DURBAN, Afrique du Sud, 8 juin (IPS) – Même si la tuberculose (TB) constitue une cause majeure de maladie et de mortalité chez les enfants, l'Afrique du Sud manque de volonté politique pour lutter contre la maladie, déclarent les spécialistes de la santé.
Et le système de santé du pays n'est pas à la hauteur pour diagnostiquer et traiter les enfants qui ont attrapé la bactérie.
“La tuberculose chez les enfants est négligée, et nous devons d’urgence corriger cela”, a affirmé Dr Tsholofelo Mhlaba, chercheuse principale à 'Health System Trust' (Trust du système de santé) à la deuxième Conférence sur la tuberculose tenue à Durban, du 1er au 4 juin. “Pour ce faire, nous aurons fondamentalement besoin d’une refonte du système de santé et d'allouer des fonds importants aux programmes de lutte contre la tuberculose de l'enfance”.
Environ neuf millions de personnes sont infectées par la tuberculose chaque année, parmi lesquelles un tiers vit en Afrique, selon l'Organisation mondiale de la santé. Jusqu’à 15 pour cent, soit 450.000, sont des enfants africains.
Il n'existe pas de statistiques détaillées disponibles pour le nombre de cas de tuberculose infantile dans beaucoup de pays africains, y compris l'Afrique du Sud. Cela fait qu’il est extrêmement difficile d'élaborer des programmes de santé efficaces pour lutter contre l'épidémie, disent les spécialistes.
“Tant que nous ne savons pas combien d'enfants sont infectés et où, nous ne serons pas en mesure d'intervenir de manière appropriée”, a averti Mhlaba. “Nous avons besoin de beaucoup plus de recherches en Afrique du Sud et de meilleurs systèmes d’alerte et d'enregistrement.” Elle a affirmé que le ministère national de la Santé (DoH) n’a pas cherché à se focaliser sur les enfants jusqu'à maintenant parce que les enfants – contrairement aux adultes – transmettent rarement la tuberculose. “C'est pourquoi la tuberculose infantile n'est pas considérée comme un problème d'urgence et est rejetée au second plan”.
En Afrique du Sud, 75.000 enfants meurent avant l'âge de cinq ans, et les spécialistes de la santé estiment que près de six pour cent de ces décès sont dus à la tuberculose. “Si nous voulons améliorer la santé des enfants, nous devons considérer la tuberculose”, a insisté Ben Marais, chercheur au département de pédiatrie et de santé de l'enfant à l'Université de Stellenbosch. “Les enfants sont gravement touchés, et plus l’enfant est jeune, plus la maladie est sévère”.
Les experts médicaux sont maintenant en train de faire pression pour que les programmes destinés à la lutte contre la tuberculose de l'enfance fassent partie des programmes nationaux existants de lutte contre la tuberculose.
“(La communauté de recherche est) enfin en passe de constater à quel point la tuberculose est grave chez les enfants. Mais le diagnostic (pédiatrique), les soins et le traitement sont très complexes et compliqués, même sans tenir compte de la co-infection VIH/TB ou de la TB résistante à [plusieurs] médicaments”, a déclaré Peter Vranken, directeur au Swaziland de l’agence américaine de santé 'Centres for Disease Control and Prevention' (Centres de contrôle et de prévention des maladies).
Chez les enfants, la tuberculose peut se manifester à travers plusieurs symptômes différents comparativement à chez adultes, par exemple comme une pneumonie aiguë. Cela signifie qu'une radiographie des poumons peut ne pas nécessairement montrer l'infection chez un enfant. En outre, si un enfant est trop petit pour tousser, les agents de santé sont incapables de procéder à une analyse du crachat (test de la sécrétion issue des poumons et des bronches pour identifier la bactérie) afin de diagnostiquer la maladie. Tout cela fait que la tuberculose infantile reste non diagnostiquée et non traitée.
La tuberculose est particulièrement fréquente chez les enfants infectés par le VIH à cause de leur système immunitaire compromis – 40 à 60 pour cent d'entre eux ont au moins un épisode de tuberculose dans leur vie. Et lorsque les enfants sont séropositifs, le diagnostic de la tuberculose est encore plus difficile.
“Les résultats de leur test ne sont pas aussi clairs et il est difficile de différencier la tuberculose des autres infections pulmonaires opportunistes chez les enfants”, a expliqué Prakash Jeena, professeur de pédiatrie et de santé de l'enfant à l'Université de KwaZulu-Natal à Durban.
“La tuberculose infantile est mal étudiée et les systèmes de diagnostic clinique et radiologique ne sont pas fiables”, a convenu Heather Zar, présidente du département de la santé infantile à l'Hôpital de l’enfant de la Croix-Rouge au Cap.
Elle affirme que la tuberculose infantile devrait recevoir le même budget et la même attention que les programmes contre la tuberculose chez les adultes et que les mêmes normes de diagnostic devraient être appliquées.
Pour changer cela, il sera crucial de fournir une formation supplémentaire aux agents de santé afin de s'assurer qu'ils disposent de meilleures compétences pour diagnostiquer et traiter la tuberculose infantile – non seulement dans les principaux hôpitaux du pays, mais aussi dans les centres de santé publique en zones périurbaines et dans les zones rurales reculées.
Comme une première étape dans la réalisation de cet objectif, l'organisation internationale d’aide médicale, Médecins sans frontières (MSF), a lancé un programme pilote en 2009 avec une approche décentralisée et centrée sur le patient pour le traitement de la tuberculose à Khayelitsha, le troisième plus grand township d’Afrique du Sud, à 35 kilomètres du Cap.
Dans le cadre du programme, les pédiatres de MSF enseignent aux agents de santé primaire la façon de diagnostiquer et de traiter la tuberculose, la tuberculose résistante à plusieurs médicaments (MDR-TB) et la tuberculose extrêmement résistante aux médicaments (XDR-TB) chez les enfants.
“Parce que le dépistage de la tuberculose des enfants est souvent négligé, nous savions qu'il est grand temps d'amener le diagnostic et le traitement plus près des gens”, a déclaré Andiswa Vazi, coordonnateur de l'équipe de terrain de MSF à Khayelitsha.
Puisque les malades sont habituellement obligés de se rendre à leurs hôpitaux les plus proches pour le diagnostic de la tuberculose, bon nombre de ceux qui vivent en dehors des centres urbains et qui sont trop pauvres pour payer les frais de transport en commun, sont incapables d’accéder régulièrement au traitement et aux soins. Les conséquences, ce sont des taux d'abandon élevés, qui à leur tour entraînent des niveaux élevés de cas traités sans succès ainsi que la résistance aux médicaments.
“Cela est particulièrement important dans le cas des enfants, qui dépendent d’un travailleur social en termes de soins, d'adhérence au traitement et de visites de suivi”, a expliqué vazi. “S'ils peuvent accéder à tout cela dans leur centre de santé local, il est fort probable que les travailleurs sociaux prennent les enfants (pour un traitement), que les enfants soient traités et qu'ils survivent”.

