ANGOLA: Forer toujours en profondeur dans l’espoir du meilleur

LUANDA, 8 juil (IPS) – Pendant que BP se bat pour contenir la fuite de pétrole qui, selon les estimations du gouvernement américain, est maintenant la plus importante jamais connue dans le golfe du Mexique, des questions se posent sur la façon dont les pays producteurs de pétrole en Afrique sont préparés pour faire face à un incident similaire.

Prenant la plus forte des estimations du gouvernement américain, jusqu’à 532 millions de litres de pétrole brut sont déversés dans le golfe, depuis la fuite du 20 avril, de la plate-forme de forage en eaux profondes 'Deepwater Horizon' exploitée au nom du géant pétrolier britannique BP. L’Angola, qui rivalise avec le Nigeria pour le titre du plus grand producteur de pétrole sur le continent, pompe près de deux millions de barils de pétrole par jour, avec d'importantes opérations actuelles et futures en mer dans des eaux profondes et très profondes. Selon Vladimir Russo, ancien directeur national au ministère de l'Environnement de l'Angola, le pays est prêt pour faire face à une fuite. “Nous avons le Plan de prévoyance des fuites de pétrole, qui a été créé en 2008 et qui oblige toutes les compagnies opérant ici à avoir leurs propres mécanismes et moyens pour faire face aux fuites de pétrole”, a-t-il expliqué. Conformément à la législation nationale, les compagnies elles-mêmes sont responsables de la gestion des incidents, comme c’est le cas avec BP et sa fuite de pétrole dans le golfe du Mexique. Toutes les compagnies sont tenues par la loi de contribuer aux efforts de secours. L'Angola est membre de l'Initiative mondiale pour l'Afrique occidentale et centrale, un partenariat entre l'Organisation maritime internationale et l'Association internationale de l’industrie pétrolière pour la sauvegarde de l'environnement. L'idée derrière cette initiative est de renforcer la capacité des pays à se préparer et à faire face aux fuites de pétrole en mer à travers des ateliers et des échanges inter-Etats. “Nous avons eu de petites fuites dans le passé et cela a marché – les compagnies étaient prêtes, le gouvernement était également prêt et il a bénéficié de l'aide internationale”, a déclaré Russo. “Cela pourrait prendre du temps pour arriver ici, mais dans les 24 ou 48 heures, l’équipement sera disponible pour le nettoyage qui est nécessaire”. Russo a dit que des travaux étaient en cours pour créer des cartes de sensibilité du littoral afin d'aider à améliorer la réponse à toute fuite de pétrole qui pourrait se produire. Il a affirmé que lorsque des communautés de pêcheurs ont été touchées par des fuites dans le passé, elles avaient reçu un dédommagement sous forme de filets et de barques de la part des compagnies pétrolières concernées. Mais Elias Issac, directeur de 'Open Society Institute', un groupe de défense des droits de l'Homme et de promotion de la bonne gouvernance en Angola, croit qu'il y a un manque de lois spécifiques à l'environnement et de procédures d'application qui laisse vulnérables à un incident majeur dans les eaux angolaises non seulement les petites communautés, mais aussi tout le pays. “Je ne crois pas que l'Angola soit prêt. Ce qui s'est produit dans le golfe du Mexique est un grand exemple des dangers énormes de l'industrie extractive, en particulier l'industrie pétrolière, a-t-il confié à IPS. “Ce qui serait bon est que le gouvernement angolais élabore une loi spécifique sur l'environnement, une loi qui réglemente les compagnies pétrolières en termes de l'environnement ainsi que des effets et impacts de cette industrie sur les communautés locales et traditionnelles. “Ce dont nous disposons en ce moment, c’est la législation du ministère du Pétrole, mais cela ne suffit pas”. Issac ne croit pas non plus que les arrangements précédents pour dédommager les communautés touchées par l'industrie pétrolière aient été suffisants, et a rejoint en mai les militants venus du monde entier au cours d’une rencontre des actionnaires à Houston pour faire pression sur le géant pétrolier américain, Chevron, par rapport à son rapport environnemental à Cabinda, une enclave riche en pétrole dans le nord de l'Angola, séparée du pays par un corridor de la République démocratique du Congo. Selon Issac, les plages de Cabinda ont été laissées noircies par le pétrole déversé sur le rivage, tuant des poissons et d’autres animaux marins. Il affirme que plusieurs lacs ont été également pollués. Chevron a refusé de répondre à IPS sur les revendications de 'Open Society' au sujet de son rapport environnemental et social. Comme plusieurs autres sociétés internationales qui ont des projets en Angola, la compagnie, qui opère au niveau local sous le nom de 'Cabinda Gulf Oil Company' (Compagnie pétrolière du golfe de Cabinda – CABGOC), a également refusé de parler de ses plans de sécurité à la lumière de l'incident de 'Deepwater Horizon'. L'étendue des dégâts liés au pétrole sur les eaux et le littoral de l'Angola n'est pas claire. Des militants comme Issac disent que l'impact sur l'environnement du pays est beaucoup plus grand que ce que constatent la plupart des gens. Russo a reconnu qu’il n’existait aucune base de données publique listant les fuites et les impacts. “Cela tend à être analysé sur une base ad hoc”, a-t-il dit, “mais pour les fuites dont j’ai connaissance, il y a eu des campagnes de colmatage et les choses ont été restaurées”. Il a ajouté que comme les compagnies pétrolières sont maintenant tenues par la loi d’effectuer des audits environnementaux de leurs activités, il est persuadé que des informations plus détaillées sur les fuites seraient recueillies et conservées à l'avenir. Les Etats-Unis ont été, jusqu'à présent, considérés comme un pays qui applique plus strictement les lois que la plupart des Etats, mais il apparaît qu’il y avait trop de trous dans leurs filets de sécurité. La Commission du Congrès américain sur l'énergie et le commerce attribue l'incident de 'Deepwater Horizon' à un catalogue de mauvaises décisions découlant de la pression financière et de la contrainte du temps, combiné avec l'aspect accidentel de “l'obturateur des fuites” qui ne s'active pas. Les chances qu’un cas similaire se produise dans les eaux profondes ailleurs ne peuvent pas être exclues et les lacunes dans le cadre juridique et la réglementation de l'Angola semblent être beaucoup plus grandes. “Comme tout le monde le sait, c'est une industrie à haut risque”, a déclaré Russo, “mais elle offre d’énormes avantages, un grand nombre d'emplois et, bien sûr, elle est la force motrice de l'économie angolaise; alors, l’on doit mettre tout cela dans la balance et décider de ce qu’il faut faire”. BP produit actuellement de pétrole à partir du Bloc 18 dans les eaux profondes au large des côtes de l'Angola et dirige aussi le Système de surveillance à long terme de l'environnement en eaux profondes (DELOS), le premier au monde. Le DELOS surveille les changements au fond des eaux et de l’océan ainsi que des populations de poissons dans le bloc pour une période de 25 ans en utilisant des caméras de dernier cri et des outils de recherche. La compagnie est sur le point de démarrer la phase de développement du Bloc 31 des eaux très profondes, à des profondeurs variant entre 1.500 et 2.500 mètres. Prié de dire si la compagnie revoyait les dispositions de sécurité pour le Bloc 31, un porte-parole de BP à Luanda, a dit qu'il était incapable de se prononcer directement, mais a indiqué à IPS: “La sécurité demeure notre plus grande priorité et nous nous engageons à assurer des activités sûres et fiables partout où nous opérons”.