HARARE, 6 juin (IPS) – Quatorze membres de Femmes du Zimbabwe Debout (WOSA), une organisation de défense des droits humains, basée à Bulawayo, sont en détention dans deux prisons de la capitale, Harare. Ils ont été arrêtés pendant qu'ils marchaient pour exiger que la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) intervienne pour mettre fin aux violences post-électorales.
Leur cas est juste une illustration de l'escalade des violations des droits de l'Homme au Zimbabwe, ce pays d'Afrique australe. Un grand avocat des droits de l'Homme, Andrew Makoni, a fui en Afrique du Sud après avoir reçu de sérieux avertissements d'un plan pour assassiner au moins un avocat afin d'empêcher d'autres de publier des violations et de défendre des victimes des violences commanditées par l'Etat. Selon le 'Southern Africa Litigation Centre', quatre des clients de Makoni ont été assassinés au cours des deux dernières semaines. Depuis les élections du 29 mars, au moins 22 personnes ont été tuées dans une campagne de torture, de passages à tabac et de destruction de maisons que la 'Solidarity Peace Trust' déclare être menée par les partisans de la ZANU-PF au pouvoir — notamment des vétérans de guerre, l'aile de la jeunesse du parti et des membres des services de sécurité du Zimbabwe. Nelson Chamisa, un porte-parole du Mouvement pour le changement démocratique et député, a été lui-même attaqué à l'Aéroport international de Harare l'année dernière, alors qu'il se rendait à une rencontre internationale des parlementaires à Bruxelles. Et la semaine dernière, quatre des membres de sa famille ont été gravement agressés par des soldats et des milices suspectées d'être de la ZANU-PF.
Le journaliste de IPS, Tonderai Kwidini, a demandé à Chamisa quel impact les violences ont sur la campagne pour le second tour des élections du 27 juin. NELSON CHAMISA (NC): Voilà le pire environnement politique que nous ayons connu dans l'histoire de notre parti. Nous combattons un régime qui est au bord de la défaite, mais est déterminé à rester au pouvoir et est devenu prêt à tout. Nos partisans sont en train d'être mutilés, torturés et tués et personne n'a été arrêté. C'est une situation qu'on ne peut espérer venir que d'un Etat barbare. IPS: Comment les violences actuelles affectent-elles ou changent-elles le paysage politique du Zimbabwe?
NC: Les violences ont déplacé des électeurs. Souvenez-vous: nous allons utiliser un système basé sur la circonscription électorale et beaucoup de nos partisans ont été obligés de quitter leurs propriétés à cause de ces violences. Ces dernières n'ont pas simplement déplacé des électeurs, elles ont éliminé l'électorat. Nous avons plus de 50 partisans qui ont été tués depuis le 29 mars. IPS: Un récent rapport de la 'Solidarity Peace Trust' décrit cette répression avec des détails douloureux. Le rapport recommande également plus de médiation et la création d'un gouvernement de transition. L"International Crisis Group' a fait une recommandation similaire: quelle est votre réaction à cette suggestion?
NC: Elle est simple: personne n'est contre l'idée d'un gouvernement d'unité nationale, parce que le Zimbabwe en aura besoin lorsqu'il fera ses efforts de construction de la nation. Mais ce gouvernement ne peut être choisi que par le parti qui gagne les élections car seulement à ce moment, il aura le mandat du peuple. Nous appelons la communauté internationale, la SADC, l'Union africaine et les Nations Unies à déployer des forces de maintien de la paix, de même que des superviseurs pour venir au Zimbabwe sauver le peuple de la ZANU-PF. IPS: Quel est le message que vous envoyez aux partisans du MDC face à ces violences extrêmes?
NC: Nous leur disons simplement que c'est le dernier obstacle et il sera douloureux, mais il passera. Nous leur disons de voter avec leur conscience — ils doivent être forts. Voici la fin: nous nous sommes exprimés le 29 mars et nous devons nous exprimer de nouveau le 27 juin. IPS: Nous savons que votre parti politique a été empêché de tenir des rassemblements dans certaines parties du pays. Quelle est la conséquence de ces interdictions sur vos activités politiques?
NC: Vous ne devez pas parler seulement de ces interdictions puisque nous avons certaines régions rurales qui ont été déclarées par la ZANU-PF zones interdites pour l'opposition. Ces interdictions ont non seulement réussi à perturber nos stratégies de campagne, mais ont aussi donné au régime de la ZANU-PF un avantage par rapport à nous. L'idée même est de rendre notre parti comateux. IPS: Pouvez-vous décrire comment vous faites campagne dans cet environnement?
NC: Nos meetings ont été interdits, alors nous recourons actuellement aux campagnes de porte-à-porte IPS: Qu'est-ce qui doit être fait pour rendre les élections du 27 juin libres et équitables?
NC: D'abord, il faut dépolitiser la police puisqu'elle est devenue partisane en faveur du pouvoir en place. Ensuite, il faut créer des conditions dans lesquelles tous les partis politiques seront couverts équitablement à la fois par des médias publics et privés. J'étais au Rwanda récemment et j'ai appris beaucoup de choses sur comment les médias peuvent être utilisés comme instrument pour attiser les violences. Les campagnes de la ZANU-PF sur la radio et la télévision nationales sont génocidaires et doivent être arrêtées avant qu'il ne soit trop tard. IPS: Avez-vous à tout moment senti une menace à votre vie du fait des mesures de répression contre les libertés politiques?
NC: Tout le monde au sein de la direction du parti vit dans la peur constante d'être enlevé, torturé avant d'être tué. Nous sommes maintenant des animaux de sécurité et nous devons être prudents. Nous avons à faire à un régime vampire. Mais rappelez-vous: la dictature est temporaire et nous sommes en train d'assister à la fin de la tyrannie de Robert Mugabe.

