BURKINA FASO: Beaucoup d'argent pour l'eau et l'assainissement – pour les OMD

OUAGADOUGOU, 24 mars (IPS) – Le gouvernement du Burkina Faso vient de lancer un programme national de plus d'un milliard de dollars pour l'approvisionnement en eau potable et l'assainissement pour permettre au pays d'avancer à grands pas vers la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

L'OMD 7 des Nations Unies demande de réduire de moitié la population n'ayant pas accès à l'eau potable et à l'assainissement d'ici à 2015.

Selon le programme lancé vendredi dernier par les autorités burkinabé — qui couvre le milieu rural et urbain –, 90 pour cent des quelque 14 millions d'habitants du pays doivent avoir accès à l'eau potable en 2015. Ce qui fait quatre millions de personnes en milieu rural et près de deux millions de personnes supplémentaires grâce au programme qui prévoit de construire 17.290 forages et adductions d'eau potable. A ce jour, 60 pour cent des Burkinabé ont accès à l'eau potable.

“Il s'agit de mettre l'eau potable le plus près possible des populations”, déclare Salif Diallo, alors ministre burkinabé de l'Agriculture de l'Hydraulique, et des Ressources halieutiques. L'ambition du gouvernement, a-t-il dit, est de réaliser un point d'eau pour 300 personnes, et situé à une distance de 1.000 mètres au maximum de leurs habitations.

Le programme, dont le lancement a eu lieu à Boulzanga, dans le nord du Burkina, vise également à approvisionner 257 communes rurales sur les 302 qui n'ont pas d'adduction d'eau potable et d'assainissement. Le Burkina compte 351 communes au total dont 49 urbaines.

“Ces ouvrages d'eau potable permettront de réduire l'incidence des maladies d'origine hydrique sur les populations et de libérer du temps pour les femmes afin qu'elles se consacrent à des activités génératrices de revenus”, explique Diallo.

Selon les statistiques du ministère de la Santé, les maladies hydriques liées aux excréta sont parmi les cinq premières causes de consultation et demeurent une question de santé publique ces cinq dernières années dans ce pays d'Afrique de l'ouest.

“L'eau est la source de vie; depuis que je suis arrivée ici (en 2006), j'ai compris le sens ce cette expression”, affirme Antoinette Dinga Dzongo, représentante de la Banque africaine de développement (BAD) au Burkina, qui contribue au financement du programme à hauteur de 96,2 millions de dollars.

“Je suis originaire de l'Afrique centrale où nous avons beaucoup d'eau, mais c'est quand je suis arrivée ici que j'ai vraiment compris le sens du slogan. Et au niveau de la banque, c'est la priorité des priorités, c'est l'eau pour la santé de la population”, ajoute Dinga Dzongo.

Le programme, qui est entièrement financé par les partenaires extérieurs du Burkina, réunit 18 bailleurs dont les plus importants sont, outre la BAD, l'Agence danoise pour le développement international (environ 106,6 millions de dollars), et l'Agence française de développement (53,3 millions de dollars). Ce nouveau programme a été lancé dans le cadre de la Journée mondiale de l'eau (le 22 mars) qui a coïncidé cette année avec celle de l'assainissement. “Il faut dire que dans le cadre du développement humain durable de notre pays, le secteur de l'assainissement a toujours été ignoré et sous-estimé. Aujourd'hui, nous avons pris conscience qu'il faut réagir et c'est pourquoi nous avons bâti ce nouveau programme “eau et assainissement”, souligne Diallo. Les autorités expriment l'espoir de faire évoluer le taux actuel de 10 pour cent d'assainissement au Burkina à 57 pour cent à l'horizon 2015 en construisant 671.000 latrines dans tout le pays. Selon l'Office national de l'eau et de l'assainissement, un organisme gouvernemental, seulement 10 pour cent de personnes au Burkina disposent des ouvrages jugés de qualité acceptable. En dehors de Ouagadougou, la capitale, et Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays, ce taux tourne autour de deux pour cent seulement.

“L'assainissement intervient dans le niveau de vie des populations, et nous ne pouvons plus continuer d'ignorer ce sous-secteur de l'assainissement, que ce soit en milieu rural ou en milieu urbain”, explique Diallo. “C'est pourquoi nous avons mis en couple le programme eau et le programme assainissement pour donner aux populations de l'eau potable, mais également les faire accéder aux infrastructures d'assainissement”.

En milieu rural, 375.000 latrines familiales doivent être construites, aux côtés de 12.300 latrines publiques, selon le ministère de l'Hydraulique.

Selon Cheick Tidiane Tandja, directeur exécutif du Centre régional pour l'eau potable et l'assainissement (CREPA), l'exemple du Burkina, un pays sans ressources, doit être suivi par les autres pays de la sous-région.

Le CREPA apporte une expertise aux pays d'Afrique de l'ouest et du centre pour l'approvisionnement en eau potable et l'assainissement grâce à des technologies à faible coût et adaptées. C'est une organisation non gouvernementale basée à Ouagadougou. “Il ne peut pas y avoir de développement sans ressources humaines; donc qui dit ressources humaines, dit amélioration du cadre de vie, des conditions d'existence, dit aussi question de dignité pour ces personnes qui n'ont pas accès aux services d'hygiène”, affirme Tandja.

Selon le Programme conjoint OMS/UNICEF de surveillance de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement, 62 pour cent des Africains n'ont pas accès à une installation sanitaire améliorée — des toilettes convenables — où les eaux usées ne sont pas en contact avec l'homme. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne que l'assainissement est un élément fondamental de la santé publique. Un assainissement amélioré contribue considérablement à la santé et au bien-être, notamment pour les filles et les femmes. En outre, il contribue à réduire d'un tiers le risque de contracter des maladies diarrhéiques, a déclaré le directeur général de l'OMS, Margaret Chan, à l'occasion de la Journée mondiale de l'eau.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), près de 40 pour cent de la population mondiale, faute d'accès aux installations sanitaires, est privée de la dignité et de la sécurité qu'elles représentent. L'utilisation de toilettes convenables et le lavage des mains évitent la contamination de l'eau, du sol et des aliments par des bactéries, des virus et des parasites présents dans les excréta humains, indique l'UNICEF. Cette contamination est une cause majeure de diarrhée, la deuxième cause de mortalité chez l'enfant dans les pays en développement, et provoque d'autres maladies comme le choléra, la schistosomiase et le trachome, selon l'UNICEF.

De plus, l'amélioration des installations sanitaires et de l'hygiène dans les écoles a des effets bénéfiques à la fois sur l'apprentissage et sur la santé des enfants, souligne l'agence onusienne. A cet égard, plus de 66 millions de dollars des fonds du programme burkinabé seront alloués à la formation des conseils municipaux et des comités villageois pour la maintenance et le suivi des ouvrages. En effet, par le passé, 23 pour cent des pompes à motricité humaine étaient tombées en panne sans être réparées, selon Diallo.