ADDIS-ABEBA, 7 juin (IPS) – La pire expérience d’Aston Kirui avec la rouille de la tige du blé remonte à 2009 quand il a perdu la plupart de ses récoltes.
Le producteur de blé du village de Katakala à Narok, à l'ouest de Nairobi, la capitale du Kenya, a plus de chance cette année comme la maladie n'est pas survenue. Par contre, son voisin n’a pas été aussi chanceux.
“J'ai un voisin qui va tout perdre cette année. Sa ferme ressemble à un champ dans une zone aride pendant la sécheresse”. (L'agent pathogène de la rouille du blé pénètre la tige d'une plante de blé et détruit le tissu vasculaire. En conséquence, la plante tombe).
Comme Kirui et son voisin, les producteurs de blé à Narok ont fait face à la dévastation de leurs cultures en 2007 à cause de l’Ug99, une souche de rouille de la tige du blé. Découverte pour la première fois en Ouganda en 1999, puis au Kenya plus tard, près de 80 pour cent des cultures de blé à Narok ont été un échec il y a trois ans.
Mais aujourd'hui, les scientifiques ont découvert deux nouvelles mutations de l’Ug99. Découvertes par le professeur Zak Pretorius, un pathologiste spécialiste de blé à l'Université de l'Etat libre en Afrique du Sud, ces mutations survivent aux deux gènes (Sr24 et Sr31) qui résistent à la rouille de la tige utilisés par les sélectionneurs de blé pour lutter contre la rouille de la tige du blé.
Dans une étude plus approfondie du génome de l'agent pathogène, Pretorius a découvert qu'il s'agissait d'une mutation de l’Ug99. “Cela nous a inquiété de savoir que l'un des gènes de résistance n’était plus efficace”, a-t-il dit.
Les conclusions de Pretorius ont été présentées à la huitième Conférence internationale sur le blé qui s’est tenue à Saint-Pétersbourg, en Russie du 1er au 4 juin.
Pretorius a déclaré à IPS que les nouveaux pathogènes de la souche de rouille du blé pouvaient également migrer rapidement et pourraient facilement se propager à travers l'Afrique.
Tandis que la rouille de la tige du blé peut détruire les cultures de blé en des semaines, a-t-il ajouté, trois facteurs doivent être présents pour que cela se produise. Le blé devait être d'une variété sensible à l'agent pathogène virulent; l'environnement devait être propice – l'humidité et la chaleur sont des facteurs favorables; et le vent était nécessaire pour le transporter.
Il a déclaré que l'Afrique du Sud n'avait aucune raison de s’inquiéter dans l’immédiat puisque le blé était cultivé pour être vendu et que les agriculteurs avaient été constamment mis au courant des nouveaux développements et avaient eu accès à des méthodes (fongicides) appropriées de contrôle.
Pretorius a poursuivi en disant que les petits agriculteurs en Afrique seraient davantage exposés au danger des nouvelles souches.
Le Dr Ronnie Coffman, directeur du projet de résistance durable à la rouille du blé à l'Université Cornell, a déclaré que les nouvelles mutations ont été une menace pour tous les agriculteurs. L’Ug99 s'est propagé vers l’Ethiopie, le Soudan, le Yémen et l'Iran et les experts estiment qu'il est maintenant en migration vers l'Asie du Sud.
Selon lui, en dépit du fait que des fongicides pourraient être utilisés pour empêcher les mutations d'attaquer le blé, les petits exploitants agricoles comme ceux de l'Ethiopie n'auront pas les moyens d'en acheter. “Il n'y a pas d'urgence immédiate en Éthiopie. Mais si le mutant est présent, il pourrait devenir épidémique.” Coffman a déclaré que la situation idéale serait de produire un blé résistant aux nouvelles mutations. “En Ethiopie, le meilleur espoir est la disponibilité des semences (de blé résistant) chez les agriculteurs”, a-t-il dit.
Peter Njau, chercheur à l'Institut kényan de recherche agricole, et expert en essais sur la reproduction du blé, a déclaré qu’au cours de l’épidémie de 2003 au Kenya un produit chimique contre le champignon connu sous le nom de “Folicur” a été recommandé, dans l'espoir que l'agent pathogène disparaîtrait.
“Mais au contraire, l’épidémie s'est empirée car la plupart des agriculteurs, notamment les petits producteurs, ne pouvaient pas acquérir le produit chimique”, a-t-il expliqué.
Le produit chimique coûtait 37 dollars le litre et devrait être pulvérisé sur un hectare de blé trois fois dans une saison. “Ceci, ajouté aux autres coûts de production, était devenu insupportable pour les petits agriculteurs pauvres”, a déclaré Njau.
Le district rural de Lume Wereda en Ethiopie compte plus de 13.000 petits agriculteurs, et on espère de cette région plus de 200.000 tonnes de blé pour la prochaine récolte.
Ayichiluhim Mojo, producteur de blé dans la région, a souvent eu des pertes de récolte au cours des 10 dernières années à cause de la rouille du blé. “Mais je ne sais rien à propos des nouveaux types de Wagg”, a-t-il dit à IPS, en utilisant le nom local de l’Ug99.
Dellu Ayisanew, 58 ans, un ancien agriculteur de Lume, n'a pas entendu parler des nouveaux types de rouille, mais il pense “[qu'il] n'existe aucun remède au Wagg”.
Evoquant les pertes de ses récoltes il y a 11 ans en raison du Wagg, Ayisanew a déclaré à IPS que si une autre série de rouille assaille ses récoltes, il renoncera à la culture du blé et envisagera une autre culture, parce qu’il ne peut pas supporter les options de prévention.
L’utilisation de produit chimique coûte cher pour la plupart des agriculteurs en Ethiopie qui représentent plus de 80 pour cent de la population de plus de 80 millions du pays.
Selon le Dr Firdissa Eticha, chef d’une équipe de recherche sur les céréales à l'Institut éthiopien de recherche agricole, il y a eu de nombreux cas de pertes de blé à cause de l’Ug99 dans le passé. “Mais il n'y a aucune manifestation relative aux dernières espèces”, a-t-il précisé.
Le chef du bureau agricole de Wereda, Negussie Gemechu, a également indiqué qu'il n'a pas encore entendu parler du mutant Ug99 et qu’il n'y a pas eu de cas majeurs de pertes de blé récemment.
“La saison des semailles de blé n’est pas encore là. Mais en cas d’incident relatif à un quelconque Wagg, nous allons alerter nos agriculteurs”, a déclaré Gemechu à IPS. Presque tous les agriculteurs en Ethiopie se retrouvent dans la catégorie de petits producteurs.
*Reportage complémentaire réalisé par Nalisha Kalideen à Johannesburg et Isaiah Esipisu à Nairobi.

