KINSHAS, 3 Nov. (IPS) – Le gouvernement de Laurent Kabila a
énergiquement
protesté vendredi contre le récent rapport des Nations Unis
accusant le
régime congolais de violation massive des droits de l'homme.
Selon l'avocat chilien Roberto Garreton, le rapporteur spécial des
Nations
Unies dans la région des Grands Lacs qui a publié ce rapport, les
autorités
de Kinshasa se livreraient à une incitation à la haine tribale et
procéderaient particulièrement à un nettoyage ethnique des Tutsis
dont une
partie est en rébellion contre les autorités de Kinshasa depuis le
mois d'août.
Léonard She Okitundu, ministre des Droits Humains du Congo
démocratique, a
convoqué vendredi dernier le responsable du bureau des droits de
l'homme de
l'ONU à Kinshasa, Frej Fenniche, à qui il a remis une protestation
officielle du gouvernement congolais.
“Nous présentons une véhémente protestation sur ce rapport fondé
sur des
allégations mensongères et reflétant une grande légèreté”, a dit
le ministre
à la presse peu après sa rencontre avec le fonctionnaire onusien.
“Nous n'avons rien à nous reprocher par rapport à la communauté
tutsie “, a
indiqué le ministre She Okitundu avant d'ajouter que ” le Congo a
la
conscience tranquille”.
A l'en croire, les Tutsis sont protégés dans des sites bien
identifiés et ne
sont nullement inquiétés. “Nous privilégions leur sécurité malgré
le
contexte de guerre”, a-t-il renchéri.
Selon le ministre She Okitundu, 150 Tutsis seraient gardés au camp
militaire
Kokolo de Kinshasa et plus de 500 autres dans des sites aménagés
à
Lubumbashi, la capitale de la province du Katanga. D'après lui,
ces hommes
qui ont été soustraits à la colère populaire, reçoivent
régulièrement la
visite des agents du Comité International de la Croix Rouge.
La rébellion congolaise a éclaté le 2 août dernier après que le
président
Kabila a ordonné le retrait des soldats rwandais de son pays, et
commencé
une campagne de harcèlement des politiciens d'origine tutsie se
trouvant au
sein de son gouvernement.
Il avait été organisé une véritable chasse aux Tutsis dans les
rues de
Kinshasa. Des barrages routiers avaient été érigés sur les grandes
artères
de la capitale et des fouilles systématiques étaient menées pour
dénicher
toute personne qui ressemblerait à un Tutsi.
Plusieurs officiers et responsables Banyamulengués (Tustis du
Congo) avaient
aussitôt rejoint le mouvement rebelle qui s'est plus tard
constitué en
Rassemblement Congolais pour la Démocratie(RCD).
Ces responsables Tutsis incluent Bizima Karaha, ancien ministre
des Affaires
étrangères, Deo Gratias Bugera, ancien ministre d'Etat à la
présidence,
Moise Nyarugabo, directeur général de l'Office des Biens Mal
Acquis et bien
d'autres hauts dignitaires du régime.
Les Banyamulengues sont des Tutsis du Congo, qui se sont
installés à l'Est
de la RDC entre le 18ème et le 19ème siècle. Ils ont aidé Kabila à
déclencher la rébellion de sept mois qui a entraîné le
renversement de feu
Mobutu Sese Seko qui avait dirigé l'ancien Zaïre pendant plus de
30 ans.
sous-secrétaire d'Etat américain chargé des affaires africaines,
Susan
Rice, a exprimé samedi dernier, lors d'une visite à Kinshasa,
l'inquiétude
de son pays qui voit se profiler en Afrique centrale “le spectre
d'un
nouveau génocide”.
Ces allégations avaient déjà été formulées par le Rwanda dont les
troupes
combattent les autorités de Kinsha, aux côtés des rebelles,
conjointement
avec les troupes ougandaises.
"Nous avons la preuve que Kabila préparait le génocide des Tutsis
depuis
très longtemps", a affirmé un haut responsable rwandais. "Il n'y
a
absolument aucun doute à ce sujet".
