ACCRA, 30 jan (IPS) – Il y a plusieurs choses qui confirment le fossé entre les riches et les pauvres à Accra, la capitale ghanéenne.
L'une de ces choses, ce sont les maisons magnifiquement conçues dans les quartiers bien lotis des riches. Une autre est le manque de toilettes dans les quartiers pauvres. Les plages d'Accra sont des toilettes en plein air, les matières fécales humaines rejetées sans être traitées dans la mer. Récemment, un journal a exposé la vérité au sujet de ces plages, mais cela a seulement causé un petit tollé. Des responsables de la 'Accra Metropolitan Authority' (AMA) semblent dépassés par l'ampleur du travail à faire. Le pasteur Mensa Otabil, l'un des principaux prédicateurs du pays, a remarqué que "le Ghana est le seul pays au monde où les plages sont devenues des toilettes. Dans d'autres parties du monde, vous voyez des maisons qui ont une vue sur la plage".
"Nous avons dévalué nos plages par ce que nous y faisons au lieu de faire d'elles un endroit de grande valeur où des gens peuvent construire des maisons et bien se reposer", a ajouté Otabil. Les plages de Labadi, Osu et Teshie, des banlieues d'Accra, sont transformées en toilettes externes. "C'est un triste spectacle", a dit Nii Allotey qui vit à Labadi, mais a vite reconnu : "Je suis un coupable parce que je vais là tous les matins pour me mettre à l'aise".
Allotey a rejeté la responsabilité de ce sérieux problème des installations sanitaires sur l'AMA. "Tout ceci existe parce que les dirigeants de l'AMA n'ont pas pris leurs responsabilités. Des propriétaires de maison sont autorisés à construire sans faire des toilettes", a-t-il affirmé. Mais ce problème n'est pas particulier aux maisons longeant la plage. A Nima, également une banlieue d'Accra et considérée comme un bidonville loin de la plage, la plupart des maisons ne disposent pas de toilettes.
Adam Salifu, qui vit là, a sa propre histoire. "Je suis venu vivre à Nima il y a quelques années, et pendant tout ce temps, le propriétaire n'a pas construit de toilettes", a-t-il indiqué. "J'ai honte de l'admettre, mais je fais ma chose soit la nuit soit tôt le matin à côté du grand égout qui traverse le quartier". Numo Blafo, responsable des relations publiques de l'AMA, refuse d'endosser la responsabilité de la pollution de la mer. "Nous avons des équipements de traitement de déchets qui fonctionnent, mais ce sont des entrepreneurs privés qui sont entrés dans le service de gestion des déchets qui font ce qu'ils ne sont pas supposés faire", a-t-il insisté. La collecte des déchets dans cette métropole de quelque trois millions d'habitants a pendant longtemps été sous la responsabilité de l'AMA. Mais la récente libéralisation de l'économie a ouvert les portes aux entrepreneurs privés. Selon Salifu, "ces personnes n'ont pas le savoir et les équipements pour s'engager dans la gestion des matières fécales humaines, et c'est inquiétant qu'elles soient autorisées à poursuivre leurs activités".
La vérité est qu’on laisse Accra s'agrandir sans que les responsables de la ville ne s'appuient sur les lois de l'urbanisme. Des bâtiments poussent comme des champignons, spécialement dans les régions de gens à faibles revenus sans aucun contrôle. En conséquence, la fourniture d'équipements publics ne correspond pas à la croissance de la population. A partir d'environ 1,6 million en 2000, le Service des statistiques du Ghana a estimé la population d'Accra à quelque trois millions et ce chiffre est sur le point de doubler à pour passer à 6 millions d'ici à 2015. A Osu par exemple, il y avait des toilettes publiques. Ces dernières ont été toutes démolies et à leur place, se trouvent des magasins où se tient un commerce florissant.
"La capitale a été transformée en un grand centre commercial et des propriétaires de maison pensent uniquement aux profits qu'ils peuvent réaliser sans penser aux besoins de leurs locataires. Nous portons également la responsabilité dans un sens parce que nous n'insistons pas pour obtenir d'abord ce qui est requis", a souligné Allotey. Blafo de l'AMA était d'accord avec Allotey. "Les autorités de la ville ont des statuts, mais les gens qui vont vivre dans ces maisons ne s'assurent pas qu'elles disposent des équipements comme les toilettes et salles de bain. Ce sont ces mêmes personnes qui se retournent pour accuser l'AMA".
Blafo a déclaré que le travail a commencé en vue de maintenir les plages propres. "Nous avons pris des mesures à travers des arrêtés qui considèrent comme une infraction l'utilisation de la plage comme toilettes", a-t-il affirmé. Cette décision a commencé à porter ses fruits. Par ailleurs, il a dit que l'AMA a pris au sérieux, depuis 2005, le traitement de déchets humains dans la ville. "Il y a actuellement une nouvelle usine qui opère à Korle Lagoon d'où les déchets traités vont à la mer. "Le Conseil de la protection environnementale (EPA) a également souligné que nous devons respecter les instructions fermes qu'il a données pour le traitement des matières fécales humaines. Ceci a beaucoup amélioré le cadre de vie dégradé jusqu'ici", a ajouté Blafo. En effet, l'intervention est en train de porter de bons résultats. Cette zone autour de l'usine de traitement ne s'est plus engouffrée dans l'odeur nauséabonde des matières fécales humaines.
Mariam Ablor, qui vit près du quartier de Korle Lagoon, a déclaré à IPS : "Nous avions l'habitude de circuler couvrant nos nez avec nos mouchoirs à cause de l'odeur nauséabonde, mais actuellement la situation s'est améliorée comme vous pouvez le constater vous-mêmes. Vous n'auriez pas pu dans le passé rester debout me parlant comme nous le faisons actuellement". Elle a raison.

