Q&R: ''Nous faisons tout pour que les femmes se décident et soient bien positionnées''

COTONOU, 16 nov (IPS) – Le Bénin organisera, en janvier 2008, des élections communales, les deuxièmes du genre après celles de 2002. Quelques mois avant ce scrutin, un groupe d'organisations non gouvernementales (ONG) mène déjà diverses activités pour préparer des femmes candidates à affronter cette échéance.

Dans un environnement social où l'implication des femmes en politique n'est pas toujours vue d'un bon œil, le Groupe des ONG, personnalités et institutions pour une forte implication des femmes dans les prises de décisions (G/PIFeD) basé à Cotonou, la capitale économique du Bénin, est décidé à surmonter tous les obstacles qui empêchent les femmes d'émerger dans la société comme les hommes. Honorine Attikpa, la coordonnatrice du G/PIFeD, explique, dans une interview à la correspondante de IPS au Bénin, Reine Azifan, ce que fait son groupe pour améliorer la présence des femmes dans les prochains conseils communaux. Elle invite les femmes à ne pas se décourager, mais plutôt à se battre, quelles que soient les difficultés, afin d'apporter leur contribution au développement du pays.

IPS: Que fait le G/PIFeD exactement pour améliorer la participation des femmes dans les organes de l'administration locale au cours des prochaines élections?

Honorine Attikpa (HA): Pour accroître la participation des femmes à la gestion de nos communes à la base, le G/PIFeD mène beaucoup d'activités, dont le plaidoyer envers les décideurs qui sont les tenants et les gardiens de nos traditions. Nous avons commencé à les sensibiliser parce que notre tradition ne veut pas que la femme émerge au même titre que l'homme; la femme doit être soumise, donc elle n'est pas faite pour être chef. Nous avons commencé par les chefs traditionnels, les chefs religieux, les notables au niveau local afin qu'ils comprennent qu'avec l'évolution, la femme a autre chose à faire que de garder la maison. Au plan national, nous faisons le plaidoyer en direction des chefs de partis car généralement, ils ne positionnent pas de femmes et comme nous faisons assez de bruit depuis un certain temps, ils en positionnent, mais en queue de liste. Nous faisons aussi la sensibilisation à travers des spots à la radio et à la télévision afin de les amener à positionner assez de femmes et en bonne place car quand une personne n'est pas bien positionnée, elle n'a pas de chance d'être élue. Concernant les femmes elles-mêmes qui semblent ne pas prendre la mesure de leurs capacités, nous les sensibilisons afin qu'elles comprennent qu'elles ne doivent pas seulement être des accompagnatrices, ni des mobilisatrices de voix, mais qu'elles peuvent diriger aussi. Il s'agit donc d'une action de conscientisation. Avec la sensibilisation en direction de toute la population, nous essayons de montrer aussi en quoi la présence de la femme est importante dans la gestion des affaires locales. Nous avons aussi envoyé une lettre ouverte aux autorités nationales. Donc c'est tout un arsenal d'activités que nous menons; nous faisons tout pour que les femmes se décident et soient bien positionnées. IPS: Apportez-vous un soutien particulier aux femmes qui choisissent de se présenter en tant que candidates indépendantes?

HA : Le premier soutien de taille que nous apportons aux femmes candidates en général, c'est cette campagne qui a commencé depuis plusieurs mois où nous appelons à voter pour les femmes tout simplement. Toute femme candidate bénéficie donc de cette campagne. Dès que les femmes vont se décider à se présenter aux élections, nous allons les former sur comment élaborer un compte de campagne, comment battre campagne, les enjeux de la décentralisation et le rôle des femmes élues. Nous allons les accompagner aussi dans la confection de leur dossier de candidature à travers des conseils, mais nous ne finançons aucune de leurs activités car nous sommes apolitiques et la loi nous interdit de nous mêler de la politique. Beaucoup de femmes attendent de nous un appui financier, mais la loi ne le permet pas et nous n'en avons d'ailleurs pas les moyens. Donc notre appui se limite à l'accompagnement, aux conseils pour relever leur moral afin qu'elles ne se découragent pas aux premières injures, aux premières calomnies. Cet appui technique est offert à toutes les femmes candidates, qu'elles soient indépendantes ou sur une liste de parti.

IPS: L'approche de G/PIFeD a-t-elle changé depuis les élections locales de 2002? Des leçons ont-elles été tirées pour des stratégies plus efficaces?

HA : En 2002, à quelques mois des élections, nous formions déjà des femmes qui nous ont dit qu'elles allaient être candidates. Mais l'expérience a montré que toutes celles que nous avions formées n'ont plus été candidates. C'est pourquoi, cette fois-ci, pour plus d'efficacité, nous avons décidé d'attendre que les candidatures soient effectives avant de les former. Nous avons retenu de former les femmes candidates afin qu'elles puissent affronter la campagne électorale. Nous pensons que cela est important et nécessaire et nous comptons rééditer cette expérience. Nous faisons la sensibilisation, le plaidoyer mais la loi ne fait obligation à personne de positionner des femmes, c'est pourquoi actuellement, nous accentuons notre pression sur le président de la République à travers son mouvement politique — Force cauris pour un Bénin Emergent (FCBE) — afin d'obtenir un quota. En attendant, beaucoup de partis nous ont promis de bien positionner les femmes; nous attendons de voir si ce sera fait.

