POLITIQUE: L'Algérie, L'UMP et Israël, quel avenir?

ALGER, 24 juin (IPS) – A trois semaines de la tenue de la conférence des chefs d'Etat de l'Union pour la Méditerranée (UMP), prévue à Paris le 13 juillet prochain, le président algérien Abdelaziz Bouteflikha n'a pas confirmé sa participation malgré la visite, ce week-end à Alger, du Premier ministre français François Fillon.

Ce projet, initié par le président français Nicolas Sarkozy, ne cesse de faire des vagues des deux coté de la mer Méditerranée, notamment sur la rive sud, dont des pays comme l'Algérie et la Libye ont émis des réserves sur l'utilité de ce regroupement.

Pour l'Algérie, les choses ne sont pas encore claires, et ce pays méditerranéen d'Afrique du nord vient d'affirmer, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelsi, que les contours de ce projet ne sont pas encore clairement établis, par rapport notamment à la présence non souhaitée d'Israël et au conflit du Sahara occidental qui oppose l'Algérie à son voisin, le Maroc.

Selon des sources diplomatiques à Alger, l'Algérie préparerait de “grands projets” pour une “UPM sans Israël”, mais voilà que les autorités politiques du pays n'ont pas encore tranché la question de leur participation ou non à la conférence de Paris, préférant entretenir le suspense.

Des analystes algériens ne partagent pas l'idée d'adhésion de leur pays à cette union qu'ils voient comme une version nouvelle ou une voie sûre pour aller vers un grand Moyen-Orient ou un Moyen-Orient élargi, une idée chère au président américain George W. Bush et à sa secrétaire d'Etat Condoleezza Rice. Ils ont été les premiers à appuyer fortement l'initiative de Sarkozy.

Moubarek Malek Serray, grand spécialiste algérien des relations internationales, estime que l'Algérie n'a pas besoin de cette union. Selon lui, l'union profitera en premier lieu à Israël qui pourrait s'en servir pour s'infiltrer dans le monde arabe ou pour au moins normaliser ses relations économiques et, pourquoi pas aussi, les relations sécuritaires avec ce bloc.

“L'Algérie, qui occupe une place géostratégique remarquable et un poids important aux niveaux arabe et africain grâce à ses richesses naturelles et à sa constance position internationale vis-à-vis de la question palestinienne, devrait refuser cette union pour ne pas perdre son aura internationale”, a déclaré Serray à IPS. Il ajoute que les Etats européens cherchent à contrecarrer les Etats arabes dans leur conflit avec Israël. Au-delà de la question palestinienne et du conflit du Sahara occidental, le volet économique pose également un grand problème pour les Etats du sud de la Méditerranée, selon des analystes qui se demandent ce que cette union apporterait de nouveau à ces pays.

Pour Moussa Touati, professeur a l'Institut algérien des relations politiques, “Cette union n'apporte rien de nouveau pour l'Algérie puisqu'elle a contracté déjà un partenariat économique avec l'Union européenne, qui va entrer en vigueur à partir de l'année 2012, en plus de son partenariat conclu avec l'Organisation mondiale du commerce”.

“Je pense que ce projet n'est qu'une sorte de nouvelle colonisation puisque l'intérêt des pays européens, comme la France, repose essentiellement sur les ressources énergétiques des pays arabes”, affirme Touati à IPS. Devant le flou qui entoure la création de cette union, le Parti des travailleurs algériens (PT – opposition parlementaire), a annoncé par la voix de sa secrétaire générale, Louisa Hanoune, qu'il réclamerait “un référendum populaire pour connaître l'opinion des Algériens sur l'adhésion de l'Algérie à ce qui est appelé l'Union pour la Méditerranée”. Selon le PT, ce projet “n'est qu'une normalisation des relations avec Israël et, plus encore, il prépare des choses qui ne servent en rien l'intérêt des pays de la rive sud de la Méditerranée”. “Les choses sont claires, le principal objectif de la création de cette union n'est autre que la normalisation des relations avec Israël et partant, l'accaparement d'un marché maghrébin de 75 millions d'habitants”, ajoute le PT.

Pour sa part, Fatma Zouhra Benbrahem, juriste et analyste politique, a déclaré à IPS que “l'UPM est une tentative des pays européens d'arracher et sans condition une reconnaissance d'Israël et d'abandonner purement et simplement le peuple palestinien et sa cause nationale”.

Elle a affirmé que les pays méditerranéens de la rive nord tenteraient, à travers ce projet, d'”exploiter les ressources naturelles se trouvant dans les pays de la rive sud, notamment l'Algérie qui regorge de pétrole et de gaz”. Selon Benbrahem, les pays européens ont réellement peur du danger dénommé “le péril jaune” asiatique et voudraient le combattre à travers l'utilisation des ressources économiques des pays de la rive sud de la Méditerranée. Elle a également évoqué un phénomène nouveau dans les relations politiques internationales, qui consiste, selon elle, à ne pas reconnaître les frontières naturelles.

A ce sujet, elle a déclaré à IPS : “Les relations géopolitiques, au cours de ces dernières années, connaissent de nouvelles tendances dans les relations entre les Etats et qui tendent vers la création des “espaces” et des “unions” transfrontalières. De son côté, le quotidien algérien indépendant 'El Watan' se demandait lundi si c'est seulement à cause de la présence d'Israël que l'Algérie refuse d'adhérer à l'UPM. Sa position ne s'explique-t-elle pas également par des questions de politique intérieure?, ajoute le journal.