KAMPALA, 19 juil (IPS) – Le sommet de l'Union africaine s'ouvre à Kampala le 19 juillet au milieu d’un dispositif exceptionnel de sécurité suite à un double attentat à la bombe une semaine plus tôt.
Le thème officiel de la mortalité infantile et maternelle sera probablement éclipsé par les discussions sur la mission de l'Union africaine (UA) en Somalie.
Les explosions ont fait 74 morts et 82 autres blessés parmi ceux qui regardaient la finale de la Coupe du monde sur des écrans géants dans un restaurant éthiopien dans le quartier de Kabalagala à Kampala et sur le terrain de rugby de Kyaddondo.
Les attaques ont eu lieu juste deux jours après qu’un porte-parole du groupe al-Shabaab en Somalie, qui lutte contre le faible Gouvernement fédéral de transition (TFG) pour le contrôle du pays, a déclaré que l'Ouganda serait ciblé pour son rôle dans le conflit.
L’Ouganda fournit la majorité des 5.000 soldats de la Mission de l'Union africaine en Somalie (AMISOM), qui a aidé le TFG à maintenir une faible emprise sur des parties de Mogadiscio, la capitale, mais à peine.
“Nous envoyons un message à tous les pays qui sont disposés à envoyer des troupes en Somalie qu'ils seront confrontés à des attaques sur leur territoire”, a menacé le porte-parole d'al-Shabaab, Ali Mohamoud Rage, après les attentats. Il a ajouté que le Burundi, le deuxième plus grand pourvoyeur de troupes à l'AMISOM après l'Ouganda, “sera confronté à des attaques similaires s'il ne se retire pas”.
Bahoku Barigye, porte-parole de l'AMISOM, a déclaré à IPS que le mandat de la mission devrait aller du maintien de la paix – ses termes de référence proviennent d'une résolution des Nations Unies autorisant une mission de “formation et de protection” – à l’imposition de la paix, pour laquelle davantage de soldats seraient sollicités.
“Nous avons des troupes qui surveillent l'aéroport, le palais présidentiel, le port et d'autres installations importantes, ce qui fait que nous avons peu d’hommes pour défendre les civils”, explique Barigye.
Al-Shabaab a depuis revendiqué la responsabilité de ces attaques. Le personnel de sécurité en Ouganda a jusqu'à présent arrêté 20 personnes; deux hommes ont également été arrêtés au Kenya voisin en relation avec les attentats à la bombe.
Mais certains analystes soulignent qu'un déploiement de troupes supplémentaires donnera peu de résultats, indiquant les difficultés rencontrées par l'Ethiopie. Les soldats éthiopiens étaient entrés en Somalie en décembre 2006 pour repousser l'Union des tribunaux islamiques (UIC), un groupe islamiste ayant pour ambitions d'instaurer la charia en Somalie, dont est né par la suite al-Shabaab.
Mais tandis que les tentatives de l'UIC de contrôler le pays ont été interrompues, cette force plus grande a été incapable de prendre toute la capitale ou de s'imposer dans la campagne, les Ethiopiens se sont retirés et ont été remplacés par l'AMISOM dominée par l'Ouganda.
Le politologue de l'Université de Makerere, Yassin Olum, estime qu'il est temps pour l'Ouganda de revoir sa position en Somalie, en vue de se retirer.
“Nous devons nous demander pourquoi d'autres pays africains n'envoient pas des troupes en Somalie. Peut-être qu'ils ont constaté que c'est une patate chaude ou qu’ils considèrent cela comme une affaire interne”, fait remarquer Olum.
En dépit des engagements précédents des membres de l'UA à contribuer à une force de 20.000 soldats de la paix, il y a seulement environ 5.000 soldats dans la capitale somalienne soutenant le faible gouvernement fédéral de transition. Plus de 3.000 d'entre eux viennent de l'Ouganda, le reste est du Burundi.
