BRAZZAVILLE, 27 déc (IPS) – «Mais pourquoi on tue les gorilles, pourquoi on les attrape et les met dans cage? Un jour, si je suis président, j’arrêterais tous ceux qui tuent les gorilles, les chimpanzés et les Bonobos», déclare à IPS, Judicaëlle, 11 ans, élève à l’école Saint esprit de Moungali, à Brazzaville.
Judicaëlle venait d’assister à une animation sur la protection des gorilles. Dans un groupe de cinq, des élèves sensibilisés sur la protection des gorilles et autres grands singes, Laetitia, 10 ans, récite, de son côté, ce qu’elle a retenu : «Il est interdit de tuer, de manger, de vendre, de transporter et de posséder un gorille!» Une leçon retenue par les quelque 100 élèves, venus des écoles de Brazzaville. Ce cours sur la protection des gorilles est animé par des organisations non gouvernementales (ONG) de ce pays d’Afrique centrale où vivent près de 800 gorilles, d’après le ministère de l’Economie forestière et du Développement durable. «Nous apprenons ces choses aux enfants, parce que c’est les plus jeunes; c’est eux qui ont la charge de l’humanité de demain. Ils doivent dès maintenant prendre conscience de ces questions», explique à IPS, Virgile Safoula, animateur, mais aussi secrétaire exécutif de Environnement développement des initiatives communautaires (EDIC), une ONG basée à Brazzaville, la capitale congolaise. «Il faut commencer par la base. Il ne faut pas que les parents imposent aux enfants une autre réalité, telle que la captivité ou la consommation du gorille. Ainsi, tous les enfants qui viennent au cours sont très intéressés», affirme, pour sa part, Laurent Loufoua, un animateur de l’Association pour la protection des primates au Congo. «Nous avons eu la chance, nous, de côtoyer à deux mètres les gorilles au parc zoologique. Mais, est-ce que ces enfants auront cette chance si on ne leur apprend pas déjà maintenant comment protéger les gorilles?», demande-t-il. Les animateurs placent dans chaque coin de la salle des portraits de gorilles et des affiches qui interdisent une mauvaise action à l’encontre de ces animaux. Ensuite, les enfants suivent des contes de la forêt, racontés par des marionnettes cachées donnant leurs voix à la grenouille et au tigre, sur les malheurs des gorilles. A la fin, les enfants sont interrogés sur tout ce qu'ils auraient vu et entendu. «Ici, c'est un enfant qui est menacé par un gorille. Ce qui veut dire que le gorille n'est pas un animal de compagnie, ce n'est pas un animal domestique», commente pour les enfants, Safoula, devant un portrait de gorille. Le Congo-Brazzaville abrite les 10 pour cent des forêts du Bassin du Congo, le deuxième poumon vert du monde, après la forêt de l’Amazonie. Dans les forêts congolaises, on trouve deux grands signes : le gorille et le chimpanzé. Le troisième grand signe, le Bonobo, ne vit que dans les montagnes de l'est de la République démocratique du Congo, un pays frontalier du Congo. Mais, les ONG et les gardes forestiers font état de massacres de ces primates par des braconniers et par des populations riveraines des aires protégées, pour la consommation. Pour mettre fin à ce phénomène, le gouvernement congolais a adopté, en novembre 2008, une Loi sur la faune et les aires protégées. «Si les gens commettent ces infractions, c’est parce qu’ils ne connaissent pas la loi. Nous profitons, à défaut d’un programme spécial, de sensibiliser les gens sur cette loi. Avec les petits moyens, nous atteignons quand même beaucoup de gens qui ne tuent plus les gorilles», indique Safoula. En même temps, le Congo développe un projet de réintroduction des gorilles dans le sanctuaire de Lésio-Louna, à 170 kilomètres au nord de Brazzaville. Dans cette réserve de 170.000 hectares, on trouve une centaine de gorilles. Lancé en 1994, ce Projet protection de gorilles (PPG) est financé par une fondation britannique, John Aspinall. Certains de ces gorilles sont arrachés des mains de braconniers. Nombreux, très jeunes, ils ne survivent pas pendant leur réintroduction. «Un tiers, environ une soixantaine, réussissent à survivre lorsque nous les réintroduisons dans la nature», explique à IPS, Luc Mathot, le coordonnateur de PPG. La Fondation Aspinall exécute le même projet au Gabon voisin, depuis 1990. Les deux pays comptaient, avant l’apparition en 2000 de la maladie d’Ebola qui s’attaque aux primates, plus de 100.000 gorilles. Aujourd’hui, ce nombre a considérablement baissé, souligne Mathot sans plus de précision. Pour Roch Euloge N’zobo, responsable des programmes à l’Observateur congolais des droits de l’Homme, la protection des gorilles doit aller de pair avec celle des hommes. «Souvent, les conservateurs oublient qu’au bord des réserves forestières, il y a des hommes. Ils les chassent de là, et leur interdisent de toucher à la faune pour vivre. Or, il faut tenir compte de l’homme», dit-il à IPS. Jacques Ibara, membre de l’ONG Environnement protection, estime que les gorilles étaient en voie d’extinction à cause aussi de l’exploitation de la forêt. «La destruction de la forêt est aussi un motif, cela détruit l’habitat des gorilles qui ne peuvent plus se multiplier, passant tout leur temps à fuir», explique-t-il à IPS. «Mais, la résistance du gorille sur le terrain démontre que la leçon passe, non pas seulement auprès des enfants, mais aussi des parents qui vivent auprès des réserves forestières», souligne Loufoua, ajoutant : «Hier, il était facile de trouver des bébés gorilles dans les rues de nos villes, mais aujourd’hui, tout le monde a peur de le faire. L’Etat frappe». Dans les aéroports, les gares ferroviaires et routières, dans les écoles et les marchés, les autorités ont placé des affiches annonçant des peines de cinq ans d’emprisonnement et de 10.000 dollars d'amende contre celui qui se fera prendre avec un gorille. (* Cet article fait partie d'une série de papiers sur le développement durable rédigés par IPS – Inter Press Service et IFEJ, la Fédération internationale des journalistes environnementalistes).