Selon le gouvernement rwandais, le massacre des Tutsis au Congo
demeure la
grande histoire inédite de la rébellion, qui est constamment
négligée par la
presse internationale et les gouvernements étrangers.
Depuis que les hostilités ont commencé au début du mois d'août, la
presse
rwandaise est revenue sans cesse sur le thème de la persécution
tutsie. Un
récent numéro de 'New Times', un journal pro-gouvernemental, a
donné la
preuve des intentions génocidaires de Kabila en écrivant en grand
titre :
"Le génocide de Kabila fait des milliers de morts", et en
montrant la
photo d'un tutsi torturé par un soldat zimbabwéen.
Les troupes du Zimbabwé, de l'Angola, du Tchad et de la Namibie
soutiennent
Kabila dans sa lutte contre la rébellion tutsie.
Les autorités de Kinshasa ont nié toutes ces allégations et
reprochent à
l'organisation onusienne de faire preuve de partialité dans la
dénonciation
de la violation des droits de l'homme. Selon le régime de Kabila,
l'ONU
ferme les yeux devant les atrocités commises dans la partie
orientale du
pays sous contrôle rebelle.
Des témoignages concordants rapportent que les rebelles et leurs
alliés
rwandais et ougandais font preuve d'une grande cruauté sur les
populations
civiles. Les cas de massacres comme celui de Kasita, non loin
d'Uvira, où
plus de 300 personnes ont été tuées, du massacre des officiers
congolais à
l'aéroport de Bukavu, des viols, des tortures, des déportations
sont
régulièrement signalés.
Frej Fenniche pour sa part a soutenu que le rapport de Roberto
Garreton
n'engageait pas forcément l'ONU car son statut de rapporteur
spécial lui
garantissait une certaine indépendance. Il a signifié que les
autorités
congolaises ont une part de responsabilité dans la mesure où elles
se sont
toujours opposées à la venue de Garreton au pays pour mener des
investigations sur le terrain.
Le gouvernement congolais a toujours accusé Roberto Garreton de
partialité
dans la rédaction de ses rapports sur la situation des droits de
l'homme au
Congo. L'avocat chilien avait, lors de l'avancée des troupes de
Laurent
Kabila vers Kinshasa, révélé que des centaines de milliers de
réfugiés hutus
rwandais avaient été massacrés.
En juin 1997, l'ONU a accusé le régime de Laurent Kabila d'avoir
massacré
quelques 200 mille réfugiés rwandais hutus durant les sept mois de
guerre
qui ont porté l'ancien chef rebelle au pouvoir. Une commission
d'enquête
avait été dépêchée en août de la même année à Kinshasa pour faire
la lumière
sur ce massacre qui a largement terni l'image de Kabila.
Le gouvernement de Kinshasa avait réfuté d'un revers de la main
toutes ces
allégations. Pour lui, il s'agissait d'un complot ourdi par
lepuissances
occidentales – la France avait été clairement indexée – opposées à
l'avènement du régime de Kabila.
Mais après avoir délibérément entravé le travail de la commission
d'investigation sur les massacres présumés des réfugiés hutus,
Kabila a
brusquement changé de discours et reconnaît qu'il y a bien eu
massacre des
réfugiés hutus. Il accuse les soldats tutsis d'avoir perpétré
cette tuerie à
grande échelle.
"Nous sommes disposés à accueillir les enquêteurs de l'ONU et à
leur
montrer les charniers", avait déclaré au début de la guerre en
août dernier
Pierre-Victor Mpoyo, ministre d'Etat à la présidence de la
république.
Dominique Sakombi, le conseiller en communication de Laurent
Kabila, est
allé plus loin. Il a déclaré devant la presse que le chef de
l'Etat
congolais était au courant du massacre des réfugiés hutus.
Pour montrer sa bonne foi, le gouvernement congolais a donné son
accord de
principe pour une prochaine visite de Roberto Garreton à Kinshasa.

