COTONOU, 23 juin (IPS) – Au moment où le Bénin attend encore le verdict de la Cour suprême pour les multiples recours liés aux résultats des élections communales et locales d'avril 2008, Honorine Attikpa, une activiste de la participation des femmes au pouvoir politique, fait le bilan féminin de ces scrutins.
Attikpa est présidente du Groupe des ONG, personnalités et institutions pour une forte implication des femmes dans les prises de décisions (G/PIFeD), qui est un réseau qui s'est fixé pour mission d'accroître la participation des femmes à la vie publique dans la perspective d'une égalité et d'une justice de genre. Dans une interview accordée à Michée Boko, correspondant de IPS au Bénin, Honorine Attikpa fait le constat amer d'une nouvelle mise à l'écart des femmes par les hommes politiques, mais se réjouit du nombre plus élevé de femmes élues conseillères municipales par rapport aux élections communales de 2002. IPS: Quel bilan faites-vous des élections communales et locales d'avril 2008 au Bénin au regard de la performance des femmes?
Honorine Attikpa (HA): En 2002, il y avait 45 femmes élues conseillères municipales sur un total de 1.189 conseillers, soit un pourcentage de 3,75. En 2008, nous avons enregistré 65 femmes élues conseillères sur un total de 1.435 élus, soit un pourcentage de 4,5. On note donc en 2008 un léger progrès de 0,70 pour cent par rapport aux premières élections communales qui ont eu lieu en 2002. Il convient également de souligner qu'il n'y a pas eu de quartiers de ville ou d'arrondissement qui n'ait pas connu l'élection massive de femmes dans les conseils locaux. C'est dire que la mayonnaise commence à prendre à la base, et je crois que qui gère la base, gèrera un jour le sommet. Les hommes politiques ont cru devoir laisser la portion congrue aux femmes en les laissant envahir la base, mais je crois que si elles font preuve de compétence, l'ascension est certaine. IPS: Diriez-vous donc que vous êtes satisfaite des résultats obtenus par les femmes à l'issue de ces élections?
HA: Satisfaite, oui. Alors qu'en 2002, les 45 femmes ont été élues dans 25 communes sur les 77 que compte le Bénin, en 2008, les 65 femmes viennent de 35 communes. On en déduit aisément que la culture de responsabilisation des femmes commence à s'enraciner à la base. Cette révolution est un succès pour nous, même si les chiffres obtenus ne sont pas encore ceux que le G/PIFeD attendait au regard de toutes les actions que nous avons menées sur le terrain. IPS: Des 45 anciennes conseillères, combien ont-elles retrouvé leur poste?
HA: Des anciennes, il n'y a que 11 qui soient revenues. C'est le jeu démocratique. Ce qui apaise, c'est que les localités qui n'ont pas voté pour leurs anciennes conseillères ont voté pour d'autres femmes. Pourvu que cela s'appelle femme, pourvu que cela soit nanti de compétences pour participer efficacement à la gestion de la cité, cela nous calme. C'est vrai que si ces anciennes étaient revenues, au regard de l'expérience déjà acquise sur le terrain, au lieu de commencer à marcher, elles vont se mettre automatiquement à courir. IPS: Peut-on dire que les femmes béninoises ont été trahies par les hommes politiques?
HA: Trahies, c'est peut-être trop dire. On se serait vu trahies si on n'avait pas connu de progrès. Toutefois, au moment où les positionnements ont débuté sur les listes électorales, nous avons envoyé des émissaires à la présidence, à l'Assemblée nationale, dans les ministères, dans les domiciles des leaders politiques et de toutes les personnes qui ont un pouvoir pour influencer le positionnement des femmes. Ils nous ont tout promis, ils ont toujours reconnu que la femme est indispensable à la gestion de la cité. Mais, au moment de joindre l'acte à la parole, la plupart de nos hommes politiques n'ont pas cru devoir respecter leurs engagements. Le combat était d'abord rude entre eux. Alors, quand il a fallu y mettre la femme… La lutte n'était pas tournée vers la femme. Ils ne se font pas de cadeau eux-mêmes. C'est la jungle politique. Les femmes doivent mettre des bottes avant d'y entrer. IPS: Avez-vous eu l'occasion de discuter avec quelques chefs de parti depuis la fin des élections? Quelles explications vous ont-ils données?
HA: C'est trop tôt, ils n'ont pas encore la tête à cela pour l'instant. Ils se disputent les mairies. Ce n'est pas le moment de les aborder pour parler de cela. Nous allons prendre langue avec eux plus tard, mais nous n'avons pas commencé cela. Le vin est tiré, il ne reste qu'à le boire. IPS: Il n'y a qu'une seule femme élue maire pour le moment. Peut-on en espérer plus?
HA: Oui, ce n'est que la femme maire de Kèrou — dans le nord-ouest du pays — qui a retrouvé son poste. Mais cela ne nous effraie pas, parce que déjà en 2002, après l'installation de tous les conseils communaux, nous n'avions que deux femmes. Et c'est au fil du temps, quand des suppléantes ont pris la place des titulaires, et après épuisement de tous les recours, que nous avions eu quatre femmes maires. Or, avec la situation actuelle, est bien sorcier qui peut dire qu'il est déjà maire confirmé. Il reste 24 communes qui n'ont pas encore élu leur maire, et plus de 800 recours devant la Cour suprême. C'est dire que tout est modifiable à tout moment. IPS: Pour les élections prochaines, allez-vous changer de stratégie face aux hommes?
HA: Pour les élections qui offrent la possibilité de placer des indépendants, je crois que c'est un aspect sur lequel nous allons réfléchir très mûrement. A côté, nous allons continuer la bataille pour que soit instauré un système de quota par l'adoption d'une loi à l'Assemblée nationale.