Nous avons évalué la première mandature des conseillères en vue d'apprécier ce qu'elles ont valu, mais les conclusions de cette évaluation ne sont pas encore validées. Concernant la formation, nous allons peut-être modifier quelque peu les modules en tenant compte de la nouvelle loi sur les élections. Avant, nous n'avions pas l'habitude d'accompagner les femmes élues. Cette fois-ci, nous allons les accompagner durant tout leur mandat. Elles bénéficieront d'un appui-conseil et de formations jusqu'à la fin de leur mandat.

IPS: Le G/PIFeD envisage de former les femmes pour leur permettre de bien s'acquitter de leurs missions pendant leur mandat parce que l'échec des femmes élues donnera moins de chance à d'autres d'être élues après. Sur quoi alors concentrerez-vous votre attention dans cette formation?

HA : Les femmes qui sont en fonction n'ont pas échoué plus que les hommes. D'abord, c'était le premier mandat, c'était un nouveau rythme et les hommes n'ont pas été merveilleux, les femmes non plus. Nous sommes parfois agréablement surpris de voir que certaines femmes ont fait des prouesses. Pour les élections de 2002, 45 femmes ont été élues, mais le vrai problème est qu'elles n'occupent pas des postes importants de responsabilité dans les Conseils communaux. Tels que nos textes sont faits, si vous n'êtes pas maire, vous n'avez pas assez de pouvoir, vous n'avez pas d'autonomie. Nous avons au total quatre femmes maires sur 77. Si elles ont un quelconque pouvoir, c'est d'influencer les prises de décisions lors des réunions du Conseil communal. Donc, on ne peut pas dire qu'elles n'ont pas travaillé. La plupart des femmes élues ont été à la hauteur de la tâche. Certaines parmi elles ont, par leurs propres moyens, réalisé des infrastructures dans leur commune, même si la loi n'autorise pas cela.

Tirant leçons du fait que beaucoup de femmes se sont découragées pendant les campagnes passées, nous aurons à mettre un accent particulier sur comment résister aux injures et calomnies afin d'éviter qu'en pleine campagne électorale, des femmes ne se découragent et n'abandonnent. Mais, la formation à elle seule ne suffit pas pour régler tous les problèmes, il y a des problèmes qui sont liés à la personne elle-même, à son background, à ses atouts. On ne peut pas vouloir d'une chose et de son contraire, sinon on dirait simplement aux partis de positionner des femmes capables; or, les hommes et les femmes capables ne sont pas toujours ceux ou celles qui drainent du monde. Si le parti positionne celle qui draine du monde et qu'elle n'a pas les capacités qu'il faut, même si on la forme, elle ne peut fournir que ce qu'elle a. IPS: A quel point les femmes en poste dans l'administration locale ont-elles changé le visage de la politique locale depuis les dernières élections? Ont-elles soulevé des questions qui autrement ne seraient pas abordées?

HA : Il faut d'abord qu'on se demande si les Conseils communaux, hommes et femmes confondus, ont pu changer quelque chose. Nous attendons le rapport d'évaluation pour mieux apprécier. Mais la présence des femmes au sein des Conseils communaux est en soi une révolution car cela permet de montrer que la femme peut être aussi au pouvoir. Elles ont certainement pu influencer positivement les choses. Partout où nous sommes passés, on nous dit que lorsque les femmes commencent à réclamer quelque chose lors des réunions du conseil, on n'a pas la paix avec elles tant qu'elles ne sont pas satisfaites. C'est sûr qu'elles ont changé quelque chose, mais ce changement dont on parle est difficile à percevoir. Dans la plupart des cas, elles ont dirigé des commissions des affaires sociales. Donc les problèmes relatifs à la santé, à la scolarisation des filles, au mieux-être en général, ont été souvent soulevés.

IPS: Les femmes qui gagnent aux élections locales sont-elles mieux placées pour réussir aux élections nationales? La politique locale constitue-t-elle une bonne entrée en politique nationale?

HA : Les élections locales et les élections nationales sont deux choses différentes. C'est facile de gagner les élections locales parce que c'est une aire géographique assez maîtrisable. Sur le plan national, c'est la jungle, la bataille est plutôt rude, mais le changement des mentalités peut amener beaucoup plus de femmes à gagner au niveau national. C'est bon de commencer à se préparer, à faire ses armes au niveau local, mais de facto, on ne peut pas dire qu'une femme élue au niveau local a forcément des chances de réussir au niveau national. Les femmes militent dans des partis, mais étant donné qu'il n'y a pas beaucoup de démocratie au sein des partis, on ne se souvient pas d'elles lors de la distribution des postes. A ces problèmes, s'ajoutent maintenant les nouvelles dispositions de la loi électorale; c'est tellement corsé que les femmes ont des difficultés. Avant, quelqu'un peut être candidat indépendant dans sa commune tout court; maintenant, la loi impose à un candidat indépendant de trouver d'autres candidats indépendants dans tous les arrondissements de la commune. C'est une manière de dire qu'il n'y a plus de candidatures indépendantes. Les femmes ne doivent pas se décourager, elles doivent plutôt se battre pour relever le défi de leur participation aux instances de prise de décisions et au développement.