KINSHASA, 13 jan (IPS) – Des rapports d'ONG et des Nations Unies sur la situation humanitaire dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) font état de plus de 400 civils massacrés à la fin du mois dernier par l'Armée de résistance du seigneur (LRA), une rébellion ougandaise ayant des bases arrières dans cette partie de la RDC.
Entre le 22 et le 30 décembre, la LRA a mené des attaques contre des populations civiles. Selon Monseigneur Richard Domba, archevêque de Dungu-Doruma, «au moins 150 personnes ont été tuées à coup de machettes, de haches et de bâtons à Faradje, 80 à Duru et au moins 200 autres à Doruma et dans les villages environnants les zones frontalières avec le Soudan», dans le nord-est du Congo.
Parmi les victimes de ces exactions commises dans les territoires de Faradje, Duru, Gurba, Dungu et Doruma — riches en ressources naturelles et minières dans le district de Haut-Uélé — situés entre 600 et 800 kilomètres de Kisangani, la principale ville de la Province orientale, figurent des femmes et des enfants, soulignent des organisations non gouvernementales (ONG).
Les chiffres avancés par les ONG pourraient être sous évalués puisque un communiqué de Caritas, une ONG humanitaire de l'église catholique, cité par la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC), indique : «Compte tenu de l'isolement de la région et du manque d'infrastructures de communication et de transport, le nombre exact des victimes et des personnes affectées pourrait être encore plus important». Un prêtre membre de Caritas a dit à IPS que «tout le monde vit dans la psychose et que le bilan de plus de 400 personnes tuées est provisoire parce qu'il est difficile de retrouver tous les corps». Dans son rapport périodique de décembre 2008, l'Association africaine de défense des droits de l'Homme (ASADHO), basée à Kinshasa, la capitale congolaise, affirme que «le bilan des personnes tuées et enlevées est de plus ou moins 543». Par ailleurs, l’ASADHO estime à plus de 80.000 les personnes qui, par peur, se sont réfugiées au Sud-Soudan, en abandonnant leurs biens.
La LRA a démenti ces accusations reprises par le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA). Mais pour Christophe Illemassene, chargé de l'information publique et du plaidoyer à OCHA, «la RLA est un groupe barbare et cruel dont le démenti n'enlève rien à ce que la communauté internationale connaît des exactions dont elle se rend coupable si régulièrement». Avec la présence de plusieurs milices dont la LRA dans l'est de la RDC, la situation sécuritaire et humanitaire s'est particulièrement détériorée dans la région, particulièrement avec la reprise des combats par le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) du rebelle congolais Laurent Nkunda en août 2008.
A l'issue de sa 163ème assemblée à la fin décembre, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a lancé un cri d'alarme, demandant à «la communauté internationale de prendre des mesures appropriées pour traduire en justice les auteurs présumés des violations massives des droits de l'Homme dans l'est de la RDC». Le conseil a également exhorté le gouvernement congolais et le CNDP à «conduire un dialogue franc et constructif pour restaurer la paix, la sécurité et la stabilité au Nord-Kivu (est de la RDC), dans le strict respect de l'intégrité et de la souveraineté» du Congo.
Dans un effort pour anéantir la LRA dont la présence dans le nord-est de la RDC constitue une grave menace pour la paix, la sécurité et la stabilité de l'ensemble de la région des Grands Lacs, la RDC, l'Ouganda et le Soudan ont lancé des opérations militaires conjointes contre cette rébellion ougandaise, le 14 décembre dernier.
Pour sa part, la MONUC a réaffirmé, à l'issue d'un Conseil national de sécurité tenu à Kinshasa, à la fin décembre, sa mission «de protection des civils, notamment en apportant un appui essentiel aux FARDC (Forces armées de la RDC)».
Leila Zerrougui, représentante spéciale adjointe du secrétaire général des Nations Unies pour la RDC, a déclaré que «sur le plan militaire et après la requête faite par le chef d'état-major général des FARDC, la MONUC a déjà acheminé par voie aérienne du personnel militaire congolais dans les zones : 96 soldats le 26 décembre à Dungu et Faradje, et 165 militaires à Doruma». Joseph Kony, le chef de la LRA, est sous le coup d'un mandat d'arrêt international lancé depuis 2005 par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Mais il refuse de conclure les négociations entamées avec le gouvernement ougandais tant que la CPI n’aura pas abandonné les poursuites contre lui. En attendant, son mouvement continue de perpétrer des massacres de civils aussi bien en Ouganda que dans les pays limitrophes où il se replie.

