AFRIQUE DE L'OUEST: Améliorer les systèmes de santé pour atteindre les OMD

OUAGADOUGOU, 10 oct (IPS) – Les 16 pays d'Afrique de l'ouest, y compris la Mauritanie, ne pourront pas atteindre les objectifs 4 et 5 des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) s'ils ne font pas des efforts pour améliorer leurs systèmes de santé, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les objectifs 4 et 5 des OMD visent respectivement à réduire, entre 1990 et 2015, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans de deux tiers et celui de la mortalité maternelle de trois quarts. L'OMS exhorte donc les 16 pays concernés dans la sous-région à mettre notamment un accent sur les soins de santé primaires.

Le constat a été fait lors d'une rencontre des points focaux de l'OMS dans les pays de l'équipe inter-pays de l'Afrique de l'ouest (Infections sexuellement transmissibles – IST/Afrique de l'ouest) qui comprend, en plus des 15 pays de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest (CEDEAO), la Mauritanie et l'Algérie. La rencontre s'est achevée cette semaine à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. "L'échéance pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement est proche, mais les tendances concernant les objectifs sanitaires ne sont guère encourageantes”, prévient Dr Matthieu Kamwa, le coordonnateur de l'équipe inter-pays de l'OMS, basée à Ouagadougou.

Selon l'OMS, si dans la sous-région, la mortalité des enfants de moins de cinq ans a baissé en moyenne de 188 à 165 pour 1.000 naissances vivantes entre 1970 et 2005, ce taux reste encore élevé pour l'Algérie, le Bénin, le Cap Vert, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Sénégal, et le Togo.

La mortalité maternelle, elle, reste encore très forte dans ces pays où elle est comprise entre 700 et 2.100 décès maternels pour 100.000 naissances vivantes dans 11 pays sur 17 : Bénin, Côte d'Ivoire, Burkina Faso, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, et Sierra Léone.

Malgré des avancées au niveau mondial, souligne Dr Denis Porignon du bureau de l'OMS à Genève, elles demeurent assez inégales pour la plupart des pays en développement dont la majorité se trouve en Afrique subsaharienne et sont à la traîne pour les OMD 4 et 5.

“Nous avons des pays où la situation sécuritaire est perturbée, nous avons aussi une très grave crise en ressources humaines : trop peu de médecins, trop peu d'infirmiers, trop peu de sages-femmes pour s'occuper des enfants et de l'ensemble de la population”, explique Porignon à IPS.

La rencontre de l'OMS, qui s'est penchée sur les moyens pour une amélioration des soins de santé primaires conformément a la Déclaration de Alma Ata en 1978 — qui a retenu les soins de santé primaires (SSP) comme la stratégie de la santé pour tous et pour la réalisation des OMD –, a relevé l'insuffisance des ressources humaines qui reste préoccupante dans la région.

En avril dernier, lors d'une précédente rencontre internationale sur les soins de santé primaires, organisée par l'OMS et ses partenaires à Ouagadougou, la faiblesse des structures, l'insuffisance des ressources humaines et, dans la plupart des cas, le manque de volonté politique, avaient été indexés comme les facteurs de la non-effectivité des SSP.

La réunion de quatre jours, qui vient de s'achever, s'est engagée à renforcer le leadership et la gouvernance dans les pays de la région afin de les appuyer dans l'élaboration de plans stratégiques nationaux de renforcement de leurs systèmes de santé.

“Les systèmes nationaux de santé sont faibles en matière d'analyse et de formulation de politiques, de coordination et de régulation de l'action sanitaire. Les capacités de gestion sont faibles à tous les niveaux de soins, entravant l'application effective et efficace des programmes de santé”, affirme Kamwa à IPS.

Pour aider les pays à relever le défi que constituent l'insuffisance en ressources humaines et le manque de motivation nécessaires à une bonne gestion des hôpitaux, l'OMS a annoncé un appui aux centres d'excellence de formation de santé pour le développement grâce à l'enseignement des modules qui vont permettre le renforcement des systèmes de santé.

Selon l'OMS, aucun des pays n'a encore atteint le ratio de 2,5 professionnels de santé pour 10.000 habitants, norme requise de personnels infirmiers diplômés, sages-femmes qualifiées et médecins pour la réalisation des OMD. Seule l'Algérie a des performances de 1,13 pour les médecins, 1,99 pour les infirmiers et 0,24 pour les sages-femmes.

“Nous avons décidé d'élaborer des politiques de ressources humaines dans les pays pour combler les écarts à travers la formation, des mesures incitatives en terme de salaires, primes d'accompagnement”, explique Dr Mawuli Rêne Adzodo, le point focal des systèmes de santé au bureau inter-pays de l'OMS basé à Ouagadougou.

Le Centre supérieur africain de gestion africain (CESAG) de Dakar et l'Institut de santé publique du Bénin sont les premières institutions qui vont bénéficier de cet appui, et où seront enseignés les modules avant que l'expérience ne soit étendue aux autres pays, indique l'OMS. Selon Adzodo, les fonds des différentes initiatives devraient permettre de “motiver” les agents de santé qui travaillent dans des zones reculées où vivent 70 pour cent des populations qui n'ont pas accès aux hôpitaux. L'OMS s'est engagée à appuyer davantage les pays pour l'élaboration des propositions afin de bénéficier des investissements des institutions comme le Fonds mondial contre le SIDA, le paludisme et la tuberculose, ainsi que l'Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination. Dans les pays relevant de l'IST/Afrique de l'ouest, seuls l'Algérie et le Cap-Vert ont atteint la norme requise du total des dépenses de santé supérieur à 34 dollars par tête d'habitant. Concernant la mise en œuvre de la Déclaration d'Abuja, deux pays seulement consacrent 15 pour cent du budget de l'Etat aux dépenses de santé. Il s'agit du Burkina Faso et du Liberia, indique l'OMS.

Par ailleurs, bien qu'environ 70 pour cent des budgets consacrés à la santé leur soient alloués, les hôpitaux demeurent sous-financés et ne parviennent pas à jouer efficacement leur rôle de centres de référence.

Par conséquent, l'objectif “60 ans d'espérance de vie à la naissance”, qui devait être atteint dans chaque pays en l'an 2000, n'a été atteint qu'au Cap-Vert et en Algérie, regrette l'OMS.

“Cette rencontre tombe à pic, car nous allons dire aux pays où nous travaillons de respecter leurs engagements en réservant au moins les 15 pour cents de leur budget à la santé”, a déclaré Selassi Amah D'Almeida, conseiller économique en matière santé au bureau de l'OMS au Ghana.