OUAGADOUGOU, 13 mars (IPS) – En approuvant un projet de loi portant autorisation de ratification du compromis de saisine de la Cour internationale de justice (CIJ) pour le règlement d’un différend frontalier avec le Niger, le Burkina Faso confirme la volonté des deux pays de régler par la voie pacifique un litige issu de la colonisation.
Le Burkina Faso et le Niger ont signé un compromis à Niamey, le 24 février dernier, dans lequel ils s’engagent à appliquer les règles et principe du droit international, notamment le principe de l'intangibilité des frontières héritées de la colonisation, et acceptent comme définitif et obligatoire l'arrêt rendu par la CIJ basée à La Haye.
«Nos Etats qui font face à plusieurs difficultés n’ont pas intérêt à envenimer la situation au point d’arriver à un différent ou à un conflit ouvert, c’est pourquoi nous avons soumis la question à l’arbitrage de la Cour internationale de justice, ce qui constitue une voie pacifique», déclare à IPS, Ernest Dramane Diarra, directeur général des circonscriptions administratives et des frontières du Burkina.
Un accord signé en 1987 stipulait déjà que tout différend, dans le cadre de la délimitation de la frontière, devait être réglé de façon pacifique.
Le Burkina et le Niger partagent une longue frontière longue de 600 kilomètres. Selon Diarra, ces deux pays d’Afrique de l’ouest estiment que l’arrêté colonial de 1924, qui avait servi de base pour la délimitation, a été mal interprété.
«La situation frontalière est née des divergences d’interprétation des textes coloniaux de base ayant délimité cette frontière, celle-ci n’étant que la limite administrative interne des possessions de la France», explique Diarra à IPS. Dès 1964 – quatre ans après l’indépendance des deux pays -, une commission paritaire a été mise en place pour entreprendre les travaux de matérialisation avant d’être remplacée en 1987 par une commission technique mixte d’abornement.
Mais, en raison des divergences entre les deux parties depuis 1990, seules 22 bornes ont pu être posées sur les 45 prévues, selon des documents officiels.
Selon la ministre nigérienne des Affaires étrangères, Aïchatou Mindaoudou, les points de divergence portent sur les bornes qui n’ont pas été posées, parce que les deux pays n’ont pas pu s’entendre sur «l’endroit où il fallait les poser».
«Nous demandons à la cour (CIJ) de considérer que nous nous sommes entendus sur cette partie de la frontalière et de se prononcer sur la partie de la frontière sur laquelle il y a eu un désaccord», a indiqué Mindaoudou à la Radio nationale du Burkina, au début de ce mois.
L’absence de tracé définitif de la frontière a eu pour conséquence de nombreux cas d’incursions des autorités locales de part et d’autre de la frontière, avec des contestations lors de la réalisation d’infrastructures socioéconomiques dans la zone frontalière.
Par exemple, des responsables des régions frontalières du Burkina et du Niger se sont rencontrés en 2006 pour dissiper des tensions nées des incursions des forces de sécurité et de douane de part et d'autre de la frontière.
«Cette signature (du compromis) va aboutir inévitablement au règlement définitif des divergences qui existent entre nos deux pays sur la question de la frontière», a affirmé le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Alain Yoda, aux journalistes.
«Vous savez que nos deux pays ont besoin de matérialiser les frontières pour sécuriser les populations qui vivent de part et d’autre de la frontière et leur permettre de mener leurs activités dans la quiétude et la tranquillité», a ajouté Yoda.
Selon le texte du compromis, en attendant le verdict de la cour et pour éviter des frictions, chaque partie s’abstiendra de faire des incursions dans la zone non encore bornée. Les deux parties se sont également engagées à privilégier la concertation avant d’investir dans les infrastructures sanitaires, les routes, ou la construction d’écoles, ou encore avant de mener des campagnes de vaccination dans la zone litigieuse.
Selon les parties, le verdict ne sera pas connu avant trois ans après la saisine de la Cour internationale justice, ensuite elles auront huit mois pour commencer les opérations de bornage. Mais, la CIJ ne sera saisie que lorsque les parlements des deux pays auront ratifié le compromis. Par ailleurs, le Burkina Faso et le Mali ont eu deux guerres (1974 et 1985) en raison d’un différend frontalier et les deux pays ont eu recours en 1986 à la CIJ qui a tranché. La démarcation de la frontière entre les deux pays, longue de 1.285 kilomètres, est prévue pour s’achever cette année par le bornage des 200 km restants. D’autre part, en mars 2008, les autorités burkinabè et béninoises se sont rencontrées à propos de Koalou, dans l’est du Burkina (le nord-ouest du Bénin) pour dissiper les tensions liées aux incursions de part et d’autre de la zone frontalière litigieuse d’une superficie de 70 kilomètres carrés environ.
Les ministres en charge de l'administration territoriale dans les deux Etats avaient décidé, entre autres, d'autoriser les populations de Koalou à se faire recenser dans le pays de leur choix, excluant tout recours à “des actes de violence” dans la zone litigieuse. «Les pays colonisés par cette même métropole qui était la France n’ont pas bénéficié de frontières claires entre eux», regrette Diarra. Selon lui, les textes existants portent essentiellement sur l’organisation des colonies par une métropole qui était moins regardante sur leur précision du fait que c’était le même colonisateur.
«Si vous prenez le cas du Ghana et du Burkina qui ont été colonisés par deux métropoles différentes (l’Angleterre et la France), il n’y a pas eu de problème car les textes sont clairs et précis, les métropoles ont même procédé, en son temps, au bornage de leur frontière pour éviter les problèmes», ajoute Diarra.

