R.D.CONGO: Les USA Réitèrent Leurs Appels En Faveur Du Retrait Des Troupes Etrangères

HARARE/KINSHAS, 4 nov. (IPS) – Le gouvernement américain a
réitéré mardi
ses appels en faveur du retrait de toutes les troupes étrangères
de la
République démocratique du Congo (RDC).

"Notre objectif est d'aider à faire avancer le processus de paix.
Ce
conflit ne peut pas faire l'objet d'une approche militaire, il ne
peut pas
être résolu par la force militaire. Seul un processus politique
négocié peut
entraîner une paix durable. La poursuite du conflit ne donnera
aucun
gagnant, elle ne fera que des perdants au Congo", a déclaré Susan
Rice,
secrétaire d'Etat adjointe des Affaires africaines.
Rice a fait cette déclaration, mardi, peu après son entrevue avec
le
président zimbabwéen, Robert Mugabe, à Harare, la capitale. Le
Zimbabwe,
l'Angola, la Namibie et le Tchad, ont envoyé des troupes en RDC
pour
soutenir le gouvernement attaqué du président Laurent-Désiré
Kabila.
"Les USA pensent que toutes les parties impliquées dans le
conflit
congolais ont l'obligation de prévenir un autre génocide et
d'assurer
l'équilibre ethnique. Des démarches positives doivent être
entreprises pour
prévenir un autre génocide dans la région", a-t-elle annoncé.
Le Rwanda, qui supporte les rebelles avec l'appui de l'Ouganda, a
accusé le
président Kabila de susciter des sentiments anti-Tutsis en RDC.
Près d'un
million de gens, la plupart des Tutsis et des Hutus modérés, ont
été
massacrés par les milices hutues au Rwanda en 1994.
Le Rwanda soutient que les milices de Kabila ont fait des ravages,
en tuant
des Tutsis congolais appelés les Banyamulenges.
Rice s'est rendue en RDC, en Angola, en Afrique du sud et en
Zambie. Après
Harare, elle se rendra au Rwanda et en Ouganda avant de retourner
aux
Etats-Unis.
"Je suis surtout venue pour écouter les perspectives de toutes
les
parties", a précisé Rice, lorsqu'on lui a demandé si elle avait
demandé à
Mugabe et Kabila d'avoir un face-à-face avec les rebelles. "Nous
ne sommes
pas venus avec une grande prescription américaine, nous avons
écouté très
attentivement le progrès qui nous a été décrit et qui a découlé de
la
réunion de Lusaka".
Elle se référait aux pourparlers de la semaine dernière qui se
sont soldés
par un échec à Lusaka, la capitale zambienne, après le refus de
Kabila de
discuter avec les rebelles.
Kabila a carrément rejeté les propositions américaines de retrait
des
troupes étrangères.
"Ils (les USA) voulaient voir le Congo initier des négociations
de paix
avec les rebelles. Cette réunion de plus de quatre heures n'a rien
donné.
Les propositions hostiles aux intérêts de la RDC, n'étaient pas
acceptables", a conclu Kabila, à l'issue d'une rencontre dimanche
dernier
avec Rice à Lubumbashi, une ville congolaise.
Rice a affirmé qu'elle était d'accord avec Mugabe sur la nécessité
de
préserver l'unité du Congo et d'uvrer pour un cessez-le-feu
immédiat.
Elle a dit que "les USA comprennent que les membres de la SADC
ont envoyé
leurs forces, suite à la demande du gouvernement de Kabila".
Elleréférait à l'Angola, au Zimbabwe et à la Namibie, qui
sont tous membres de
la communauté de développement de l'Afrique australe (SADC).
Rice et Mugabe ont aussi "accepté que les préoccupations
sécuritaires
légitimes des pays voisins du Congo doivent être reconnues. Nous
avons
aussi "reconnu que l'instauration d'un large processus politique
est
indispensable pour une transition légitime vers la démocratie au
Congo".
Rice a avoué qu'elle était satisfaite, car toutes les parties
impliquées
dans la guerre congolaise lui ont dit qu'elles voulaient la paix.
Au cours de son séjour à Kinshasa, Susan Rice a pu s'entretenir
avec différents
groupes socio-professionnels congolais.
"Avec les groupes de la société civile et les ONG, nous avons
discuté de
l'importance d'institutions civiles puissantes et viables et de la
nécessité
de procéder à de profondes réformes politiques et économiques qui
puissent
être efficaces dans le contexte d'une transition pleinement
globale vers la
démocratie", a-t-elle révélé.
Les groupes de la société civile congolaise appellent depuis peu à
l'ouverture des négociations entre les belligérants.
"Il est temps que le président Kabila avec l'aide des pays amis
comme les
Etats-Unis, puisse convoquer, provoquer ou accepter une
solution négociée devant réunir les tenants du pouvoir, du projet
de la
conférence nationale souveraine et de la lutte armée", a déclaré
Baudouin
Buassa, ancien parlementaire congolais.
Selon lui, les Etats-Unis ont joué un rôle très important dans
l'avènement de
Laurent Kabila au pouvoir en mai 1997 après une guerre de sept
mois qui a mis
fin à 32 ans de règne dictatorial du maréchal Mobutu.
"Nous pensons que les américains doivent continuer à encadrer
leur bébé
qu'ils ont porté sur les fonts baptismaux en aidant Kabila à
terminer le
processus démocratique", a-t-il soutenu.
Le Rassemblement pour une Nouvelle Société (RNS), un parti
politique de
l'opposition, abonde dans le même sens.
"Nous demandons aux USA de faire pression sur leur poulain en vue
d'associer
toutes les couches sociales congolaises notamment la rébellion,
l'opposition
interne ainsi que la société civile dans la gestion de la
transition pour la
mise sur pied consensuelle des structures de la troisième
République,
soutient Hubert Willemene, porte-parole du RNS.
Cependant, la politique américaine au Congo-Kinshasa est loin de
faire
l'unanimité au sein de la population de Kinshasa. Nombreux sont
ceux qui
estiment que ce sont les américains qui arment le Rwanda et
l'Ouganda pour
faire la guerre contre le Congo.
"Ils (les américains) tiennent aux négociations alors qu'il y a
de plus en
plus des preuves qu'ils soutiennent les agresseurs. Ils ne peuvent
pas
s'impliquer dans un schéma de paix ", soutient Guy Kasongo, agent
à l'hotel
Memling de Kinshasa.
Pour le journal "Vision", proche du gouvernement, paru ce mardi,
"l'Amérique
passe à côté de la plaque".
"Susan Rice a quitté Kinshasa sans convaincre la majorité des
Kinois –
habitants de Kinshasa- de la justesse des vues des Américains sur
la crise
armée en RDC", écrit l'éditorialiste de ce journal.
"Le Congo n'a agressé personne. Il est plutôt victime d'une
invasion barbare
orchestrée par les Etats-Unis d'Amérique", poursuit
l'éditorialiste.
La guerre a écl en RDC le 2 août, après que le président Kabila a
ordonné
aux derniers instructeurs et troupes du Rwanda, qui l'avaient aidé
à
renverser le défunt président Mobutu Sese Seko en mai 1997, de
quitter le pays.
Le président congolais a accusé ses voisins du Rwanda et de
l'Ouganda de
soutenir la rébellion. Mais, les deux pays ont nié ces
allégations.