RD CONGO: S’engager à mieux protéger les victimes des violences sexuelles

KINSHASA, 8 juin (IPS) – «Le gouvernement doit créer des maisons d’écoute des victimes des violences sexuelles à travers tout le pays», déclare à IPS, Aline Okongo, coordinatrice du Réseau des ONG congolaises anti-SIDA. «Ce n’est pas normal que cette importante activité reste uniquement organisée par des privés».

«Il n’existe pas à proprement parler des maisons d’écoute spécialisées. C’est nous les privés généralement constitués en ONG qui organisons la prise en charge des victimes, avec l’appui financier et technique de quelques ONG internationales ou avec l’aide des Nations Unies», affirme Joelle Disashi, membre de Apostolat pour la libération des personnes vivant avec le VIH/SIDA (ALPI+), une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

Selon Disashi, «la plupart de ces ONG ont presque les mêmes activités : la vulgarisation des droits et des devoirs des victimes des violences sexuelles, des lois sur les violences sexuelles, l’organisation des poursuites judiciaires contre les auteurs des violences et, de temps en temps, la prise en charge médico-psychosociale des victimes». Actuellement, un procès à huis clos est pendant devant le Tribunal de paix de KasaVubu à Kinshasa pour le viol d’une fillette de neuf ans par un homme de 32 ans, selon Disashi.

«Le Réseau des ONG congolaises qui luttent contre le SIDA, est composé de plus d’une trentaine de membres et reçoit, chaque année, environ une centaine de victimes des violences sexuelles, dont la majorité est constituée de jeunes filles de 14 à 20 ans», indique Okongo. «Lorsque nous recevons les victimes, nous organisons, selon les cas, une prise en charge médicale ou psychosociale et des conseils pratiques pour une resocialisation aisée».

Les maisons d’écoute n’ont pas souvent de logement à offrir aux victimes qui viennent témoigner. «Mais il arrive que celles-ci soient recommandées à des résidences privées», souligne Disashi, comme à Mater Dei, dans le quartier de Mbanzalemba, non loin du campus de l’Université de Kinshasa, où Julie, une fille de 20 ans, réside depuis quelques mois. Julie a dit à IPS qu’elle a été recommandée à cette résidence des religieuses par ALPI+ et qu’elle y vit depuis six mois, après avoir fui la maison familiale puisqu’elle se sentait honteuse de porter la grossesse d’un ami de son père qui l’avait violée pendant qu’elle revenait de l’école. Dans ses bras, un bébé de deux semaines, totalement pris en charge par Mater Dei.

Cependant, «les chiffres du réseau sont simplement indicateurs. Il est difficile d’imaginer le nombre exact des violences sexuelles à Kinshasa. En tout cas, le nombre des cas non déclarés dans les maisons d’écoute est encore plus important, notamment à cause des barrières culturelles», souligne Arsène Binanga, médecin et membre de l’ONG «3C santé» (Centre conseils des cités universitaires pour la promotion de la santé). Pour Dr Binanga, «l’engagement des défenseurs des droits de l’Homme pour les victimes des violences sexuelles se bute à la résistance des familles qui considèrent que faire le suivi des cas des victimes est une manière d’exposer leurs vies privées devant le public. Ces familles ne nous permettent pas d’entamer des poursuites contre les auteurs des violences sexuelles du fait que les victimes doivent comparaître au cours d’une audience publique du tribunal».

«Ce n’est pas seulement la résistance des familles qui bloque le monitoring des violences sexuelles. C’est surtout l’absence d’organisations gouvernementales solides et permanentes qui peuvent faciliter l’accueil et la prise en charge des victimes», affirme Joséphine Nkulu, tante d’une fille de 16 ans qui a été abusée par un homme de 45 ans et qui a autorisé une ONG à poursuivre cet homme en justice.

«Le gouvernement organise la protection des victimes, mais plus particulièrement à travers le volet VIH/SIDA dans son Programme national de lutte contre le VIH/SIDA ainsi que dans son Programme national multisectoriel de lutte contre le SIDA (PNMLS)», selon Dr Yuma Okenge, directeur du PNMLS.

Nkulu, qui est infirmière aux Cliniques universitaires de Kinshasa affirme: «De plus en plus, je suis convaincue qu’il faut laisser les défenseurs des droits de l’Homme… faire leur travail en traduisant en justice les auteurs des violences sexuelles».

Pour Nkulu, «ne pas demander justice en faveur d’une victime des violences sexuelles pour la seule raison de la honte familiale ou simplement parce qu’on veut préserver les chances de mariage pour une fille, c’est la condamner à une frustration à vie». Elle affirme que «dénoncer et poursuivre en justice peut aider aussi les victimes à sortir de la clandestinité et à diminuer les risques de la propagation des maladies sexuellement transmissibles». Le moyen le plus efficace serait, ajoute-t-elle, «de sensibiliser les parents et la jeunesse sur le fait que le silence des victimes est une condamnation, et sur le fait que la clandestinité, si la victime a été contaminée par l’une ou l’autre maladie sexuellement transmissible, augmente les risques de propagation de cette maladie». Etant donné que la plupart des agressions contre les femmes se passent la nuit, Taty Kokolo, la ministre provinciale des Affaires sociales pour la ville province de Kinshasa a déclaré à IPS : «Le gouvernement s’atèle plutôt à mettre en place des mesures de prévention, notamment en interdisant, depuis le samedi 5 juin 2010, la circulation des enfants de moins de 18 ans après 19 heures. Ceci privilégiera d’abord la vie en famille pour tous les enfants, ce qui est un moyen efficace de les protéger aussi».