Au cours d'une réunion convoquée le 14 juillet après les attentats de Kampala, l'Autorité intergouvernementale pour le développement, un bloc régional des pays de la Corne de l'Afrique, a accepté d'envoyer 2.000 soldats supplémentaires.
L'Ouganda a indiqué qu'il enverra davantage de ses propres troupes si d'autres pays ne sont pas prêts.
S'exprimant au cours d'une conférence de presse à son domicile privé à Ntugamo, dans l’ouest de l'Ouganda, le président Yoweri Museveni a déclaré: “C'était une très grosse erreur de leur part; nous nous occuperons des auteurs de ce crime”. Il aurait rassuré les Etats-Unis – qui s’intéressent activement à l'activité islamiste somalienne – que l'Ouganda n’essayerait pas de se retirer du conflit en Somalie.
L'ambassadeur américain à l'Ouganda, Jerry Lanier, a affirmé: “Nous croyons que la mission de l'Ouganda est maintenant plus importante que jamais”.
L'ambassadeur a déclaré que les Etats-Unis ont prévu d'augmenter l'aide à l'Ouganda et à l'AMISOM.
Mais Olum indique que le président ougandais avait besoin de plus de temps pour réfléchir sur la question avant de faire des déclarations.
“Ce que cela signifie est que nous ne sommes plus neutres dans le conflit et nous nous battons pour le Gouvernement fédéral de transition, ce qui est dangereux. Ce n'est pas la guerre classique où vous avez besoin de plus de troupes pour vaincre l'ennemi”.
Fred Bwire, un habitant de la ville de Kampala, exprime l'attitude de nombreux Ougandais ordinaires envers la mission en Somalie. “Que faisons-nous là-bas? Nos gens sont en train d’être tués pour rien. Pourquoi les Kenyans – qui sont les voisins de la Somalie – ne se gênent-ils pas?” Hussein Kyanjo, un député de l'opposition, estime que le principal bénéficiaire de la poursuite de l’implication de l'Ouganda en Somalie est le président Museveni lui-même. “Il sait que les Etats-Unis d'Amérique s'opposent à al-Shabaab et ainsi il se bat contre les ennemis des Etats-Unis afin de leur fermer les yeux sur ses tendances dictatoriales”.
Amama Mbabazi, le ministre ougandais de la Sécurité, répond que Kyanjo oublie que l'Ouganda avaient été victime d'attentats terroristes bien avant qu’il n’envoie des troupes en Somalie.
“Les Forces démocratiques alliées – un autre groupe rebelle qui a des liens avec Al-Qaida – a tué beaucoup de gens dans le passé et mon ami Kyanjo semble avoir oublié cela”.
Dans leur lutte contre le gouvernement, les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF) ont attaqué des postes de police, des écoles et des centres commerciaux dans l'ouest du pays début 1996; en 1998, le groupe avait perpétré plusieurs attaques à la bombe à Kampala, tuant cinq personnes et blessant six autres. L'action militaire de l'armée ougandaise a largement détruit le groupe l'année suivante.
ENCADRE: La société civile africaine a exprimé des inquiétudes sur le fait que le sommet de l'UA qui se tient à Kampala du 17 au 19 juillet pourrait être dominé par la question de la Somalie.
Le thème officiel du sommet est “Santé maternelle, infantile et le développement en Afrique”, mais l'examen de cet objectif de développement pourrait subir le même sort que les thèmes précédents sur l'eau et l'assainissement ainsi que la promotion de l'agriculture: une déclaration formelle sera faite, mais le sommet sera dominé par les attaques à la bombe d’al-Shabaab en Ouganda, le premier pourvoyeur de troupes à la mission de l'UA en Somalie.
Les organisations de la société civile ont animé un forum à Kampala avant le sommet pour permettre à la société civile, aux citoyens ordinaires et aux acteurs clés de réfléchir sur les questions clés et d’exiger des actions, mais elle doutent maintenant qu'elles puissent obtenir une plateforme pour présenter leur réclamation aux dirigeants africains.

