SANTE-AFRIQUE: Encourager la coopération dans les luttes contre la tuberculose et le SIDA

LE CAP, 13 nov (IPS) – La tuberculose (TB) en Afrique ne peut pas être traitée pendant que les organisations de lutte contre la TB et le VIH/SIDA refusent de mettre de côté leurs différences, ont déclaré des professionnels de la santé vendredi à la 38ème conférence mondiale de l'Union sur la santé respiratoire, qui a pris fin lundi au Cap, en Afrique du Sud.

"Jusqu'ici, plusieurs programmes de lutte contre la TB et le VIH en Afrique — ou n'importe où dans le monde — ne coopèrent pas les uns avec les autres, malgré la forte corrélation qui existe entre le VIH et la TB", a indiqué Paula Fujiwara, conseillère technique principale et directrice du département VIH de l'Union contre la tuberculose et les maladies respiratoires, la coalition internationale qui a organisé la réunion du 8 au 12 novembre, tenue chaque année. "Dans certains pays africains par exemple, 75 à 80 pour cent des personnes vivant avec la TB sont co-infectées par le VIH".

Fujiwara a déclaré que la jalousie était l'un des principaux facteurs dans le manque de collaboration entre les deux camps : "Le VIH a toujours été le grand garçon du quartier, la tuberculose étant le petit frère. Des programmes et organisations de lutte contre le VIH semblent craindre que la TB emporte l'attention et le financement".

La TB est une maladie aéroportée qui affecte principalement les poumons; elle est transmise, en partie, par la toux et l'éternuement. Les germes de la tuberculose sont capables de demeurer latents chez une personne, devenant actifs de nouveau au cas où le système immunitaire du patient est affaibli, comme c'est le cas avec l'infection du VIH.

La tuberculose active est très contagieuse et bien que traitable, peut devenir mortelle — spécialement pour ceux qui ont le SIDA. Cette maladie est la cause principale de la mort des Africains infectés par le VIH : selon des statistiques de l'Organisation mondiale de la santé, 90 pour cent des personnes vivant avec le VIH/SIDA en Afrique meurent des mois après avoir contracté la TB. On estime que 590.000 personnes meurent de tuberculose chaque année en Afrique, le seul continent où les taux de la TB augmentent rapidement. Ceci est en partie dû aux nombres d'infections de VIH élevés dans cette région. L'Afrique subsaharienne abrite plus de 60 pour cent des personnes séropositives à travers le monde. Pour tenter de pousser les activistes du VIH et de la TB à se mettre ensemble, l'Union contre la tuberculose et les maladies respiratoires a élaboré une stratégie qui permet aux maladies d'être attaquées simultanément — nommée 'Soins intégrés pour les tuberculeux vivant avec le VIH/SIDA' (IHC). La collaboration dans le traitement de la TB et du VIH ainsi que le dépistage croisé des malades du VIH et de la tuberculose sont essentiels à cette stratégie, qui est en train d'être expérimentée dans plusieurs pays, dont la République démocratique du Congo, le Zimbabwe et l'Ouganda.

"En 2005, seulement sept pour cent des malades du VIH à travers le monde ont subi le test de la tuberculose", a indiqué Alasdair Reid, conseiller pour le VIH et la TB au Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA. "C'est choquant. En dépistant la tuberculose chez les personnes vivant avec le VIH, nous pouvons sauver des milliers et des milliers de vies chaque année. De plus, c'est faisable. Le problème est le manque de coopération entre les différentes organisations qui s'occupent de la TB et du VIH". Une nouvelle forme de distribution de fonds est également nécessaire, a ajouté Reid. "Actuellement, l'argent est mobilisé soit pour le VIH, soit pour la tuberculose, et les fonds dédiés au VIH ne peuvent pas être utilisés pour la TB et vice versa". "Ceci doit changer. Quand vous voulez vous attaquer au VIH, vous devez vous attaquer à la tuberculose, spécialement en Afrique où tellement de personnes sont co-infectées".

Winstone Zulu, un activiste originaire de la Zambie et qui vit avec le VIH/SIDA, a souligné que le temps était venu pour les organisations de travailler ensemble.

"Nous ne pouvons pas combattre avec succès le SIDA quand nous ne combattons la tuberculose", a-t-il indiqué. "Malheureusement, plusieurs personnes semblent toujours ne pas comprendre la nécessité de combattre la TB, spécialement en Afrique. Elles ne voient pas le lien entre les deux maladies". "On doit comprendre qu'en Afrique, les gens ne meurent pas à cause du VIH ou du SIDA. Ils meurent de tuberculose", a ajouté Zulu.

"J'ai contracté la TB en 1996 et c’était vraiment la seule maladie dans toute ma vie qui m'a presque tué. Je vis avec le VIH depuis 17 ans et je suis toujours bien, grâce au traitement anti-rétroviral que je suis. Tout ceci a changé quand la tuberculose m'a attaqué. Les douleurs de la poitrine, les transpirations nocturnes, la fatigue étaient insupportables". Le traitement anti-rétroviral comprend plusieurs médicaments qui prolongent la vie des personnes qui ont contracté le VIH.

"Heureusement, j'ai reçu le traitement à temps et après quelques semaines, je me suis senti assez mieux", a affirmé Zulu. "Toutefois, pour quatre de mes frères, l'aide est venue trop tard".

La rencontre du Cap a pour thème 'Faire face aux défis du VIH et de la MDR (multi-résistance) dans le contrôle et les soins de la tuberculose".

La MDR-TB — la tuberculose multi-résistante — est une source de préoccupation croissante au sein du personnel de santé et des chercheurs, comme l'est la tuberculose ultra-résistante (XDR-TB). Tandis que la tuberculose multi-résistante peut résister à au moins deux des principaux médicaments utilisés dans le traitement initial de la maladie (dénommés "médicaments de première ligne"), la XDR-TB résiste également aux divers médicaments de deuxième ligne.