POLITIQUE: Les Etats-Unis intensifient la pression sur le Zimbabwe

WASHINGTON, 25 juin (IPS) – L'ambassadeur des Etats-Unis au Zimbabwe, James McGee, a lancé mardi un avertissement voilé selon lequel si le gouvernement de Mugabe maintient son second tour des élections prévu vendredi — en l'absence d'un candidat de l'opposition — les Etats-Unis considéreront le gouvernement qui s'ensuivra comme illégitime et prendront les mesures "attendues".

Intervenant de la capitale, Harare, via une téléconférence, McGee a peint un tableau désastreux de la situation actuelle et a exhorté les dirigeants africains à jouer un rôle plus actif en faisant pression sur le président Robert Mugabe pour arrêter les violences contre les dirigeants et les membres du Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de l'opposition. "Les organisations régionales ont une très grande influence, même plus que l'Occident", a déclaré McGee, indiquant que le Zimbabwe est un pays enclavé où "des formes de pression très simples peuvent être exercées et avoir un impact énorme et immédiat". Le leader du MDC et candidat à la présidence, Morgan Tsvangirai, est toujours réfugié à l'ambassade des Pays-Bas, où il a fui pour sa sécurité dimanche, après avoir annoncé que l'escalade des violences contre les supporters du MDC l'avait conduit à se retirer de la course. Environ 2.000 activistes du MDC ont été enfermés à Harvest House, le quartier général du MDC dans la capitale, où selon McGee, ils partagent une toilette et sont entassés si étroitement qu'il est presque impossible de monter les escaliers vers le haut du bâtiment à sept étages. Lundi, la plupart de ceux qui étaient à Harvest House se sont rapidement dispersés après que des diplomates occidentaux les ont avertis que des forces armées zimbabwéennes étaient sur le point d'effectuer un raid dans le bâtiment, mais environ 30 personnes ont été néanmoins arrêtées, a rapporté McGee, expliquant que "les violences ne se sont pas calmées". McGee a souligné que le Zimbabwe est confronté non seulement à une crise politique, mais aussi à une crise humanitaire de grandes proportions et a dit que les Etats-Unis travaillaient étroitement avec l'ONU, la Croix-Rouge et d'autres missions occidentales pour fournir de la nourriture et une autre aide à ceux qui sont déplacés par les violences généralisées et subissent l'impact d'une économie en déliquescence. Suite à la décision de Tsvangirai de se retirer de la course électorale, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a déclaré que "c'est impossible qu'il y ait une élection libre, équitable ou pacifique au Zimbabwe le 27 juin" et a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU, l'Union africaine (UA) et la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) à prendre en main le problème du Zimbabwe. Les Etats-Unis ont utilisé lundi leur position de président tournant du Conseil de sécurité pour susciter une déclaration commune sur la situation au Zimbabwe, condamnant "la campagne de violence contre l'opposition politique" et le refus de l'espace politique pour des élections libres et équitables, et exprimant de l'inquiétude face à la "grave situation humanitaire au Zimbabwe".

Le Conseil de sécurité a également condamné le gouvernement de Mugabe pour avoir suspendu les opérations des organisations humanitaires, "ce qui a directement touché un million et demi de personnes, comprenant un demi-million d'enfants". La déclaration du Conseil de sécurité a été renforcée par des remarques du secrétaire général Ban Ki-moon, recommandant que le second tour du vendredi soit reporté : "Il y a eu trop de violence, trop d'intimidation. Un scrutin organisé dans ces conditions manquerait de toute légitimité". Toutefois, l'ambassadeur McGee a souligné que tout indique que l'élection du second tour se tiendra, et a mentionné des rumeurs répandues selon lesquelles les forces armées et les groupes paramilitaires "obligeront les gens à voter et prendront des mesures contre ceux qui ne voteront pas". Une rencontre du sommet de l'Union africaine est prévue ce week-end en Egypte. Les Etats-Unis espèrent une déclaration claire venant de ce groupe, condamnant le gouvernement de Mugabe et contestant la légitimité des résultats du second tour. La réticence de l'UA, de la SADC et en particulier du gouvernement d'Afrique du Sud à condamner et à sanctionner Mugabe a contrecarré les efforts consentis par l'Occident pour faire partir du pouvoir ce dirigeant vieillissant et de plus en plus despotique.

Interrogé sur ce que feraient les Etats-Unis en cas d'une "victoire" du président Mugabe vendredi, McGee a déclaré que de telles décisions seront prises à un haut niveau à Washington, mais a ajouté que le gouvernement qui s'ensuivra sera considéré comme "illégitime" et que la politique des Etats-Unis "irait dans la direction vers laquelle vous vous attendriez qu'elle aille". McGee n'a pas donné de détails sur ce que pourrait être exactement cette direction, mais pour le moins, elle impliquerait des efforts diplomatiques intensifiés pour isoler le régime de Mugabe. Les Etats-Unis fondent leurs allégations d'illégitimité sur les résultats d'une élection générale tenue en mars, au cours de laquelle le MDC est apparu comme avoir gagné une majorité au parlement et au scrutin présidentiel. Le gouvernement de Mugabe a refusé de publier les résultats pendant plusieurs semaines, et a affirmé ensuite qu'aucun des candidats n'avait obtenu une majorité, exigeant ainsi le second tour prévu ce vendredi.