BRUXELLES, 14 nov (IPS) – Une nouvelle initiative pour empêcher les diamants de financer le conflit en Côte d'Ivoire a été arrêtée lors d'une conférence internationale à Bruxelles, au début de ce mois.
Depuis 2005, l'exportation des diamants bruts en provenance de la Côte d'Ivoire est interdite par les Nations Unies à cause de la violation de l'accord de cessez-le-feu entre le gouvernement d'Abidjan et les guérillas des Forces nouvelles, lesquelles contrôlent le nord du pays. L'embargo ne semble pas avoir empêché les diamants ivoiriens d'entrer en Europe. Le mois dernier, il a été rapporté que les autorités judiciaires belges avaient confisqué des diamants illégaux d'origine ivoirienne d'une valeur de 14 millions d'euros (21 millions de dollars). Ceci, malgré un système de filtrage introduit par le Centre mondial du diamant d'Anvers pour bloquer des 'diamants de guerre' — des gemmes vendues pour financer un effort de guerre. Anvers et Londres sont deux centres les plus grands en Europe pour le commerce des diamants. La Côte d'Ivoire était l'un des principaux sujets de discussion à la conférence annuelle du Processus de Kimberley — un regroupement de 73 pays — à Bruxelles du 5 au 8 novembre. Le Processus de Kimberley a été lancé en Afrique du Sud en 2000, quand un certain nombre de gouvernements se sont rencontrés pour voir comment ils pourraient mettre fin au commerce de diamants illicites. La plupart des observateurs pensent qu'il a apporté des bénéfices tangibles, spécialement à travers l'introduction d'un plan international pour certifier l'origine des diamants en 2003.
Les participants ont reconnu qu'il devrait y avoir un nouvel effort pour améliorer les contrôles sur les diamants bruts en provenance de Côte d'Ivoire, en accordant une attention particulière à ses pays voisins. Cette décision fait suite aux préoccupations soulevées par le Conseil de sécurité de l'ONU au sujet de l'implication des réseaux de contrebandiers maliens dans l'expédition par bateau des diamants ivoiriens vers l'extérieur. En novembre 2006, le Processus de Kimberley a reconnu, avec le Ghana, qu'un certain nombre de mesures devraient être prises, suivant des indications selon lesquelles les diamants ivoiriens auraient pu être transportés à travers ce pays d'Afrique de l'ouest. Karel Kovanada, le représentant de l'Union européenne présidant actuellement le Processus de Kimberley, a déclaré que les modalités de cette approche devront être élaborées par des experts, mais que cela impliquerait probablement une utilisation plus grande des contrôles sur place. Les exportations du Ghana passent déjà par des "contrôles extraordinaires", a-t-il dit à IPS. Mais le fait d'entraver les cargaisons de la Côte d'Ivoire qui passent via ses autres voisins peut s'avérer plus difficile. Contrairement au Ghana, le Mali et le Burkina Faso n'ont pas encore rejoint le Processus de Kimberley. Toutefois, selon Kovanda, ils ont manifesté leur volonté de coopérer avec cela. "Les frontières de la Côte d'Ivoire sont perméables", a déclaré Ian Smillie, coordinateur des recherches au Partenariat Afrique Canada, un groupe indépendant qui travaille pour construire un développement humain durable en Afrique. "Les frontières de ses voisins sont également perméables. Les diamants ne s'arrêtent pas au Burkina Faso, si c'est là où ils vont. Ils arrivent tous sur les marchés mondiaux en Europe, aux Etats-Unis, au Japon et en Inde". Au cours des années 1990, les diamants constituaient un facteur important dans les guerres civiles qui ont dévasté l'Angola, la Sierra Leone et le Liberia. Des diamants d'une valeur d'environ 4 milliards de dollars seraient passés par les mains du groupe rebelle angolais, UNITA, dans la période 1992-1998. Smillie a indiqué qu'il se pourrait que la proportion des diamants de guerre dans le commerce général du diamant ait diminué en passant de 15 pour cent à moins d'un pour cent. "Le Processus de Kimberley et d'autres efforts ont permis de mettre fin à ce commerce", a-t-il affirmé. Bien que le processus soit fondé sur une régulation volontaire, les pays qui n'y appartiennent pas peuvent ne pas vendre des diamants aux pays qui en sont membres. Et les pays où les contrôles sont jugés relâchés peuvent être suspendus du processus. Tel a été le cas du Congo-Brazzaville. Après avoir fourni une explication sur la raison pour laquelle il y avait un gouffre entre les exportations de diamants bruts en provenance de ce pays d'Afrique centrale et sa capacité de production réelle, il a été réadmis la semaine dernière. Smillie a soutenu que des lois doivent être introduites pour s'assurer que des pays procèderont aux audits et aux contrôles sur les diamants. "L'industrie a réclamé des contrôles gouvernementaux plus sévères sur l'industrie", a-t-il noté. "Cette requête est inhabituelle. Je ne vois pas plusieurs industries qui demanderaient des contrôles plus sévères. Mais tout est volontaire. Ce que j'aimerais voir dans les mois et années à venir est que plus de gouvernements adoptent ces contrôles et les rendent obligatoires à l’intérieur de leurs propres juridictions". Eli Izhakoff, directeur général du Conseil mondial du diamant à New York, a déclaré que c'est "sans précédent" qu'une industrie cherche le type de contrôles qu'il préfère pour les centres de commercialisation de gemmes. "Notre politique est qu'un diamant de guerre est un diamant de trop", a-t-il souligné à IPS. "Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, ensemble avec les ONG (organisations non gouvernementales) et les gouvernements, pour nous assurer que des contrôles justes sont mis en place. Nous avons beaucoup fait, mais bien sûr, il reste davantage à faire". Mais Charmian Gooch, directrice de 'Global Witness', une organisation qui a exposé le rôle des diamants dans la guerre civile d'Angola, n'est pas convaincue que l'industrie soit suffisamment vigilante. Gooch a dit que l'un des problèmes avec le plan de certification introduit en 2003 est qu'il n'est pas suivi d'un "mécanisme de surveillance et de vérification" et ne fournit pas une analyse indépendante des données.
"Ceci a conduit à un système volontaire d'autorégulation analogue au Processus de Kimberley parce que les gouvernements ont refusé d'assumer la responsabilité correcte de la surveillance de leurs propres industries", a-t-elle affirmé.
"Le contrôle indépendant n'a ni eu lieu, n'est ni exigé pour vérifier la conformité de l'industrie avec ces mesures. Cette autorégulation demeurera inadéquate tant qu'elle n'est pas soutenue par le contrôle indépendant et la surveillance du gouvernement. L'industrie du diamant n'a pas pu tenir à sa promesse de créer un système de suivi pour assurer que des diamants ne financeront plus la guerre".

