ZAMBIE: Les femmes saluent la Commission pour l’égalité

LUSAKA, 16 juil (IPS) – La Conférence nationale constitutionnelle de la Zambie (NCC) a conclu ses travaux récemment avec l'adoption d'une clause pour la création d'une Commission pour l’égalité de genre.

Bonne nouvelle pour les militants pour l’égalité de genre qui ne pensaient pas que la NCC accepterait la clause. Le mouvement des femmes, avec d'autres groupes de la société civile, avait refusé de participer à la NCC craignant que la voix de la société civile ne soit pas entendue.

Pixie Yangailo, une avocate qui a siégé à la commission de la NCC pour le genre, a déclaré à IPS qu’étant donné les convictions culturelles encrées sur le rôle secondaire des femmes dans la société, il était préférable d'avoir une commission pour traiter exclusivement de l'égalité de genre, de la promotion et la protection des droits des femmes.

Yangailo, qui est également la présidente de la Commission des droits de l'Homme, a donné l'exemple de la lutte de son organisation pour faire face à la suite de questions.

“Nous devons traiter des droits des enfants, des droits sociaux ainsi que des droits économiques et politiques, nous faisons trop de choses à la fois. La commission par contre traitera spécifiquement et exclusivement des questions de genre, ce qui est mieux”.

Même les critiques régulières du gouvernement sont impressionnées. Matrine Chuulu, directrice de l’organisation non gouvernementale (ONG) régionale 'Les Femmes et le droit en Afrique australe (WLSA)' a déclaré à IPS que la commission disposera d'un bureau doté d’un personnel et d’un budget étant donné qu’elle sera un organe reconnu par la constitution.

“Elle aura le pouvoir de négocier et de s'engager avec le parlement et les organes d’Etat et aura des termes de référence clairs”, a-t-elle souligné.

La Commission de l'équité de genre fonctionnera comme d’autres commissions créées conformément à la constitution.

Elle assurera le suivi de tous les organes de la société pour garantir que l'égalité de genre soit préservée et promue. Elle aura le pouvoir d'abroger les lois qui sont discriminatoires; la commission mène des recherches et fait des recommandations au parlement et autres autorités.

Cette commission aura également le pouvoir d'enquêter sur les plaintes relatives aux questions liées au genre et de suivre les progrès de la Zambie vers la domestication des instruments internationaux sur l'égalité de genre auxquels elle s'est engagée, tels que le Protocole de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) sur le genre et le développement.

En saluant la commission, Lucy Changwe, vice-ministre déléguée chargée de la Promotion du Genre a noté l'absence d'un ministère de la Promotion du Genre dans le pays.

“Ce qui existe n'est qu'une Division pour le genre en développement (GIDD), qui fonctionne sous l’autorité du président, mais nous avons besoin de créer un organe autonome qui soutiendra l'égalité de genre”, a-t-elle expliqué.

La GIDD est actuellement dirigée par un ministre, mais n'a pas de pouvoir, ni de budget. Elle a été créée à travers une annonce de politique par l'ancien président, Frederick Chiluba, et considérée plus comme un geste pour apaiser le mouvement des femmes que pour promouvoir l'égalité de genre.

Optimisme prudent Pourtant, Leah Mitabai, porte-parole de la Commission de coordination des Organisations non gouvernementales (NGOCC) prévient que la création de la Commission pour le genre pourrait être encore un autre acte symbolique. Elle affirme qu'il est possible que la commission subisse le même sort que toutes les autres commissions – l’insuffisance de financement.

“Il ressort de la façon dont ils vont créer la commission qu’elle ne sera pas différente de la GIDD, qui est un organe édenté”, a déclaré Mitabai.

Princess Njovu, une militante pour l’égalité de genre au Forum social de la Zambie, a également exprimé un optimisme prudent, en disant: “les gens se comportent comme si la commission est une panacée et [qu’elle] changera tout d'un seul coup. Elle sera confrontée aux mêmes difficultés qui ont assailli les ONG et la société civile tentant de protéger et de promouvoir l'égalité de genre”.

Elle a cité la loi relative à l’héritage dans laquelle les autorités n'ont pas réussi à protéger les veuves et leurs enfants contre les parents qui saisissent les biens. “Avoir une entité soutenue par la constitution ne signifie pas que les convictions culturelles changeront ou que les hommes commenceront soudainement à voir les femmes sous un angle différent. Il nous a fallu des années pour arriver là où nous sommes, la commission ne va pas accélérer les choses”, a-t-elle indiqué.

Priorités politiques Njovu, qui se bat pour les droits fonciers des femmes, a déclaré que les gens doivent se rappeler que le processus constitutionnel porte sur la politique.

“Le gouvernement est toujours à court d'argent et la commission sera la première victime lorsque le gouvernement aura besoin d'argent pour les fonctions politiques”, a-t-elle dit à IPS.

“Je ne vois pas la commission comme passant en priorité devant la politique, c'est pourquoi je suis prudente. Nous pouvons seulement avoir une autre institution moribonde sur place”.

La Zambie n'a pas réussi à atteindre l'objectif de 30 pour cent de représentation des femmes dans les prises de décision énoncé dans la Déclaration de la SADC sur le genre et le développement, un prédécesseur non contraignant du Protocole de 2008 de la SADC qui a amené cet objectif à 50/50 de représentation d'ici à 2015.

Le pays n'a domestiqué aucun instrument international qui protège les femmes ou fait la promotion de leurs droits; les violences basées sur le genre demeurent une préoccupation majeure et alimentent la transmission du VIH. Les chiffres de l'Agence américaine pour le développement international (USAID) indiquent un taux de prévalence du VIH de 18 pour cent chez les femmes adultes zambiennes, nettement plus élevé que la prévalence de 13 pour cent chez les hommes, citant les violences sexuelles faites aux femmes et la pauvreté comme figurant parmi les principaux facteurs de risque.

Il existe une politique nationale sur le genre mais elle n'a jamais bénéficié d’un financement pour sa mise en œuvre.

Mais optimiste, Chuulu a invité les gens à donner une chance à la commission afin qu’elle change la situation des femmes.

Elle a déploré qu’après 45 ans d'indépendance et trois processus de révision de la constitution, la situation des femmes en Zambie n'ait pas changé.

“Les femmes zambiennes demeurent subordonnées, avec un accès limité aux ressources et des niveaux élevés d'analphabétisme, et sont considérées comme des outils de développement plutôt que comme des partenaires. Il s'agit d'une mise en accusation de notre génération”, a-t-elle déclaré à IPS.