DROITS-TOGO: L'Assemblée Adopte Une Loi Contre La Pratique De l'Excision.

LOM, 2 nov. (IPS) – L'Assemblée nationale togolaise a adopté la
semaine
dernière une loi punitive sur la pratique de l'excision, à la
grande
satisfaction des femmes de ce pays de l'Afrique de l'ouest.

"C'est une véritable victoire. Rien avant ne pouvait empêcher les
exciseuses de continuer leur sale besogne. Maintenant, nous
pouvons compter
sur nos autorités pour combattre efficacement ces horribles
mutilations
sexuelles grâce à la loi dont notre pays vient de se doter",
s'exclame
triomphalement Samata Ouro-Djobo, enseignante dans le primaire.
"Il faut réprimer sans faire de cadeau à ceux qui osent
dépouiller des
jeunes filles d'une partie de leur corps. Ce n'est qu'une bataille
que nous
avons gagnée et il nous reste à remporter la victoire totale",
ajoute-t-elle.
La loi, composée de huit articles, vise essentiellement à
interdire et à
réprimer la pratique des mutilations génitales féminines. Elle
punit aussi
bien les auteurs de l'excision que ceux qui encouragent la
pratique. Les
peines d'emprisonnement et d'amende, prévues par cette loi, vont
de 2 mois à
10 ans de prison et de 100.000 à un 1.000.000 de francs CFA
d'amende.
Pour arriver à l'adoption de la loi, les députés ont mené des
enquêtes pour
juger de l'ampleur du phénomène. Ils indiquent que ces enquêtes
ont abouti
à la conclusion selon laquelle la pratique des mutilations
génitales
féminines n'est ni un fait religieux ni un fait culturel. Cela
relèverait,
d'après eux, de la coutume et les raisons évoquées souvent pour le
faire
sont d'ordre esthétique et hygiénique voire d'honneur pour la
famille de la
fille. Mais, pire encore, cela porte atteinte à l'intégrité
physique de la
personne humaine et aux droits de l'Homme car c'est une pratique
discriminatoire liée au sexe, ont estimé les députés.
"Cette pratique déshonore nos familles et viole les droits
fondamentaux de
la personne humaine. Il faut y mettre fin en recourant au droit",
estime
Kouassi Gahoun Hégbor, premier vice-président de l'Assemblée
nationale.
Mais avant les députés, des associations de défense des droits de
l'homme
avaient déjà fait l'état des lieux de la situation.
Selon une étude réalisée au Togo par l'Unité de Recherche
Démographique
(URD) de l'Université du Bénin, en 1997, 12%-soit une femme sur
huit- de la
population féminine dans la tranche d'âge de 15 ans et plus est
actuellement
excisée. Ce qui représente une prévalence de la pratique de
l'ordre de
110.000 femmes, a indiqué cette commission.
L'étude de L'URD dénommée "Prévalence et facteurs socio-
économiques de
l'excision au Togo" révèle que la région centrale semble être la
plus
touchée. Les quatre préfectures de cette région (Tchaoudjo,
Sotouboua,
Tchamba et Blitta) détiennent le plus fort pourcentage (33,4%)de
femmes
excisées.
Les estimations des associations locales d'éducation sur la santé
montrent
aussi que plus du tiers de la population locale – soit 66.000
personnes- est
touché par cette pratique. Les ethnies Mossi, Peuhl et Yanga
comptent parmi
celles qui sont les plus concernées dans l'extrême Nord du pays.
L'enquête menée par l'URD auprès des femmes sur une éventuelle
abolition de
l'excision avait démontré que près de 90,4% de femmes se
prononcent en
faveur de l'abolition de l'excision.
L'adoption de la loi à l'unanimité des députés, a donné beaucoup
d'espoir
aux organisations féminines de promotion des droits de la femme et
de
l'enfant, et au public féminin en général.
"C'est bien un succès indéniable remporté par les associations de
femmes.
C'est bien d'avoir une loi mais il faut que les moyens suivent
pour la faire
appliquer dans les villes, villages et autres hameaux les plus
reculés..
C'est à ce prix qu'on peut régler définitivement les problèmes de
l'excision
dans notre pays", laisse entendre Amina Tchagole, 36 ans,
employée de
bureau dans le privé.
Cette même conviction est partagée par Immaculée Moukpè,
infirmière, mais
elle pense qu'il faut tout abord vulgariser la loi : " Nous avons
entre nos
mains la loi. Il reste à faire de la publicité autour de cette loi
partout
et surtout dans les zones où sévit la pratique. La sensibilisation
peut nous
aider à faire connaître aux populations le bien fondé de la
nouvelle loi et
l'abandon de l'excision", suggère-t-elle.
Le Togo est le troisième des 16 pays de la Communauté économique
des Etats
de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) à disposer d'une législation
contre la
pratique des mutilations génitales féminines, après le Ghana et la
Côte
d'Ivoire.