MALAWI: Des inquiétudes sur le coût d’un nouveau régime de traitement du VIH/SIDA

LILONGWE, juil 15 (IPS) – Le gouvernement met en œuvre un nouveau régime de traitement du VIH/SIDA selon les dernières normes mondiales.

De fait, un grand regroupement d’organisations non gouvernementales craint que le coût élevé des nouveaux médicaments rende le gouvernement incapable de fournir un traitement gratuit à autant de personnes qu'auparavant.

George Kampango, le responsable des plaidoyers du Réseau des personnes vivant avec le VIH/SIDA au Malawi (MANET+), a déclaré à IPS que les nouveaux médicaments, qui coûtent trois fois plus cher que le régime actuellement utilisé, seront trop coûteux pour permettre au gouvernement de fournir un traitement gratuit aux pauvres et aux enfants.

Le MANET+ craint que l’accès au traitement anti-rétroviral (TAR) ne soit pas possible pour tous ceux qui en ont besoin. “Pour le moment, ce n’est pas la totalité des personnes qui ont besoin de traitement qui l'obtient. Le gouvernement ne parvient pas à fournir un traitement gratuit pour beaucoup de pauvres et d’enfants y compris les orphelins qui en ont le plus besoin”, a dit Kampango.

Sur l’ensemble de la population d’environ 13,1 millions d’habitants du Malawi, 65 pour cent vivent en dessous du seuil de pauvreté de moins d’un dollar par jour, selon les Nations Unies. Le pays compte également environ 560.000 orphelins du SIDA, dont la plupart sont également séropositifs, selon les statistiques de 2007 du gouvernement.

“Les nouveaux médicaments sont beaucoup plus coûteux et nous craignons que le gouvernement lutte même davantage pour les rendre disponibles même à ceux qui ont déjà gratuitement accès au traitement. Les enfants pauvres sont susceptibles d'être pénalisés d'avoir accès aux médicaments parce qu’ils ne constituent pas généralement une priorité pour le traitement”, a indiqué Kampango.

Actuellement, le gouvernement du Malawi fournit gratuitement des médicaments anti-rétroviraux à environ 250.000 personnes. Il y a près d'un million de personnes vivant avec le VIH et le taux de prévalence du VIH est de 12 pour cent, selon le ministère de la Santé.

Le pays achète les médicaments de traitement du VIH de première ligne comprenant stavudine, lamivudine et névirapine à environ 33 dollars mais les nouveaux médicaments coûteront au gouvernement 100 dollars par mois pour chaque personne, selon Dr Mary Shawa, secrétaire principale pour la lutte contre le VIH et le SIDA au bureau et au cabinet du président.

“Le Malawi est en train de changer le traitement conformément aux lignes directrices de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui exhortent les pays à supprimer progressivement la première ligne de traitement actuelle qui présente plus d'effets secondaires”, a expliqué Shawa.

L'OMS a introduit de nouvelles lignes directrices pour le traitement du VIH et la prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) le 30 novembre 2009. L'ONU indique dans ces lignes directrices révisées que les pays doivent également commencer à fournir le traitement beaucoup plus tôt lorsque la mesure de la résistance du système immunitaire, le taux de CD4, est de 350 cellules par millilitre cube ou moins et non de 200 actuellement.

Cette nouvelle recommandation guide aussi les pays à fournir la thérapie de Zidovudine ou de Tenofovir même si le malade n'a pas commencé à présenter les symptômes du SIDA.

Mais le MANET+ affirme qu'il y a encore beaucoup de personnes dans le pays qui, pour le moment, ne peuvent pas accéder au traitement gratuit du VIH à cause du manque de ressources dans les coffres de l’Etat et que l'adoption du nouveau régime fera empirer la situation.

“Il sera plus difficile pour le gouvernement de fournir maintenant des médicaments aux personnes infectées par le VIH parce que le fait de commencer le traitement plus tôt se traduira par des personnes qui seront sous les médicaments pendant plus d’années qu'auparavant. Cela engendrerait des coûts beaucoup plus élevés pour les médicaments anti-rétroviraux (ARV)”, s’est inquiété Kampango.

Malita Luka, 35 ans, de Nsalu à Lilongwe a déclaré à IPS que la nouvelle selon laquelle le gouvernement est en train d’adopter une thérapie plus coûteuse est inquiétante. Elle et son enfant de neuf ans attendent en vain d'être mis sous le TAR fourni gratuitement par le gouvernement, après qu’on a découvert qu’ils étaient séropositifs il y a un an.

“Mon enfant et moi tombons toujours malades et je pense que nous devrions être mis sous une thérapie mais les médecins disent que nous ne sommes pas encore assez malades pour accéder au traitement”, a dit Luka.

Elle a expliqué que sa cousine, une commerçante transfrontalière qui se fait beaucoup d'argent et qui est également séropositive, a réussi à être mise sous le traitement à travers des praticiens privés après son échec d’y accéder gratuitement.

“Je ne peux pas me permettre de faire la même chose et je crains maintenant que ce soit même plus difficile pour mon enfant et moi d’accéder aux médicaments gratuits maintenant qu'ils seront plus chers même pour le gouvernement”, s’est inquiétée Luka.

La Commission nationale de lutte contre le SIDA au Malawi (NAC), un trust public qui coordonne la réponse nationale de lutte contre le VIH et le SIDA, se plaint du manque de moyens financiers pour le programme. Le directeur exécutif par intérim de la NAC, Bridget Chibwana, a été cité au début de cette année dans les médias locaux. Il aurait déclaré que le manque de fonds est un obstacle majeur à l'adoption du nouveau traitement du SIDA. D'autres défis comprennent le manque d'infrastructures suffisantes et les pénuries d’agents de santé.

Le Malawi continue de rechercher plus de financement pour les programmes de lutte contre le VIH auprès du Fonds mondial et d'autres bailleurs, selon la NAC. En attendant, il peut y avoir de l’espoir pour des gens comme Luka, le gouvernement du Malawi a ajouté plus de ressources pour les programmes de lutte contre le VIH dans le budget national 2010/2011.

Le ministre des Finances du pays, Ken Kandodo, a indiqué dans son rapport budgétaire de 2010 que dans cet exercice budgétaire, le secteur de la santé a obtenu un total de 300 millions de dollars. De ce montant, 75 millions de dollars ont été alloués à la NAC “pour lutter contre la pandémie du VIH/SIDA”.

Toutefois le MANET+ envisage de plaider pour plus de ressources et l'engagement du gouvernement pour la lutte contre le VIH/SIDA. “Nous envisageons un programme de sensibilisation afin que les nouvelles lignes directrices de traitement soient bien élaborées avant d'être mises en application”, a dit Kampango.