent le nouveau régime fiscal en se référant à la déclaration de la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique de décembre 2009. La conférence, a-t-il déclaré au cours de la présentation du budget en mai 2010, a demandé aux pays de prendre des mesures contre le changement climatique.
“Le gouvernement est engagé à prendre des mesures hardies pour réduire la pollution de l’environnement et éviter les décharges, surtout celles des véhicules à moteur”, a déclaré Kandodo au parlement malawite.
Les nouveaux droits se présentent comme suit: un droit additionnel de 20 pour cent sera imposé pour les véhicules légers dont l’âge est compris entre huit à 12 ans, et un droit additionnel de 50 pour cent pour ceux dont l’âge dépasse 12 ans.
Concernant les véhicules légers ayant atteint huit ans, les taux actuels des droits continueraient de s’appliquer.
Les véhicules de poids lourds excédant 10 tonnes et ceux qui ont plus de 15 ans impliqueraient un droit de 20 pour cent. Il n’y avait aucun droit sur ces véhicules avant cette annonce.
Les vendeurs de voiture ont commencé à combattre la mesure avant même que le budget national ait été adopté. Ils ont organisé une marche de protestation vers le bâtiment de l’assemblée nationale où ils ont présenté une pétition contre le budget.
Mais la manifestation n’a pas dissuadé les parlementaires d’approuver les nouvelles mesures fiscales et ils ont procédé à l’adoption du budget.
Les vendeurs ont poursuivi la lutte devant le tribunal le 16 juin et ils ont obtenu un arrêt de suspension qui a empêché l’Autorité fiscale du Malawi, une agence gouvernementale chargée de la collecte des recettes fiscales, d’appliquer les nouveaux droits.
Les commerçants de voiture ont, depuis lors, demandé à la cour de procéder à une révision judiciaire des taxes. Les vendeurs qualifient les nouvelles taxes de “draconiennes” et ils affirment que ces dernières vont ruiner les petits vendeurs qui dépendent des ventes de véhicules pour leurs moyens d’existence.
Les commerçants de voiture ont le soutien de l’Association des consommateurs du Malawi (CAMA), une organisation non gouvernementale influente qui promeut les droits des consommateurs.
Le directeur exécutif de la CAMA, John Kapito, a déclaré aux médias locaux que les taxes doivent être définies en vue de contribuer au développement national, et non comme “une punition”.
La 'Indigenous Business Association of Malawi' (IBAM) (Association des commerçants locaux du Malawi) – un groupement de commerçants locaux – a ajouté que les nouvelles mesures fiscales sont contraires aux efforts du gouvernement visant la promotion de l’entreprenariat local dans le pays.
Pour le moment, les vendeurs attendent que la cour les sauve des nouvelles mesures fiscales.

