POLITIQUE-AFRIQUE: Des femmes soudanaises se retrouvent au Sommet de l'UA

ADDIS-ABEBA, 7 fév (IPS) – Faites pression sur le gouvernement soudanais pour résoudre le conflit du Darfour et surveillez les soldats des Nations Unies pour des délits sexuels, a déclaré une délégation de femmes soudanaises aux dirigeants réunis au dernier Sommet de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba.

Le comité de pilotage de la Consultation des femmes africaines sur le Darfour a indiqué qu'elles étaient venues au sommet pour "rencontrer les dirigeants qui ont d'influence sur notre gouvernement".

La "douleur de la femme du Darfour est la douleur de chaque femme soudanaise", a dit Betty Achan, ministre de l'Agriculture dans le parlement du Gouvernement du Sud-Soudan (GoSS) et membre de la délégation des femmes. En plus de Achan, la délégation comprenait trois femmes en provenance du Darfour et un cinquième membre qui représentait le Nord-Soudan. "Nous sommes toutes très fatiguées du conflit", a déclaré Mona Elshareif, de Geneina dans l'ouest du Darfour. "Tout le monde sait que des femmes et des enfants souffrent au Darfour. Les gens sur le terrain ne voient pas la politique. Ils ne voient que le traumatisme".

"Nous devons penser aux enfants", a ajouté Elshareif, soulignant que "notre forum travaillera avec tous les groupes de femmes au Soudan".

Le gouvernement basé à Khartoum dans le nord est accusé de faire le développement au détriment des autres parties du pays — ceci aurait conduit au conflit généralisé dans le pays. En 2007 seulement, plus de 250.000 personnes ont été chassées de leurs maisons, portant le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays à plus de deux millions. Les violences ont accru au cours des dernières semaines, avec l'intensification des affrontements entre les groupes rebelles et les forces gouvernementales dans l'ouest du Darfour.

Pendant ce temps, le déploiement de la nouvelle Mission conjointe ONU-UA au Darfour (MINUAD) est en train d'être entravé par l'échec de la communauté internationale de fournir des équipements cruciaux comme les hélicoptères et par l'obstruction de Khartoum.

Le GoSS fonctionne de façon semi-autonome à l’égard du gouvernement national dans le nord — suite à une guerre civile de 21 ans. L'année dernière le GoSS a lancé sa Force opérationnelle au Darfour pour "unir les rebelles et avoir un programme", a affirmé Achan.

Nawal Hassan a appelé les groupes rebelles du Darfour à "s'unir et à avoir un programme". "De cette manière, ils peuvent mettre plus de pression sur notre gouvernement", a-t-elle expliqué. "Actuellement, nous avons 26 groupes rebelles sur le terrain et cela crée des divisions", a déclaré Hassan.

Hassan — une activiste de Nyala dans le sud du Darfour — a indiqué que la délégation voulait s'assurer que "des femmes seront représentées au niveau des prises de décision pour la paix au Soudan".

"Nous avons assez de la guerre. Nous voulons être impliquées pour amener la paix au Darfour", a ajouté Hassan. "Nous avons souffert des conséquences de cette guerre et nous voulons parler à nos frères qui se battent. Nous voulons un avenir pour nos enfants. Nous voulons la paix et le développement prospère. Mais nous espérons également l'opposition au Soudan des partis qui sont en train de tirer profit de notre souffrance". Achan a averti que les troupes de l'ONU au Darfour devraient être surveillées puisqu'il y a eu des allégations de viol contre ceux qui sont basés dans le Sud- Soudan. "Des soldats de l'ONU ont violé des garçons, des filles et des femmes dans le Sud-Soudan. Quand ils n'ont pas d'argent pour payer des prostituées, ils abusent de petits enfants", a souligné Achan. "Notre organisation dispose de moyens pour surveiller les soldats de l'ONU au Darfour et nous allons nous en prendre à eux s'ils commettent des délits sexuels", a affirmé Dismas Nkunda, présidente du Consortium du Darfour, un regroupement international de 60 groupes de la société civile. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a abordé la question du Darfour dans son discours à la cérémonie d'ouverture du Sommet de l'UA le 31 janvier. Ban a déclaré que les "défis qui attendent le Darfour sont immenses" et a exhorté les pays devant fournir des troupes de maintien de la paix à venir dès que possible.

"La population du Darfour compte sur votre aide. L'UA et l'ONU sont en train de travailler ensemble pour mettre fin à la crise du Darfour", a dit Ban pour rassurer les chefs d'Etat réunis à Addis-Abeba. Ban a tenu un point de presse et a été rejoint par son envoyé spécial au Darfour, Jan Eliasson. Il n'y a pas de calendrier pour garantir la paix au Darfour, parce que tous les efforts dépendaient de "l'arrêt des violences avant que les pourparlers ne puissent commencer", a indiqué Eliasson. Les premières tentatives pour rassembler des représentants du gouvernement soudanais et ceux des groupes rebelles du Darfour ont échoué, a-t-il dit. "Nous avons cinq principaux groupes qui tentent de s'unifier. Nous envisageons également d'impliquer la société civile [dans le processus de paix]", a ajouté Eliasson.

La délégation des femmes du Darfour a rencontré des ministres des Affaires étrangères de divers pays — notamment ceux de la Chine et de l'Afrique du Sud. Le ministre des Affaires étrangères de cette dernière, Nkosazana Dlamini-Zuma, a présidé une réunion des ministres africains sur la reconstruction du Soudan après le conflit.

Le président soudanais Omar al-Bashir a pris part au Sommet de l'UA, mais n'a pas fait de commentaire sur la crise du Darfour. Le représentant permanent du Soudan à l'ONU a déclaré que le voyage de la délégation des femmes du Darfour ne constituait "pas une difficulté pour le gouvernement soudanais parce que c'est une démocratie". 'Femmes Africa Solidarité' (FAS), une organisation non gouvernementale basée à New York et au Sénégal, a aidé la délégation des femmes soudanaises à prendre part au sommet. Marema Touré de FAS a indiqué que leur objectif était de créer "le dialogue et la solidarité parmi les femmes africaines".

"Nous sommes optimistes et ceci est notre point de départ", a affirmé Elshareif.