HARARE, 20 oct (IPS) – La Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) est en train de mobiliser l'aide économique pour son Etat membre, le Zimbabwe, en proie aux troubles.
Ce programme d'aide économique entre dans le cadre des efforts consentis par la région pour aider à soutenir l'accord politique chancelant, considéré de façon générale comme la phase initiale vers le redressement de l'économie désastreuse du Zimbabwe. Des dirigeants d'Afrique australe, qui sont venus à Harare le mois dernier pour assister à la signature de l'accord de partage du pouvoir, ont confié au secrétariat de la SADC la tâche d'élaborer un programme économique pour le Zimbabwe. Le secrétaire général exécutif de la SADC, Thomas Salamao, qui était également à Harare pour la cérémonie de signature et a été impliqué dans les efforts de relance de l'économie du pays, a déclaré à IPS que son bureau était en train de travailler sur un plan économique pour le Zimbabwe depuis 2005. "Nous travaillons sur un programme pour aider à financer le redressement de l'économie zimbabwéenne. La signature de cet arrangement politique est de bon augure pour ce programme. Nous espérons que les conditions politiques dans le pays s'amélioreront et aideront à une rapide mise en œuvre de ce programme", a expliqué Salamao. Son bureau a mené des études sur l'économie zimbabwéenne et ajoutera maintenant de nouveaux éléments de l'accord politique au plan final. "Il n'y a pas de doute que la signature de cet accord fournira ce dynamisme très nécessaire pour nous afin de donner un coup de fouet à l'économie du Zimbabwe. "Nous avons mis sur place un fonds pour aider à financer le redressement de l'économie zimbabwéenne. Nous avons examiné ses politiques, la banque centrale, le secteur agricole, la politique monétaire et les déterminants du taux de change", a dit Salamao. Interrogé pour connaître le montant et les conditions qui pourraient venir avec ce programme, il a répondu que "c'est une question qui revient aux dirigeants de la SADC de déterminer". Il n'a donné aucun délai pour la mise en œuvre de ce programme financier, affirmant seulement que cela dépendra de l'accord politique. L'article 3 de l'accord de partage du pouvoir du Zimbabwe aborde des questions économiques. Il parle des questions relatives à la restauration de la stabilité et de la croissance économiques. Depuis 2000, lorsque le gouvernement zimbabwéen s'est lancé dans des invasions de fermes, l'économie du pays a commencé à s'effondrer, la monnaie a perdu sa valeur, et le pays est devenu l'un des pires pays pour faire des affaires. Les parties en négociations ont accepté de donner la priorité à la restauration de la stabilité et de la croissance économiques; de travailler sur un plan de redressement agricole; d'installer un conseil économique national qui comprendra des représentants de tous les secteurs du pays; et de soutenir la résolution de la SADC sur l'économie du pays, qui découle des études du secrétariat de la SADC. Plusieurs leaders de la SADC ont parlé de la nécessité urgente de rassembler des ressources pour le Zimbabwe. L'Afrique du Sud conduit ces efforts, avec son ancien président, Thabo Mbeki, qui a déjà mis en marche un plan agricole pour la saison culturale de 2008 à 2009. Les ministères des Finances, de l'Agriculture et des Affaires étrangères du pays sont en train de travailler pour acquérir des intrants et des instruments agricoles avant le début de la saison agricole. Bien que des agriculteurs zimbabwéens aient déjà commencé à recevoir du maïs de semence et de l'engrais du fait de cette intervention, on ne sait pas encore si la nouvelle administration sud-africaine sous le président Kgalema Motlanthe, qui a critiqué le président Robert Mugabe, reprendra les choses à partir de là où l'administration de Mbeki les a laissées. L'Union européenne (UE), un bailleur de fonds principal de plusieurs projets humanitaires au Zimbabwe, a annoncé qu'elle donnerait une aide humanitaire de 10 millions d'euros au pays. Bruxelles a indiqué que ces fonds, suite à la signature de l'accord de partage du pouvoir entre Mugabe et le leader de l'opposition, Morgan Tsvangirai, seront utilisés principalement pour aider à l'approvisionnement en eau potable, pour les besoins en santé et en conditions d'hygiène des groupes de la population les plus vulnérables. Le commissaire européen pour le développement et l'aide humanitaire, Louis Michel a déclaré : "L'aide humanitaire de l'UE est neutre et impartiale et non un instrument politique. J'espère que toutes les restrictions sur les opérations humanitaires seront totalement levées du fait de ce récent arrangement politique". L'aide porte en premier lieu sur 15 millions d'euros d'aide alimentaire déjà mis à la disposition du pays, cette année. L'UE a accueilli l'accord de partage du pouvoir au Zimbabwe, mais elle a dit vouloir voir comment Mugabe et Tsvangirai mettront en œuvre l'accord sur le terrain avant qu'elle ne puisse s'engager à fournir une aide plus importante pour la reconstruction de l'économie effondrée de ce pays d'Afrique australe. Bruxelles a indiqué que les visa ciblés ainsi que les sanctions financières imposées sur Mugabe et les officiels de son gouvernement, il y a six ans, resteront en place de maintenant jusqu'à ce qu'ils montrent un engagement sincère à construire un pays démocratique et stable. Bien qu'une partie de l'aide financière semble venir assortie de conditions, elle semble profiter aux plus démunis; le gouvernement zimbabwéen a déjà annoncé qu'il a obtenu 80 millions de dollars pour le maïs et les importations de carburant de la Banque africaine export-import (Afreximbank). Afreximbank est une institution financière multilatérale dont l'objectif principal est de faciliter, de promouvoir et de développer le commerce africain interne et externe. Toutefois, certains analystes croient qu'il faudra plus que des donations pour que l'économie commence à fonctionner de nouveau. "Des optimistes croient que lorsque la politique se normalisera, le Zimbabwe retournera en douceur sur le chemin surtout infructueux de la croissance des années 1990. Cela est faux", a affirmé l'économiste Tony Hawkins basé à Harare, professeur à l'Ecole supérieure de Management de l'Université du Zimbabwe, lors d'une réunion à Pretoria, en Afrique du Sud, le mois dernier. Il a également souligné que les donateurs internationaux ne soutiendraient pas un nouveau gouvernement dans lequel Mugabe ou la ZANU-PF au pouvoir ont toujours un rôle déterminant en politique. Le gouvernement de Mugabe est accusé d'avoir détruit le Zimbabwe économiquement dans son intention de s'accrocher au pouvoir. Selon les chiffres de la Banque centrale du Zimbabwe, la dette extérieure du pays s'estimait à 4,8 milliards de dollars en 2007, pendant que la dette intérieure augmentait également.

