POLITIQUE-SIERRA LEONE: Une multitude de défis pour le nouveau gouvernement

FREETOWN, 23 sep (IPS) – Un processus électoral qui s'est étendu sur plus d'un mois a pris fin en cette mi-septembre avec l'élection de Ernest Bai Koroma de 'All People's Congress' (APC) comme président de la Sierra Leone.

Koroma a recueilli 54,6 pour cent des voix au cours d’un scrutin qui s'est tenu après que le premier tour des élections (11 août) n'ait donné la majorité à aucun des sept candidats à l'élection présidentielle. Ceci a amené les deux candidats en tête de lice de s'affronter le 8 septembre. Le chef de l’APC est venu en tête du scrutin du mois passé, avec 44,3 pour cent des voix. Son challenger au second tour, le vice-président du gouvernement précédent — Solomon Berewa — a recueilli 38,3 pour cent. Certains avaient pronostiqué que Berewa gagnerait l'élection. Toutefois, une décision de Charles Margai, du Mouvement du peuple pour le changement démocratique (PMDC), de soutenir Koroma a aidé le leader de l’APC à transformer ses suffrages du premier tour en victoire. Le PMDC, une faction dissidente du Parti du peuple de la Sierra Leone (SLPP), a été créé par Margai après la désignation, par l'ancien parti au pouvoir, de Berewa comme son candidat à l'élection présidentielle. Koroma a prêté serment vers la mi-septembre, peu après la proclamation des résultats du scrutin, pour un mandat de cinq ans. Il fait face à un défi énorme, celui d'améliorer les conditions de vie des cinq millions de citoyens de la Sierra Leone où les emplois sont rares, et beaucoup de services sociaux sont difficiles d'accès — et où l'ombre d'une longue décennie de guerre civile continue de planer dangereusement. Des rebelles du Front révolutionnaire uni, qui se sont battus contre l’armée régulière et contre les militants qui soutiennent le gouvernement, ont acquis une notoriété internationale pour avoir amputé les membres des civils au cours de leur campagne. La guerre qui a été financée par les bénéfices issus de la vente des diamants de la Sierra Leone — communément appelés "les diamants du sang", ou "les diamants de la guerre" — a seulement pris fin en 2002. La guerre dans ce pays d'Afrique de l'ouest est intervenue en partie en réaction à la corruption du gouvernement. La corruption dans les milieux officiels reste endémique, et constitue une des questions principales qui réclament l'attention de Koroma. Les clivages régionaux et ethniques entre les Temne du nord qui, de façon générale soutiennent l'APC, et les Mende du sud et de l'est de la Sierra Leone, qui soutiennent le SLPP, auront également besoin d'attention. La victoire de l'APC aux élections présidentielles est intervenue après celle aux élections législatives. Le parti a gagné 59 des 112 sièges en compétition, contre 43 pour le SLPP. Les dix sièges restants ont été gagnés par le PMDC. Le parlement comprend 12 autres sièges qui sont occupés par des chefs coutumiers. Ces sièges ont été pourvus à l’issue d’un autre processus de nomination et d'élection qui a eu lieu entre le 30 juillet et le 2 août. Comme IPS l'annonçait dans un précédent article, il y avait des inquiétudes avant le 11 août au sujet du passage du scrutin proportionnel, utilisé pendant les élections de 2002, vers un scrutin d'arrondissement qui pourrait diminuer les suffrages obtenus par les femmes candidates à cette élection. Les femmes avait obtenu 18 sièges dans la législature précédente, soit 14,5 pour cent du nombre total de sièges. Cette fois-ci, les femmes ont gagné 16 sièges (ce qui leur donne juste en dessous de 13 pour cent des sièges du parlement). "C'est un système électoral qui n'est pas favorable au genre", a déclaré Nemata Eshun-Baiden, fondatrice du Groupe 50/50, une organisation civique qui œuvre pour la promotion de la participation des femmes au processus politique. "Il est presque impossible aux femmes de se présenter aux élections avec ce système, parce que dans les élections basées une circonscription électorale, il faut des gens qui ont de l'argent, et les femmes ne sont pas de cette catégorie". "Les hommes ont de l'argent. Ils ont plus d'argent que les femmes, donc ils ont pris cela comme un avantage", a indiqué Luciana James, une candidate malheureuse du PMDC.

Parallèlement, le nombre de femmes candidates n'a pas reflété le fait que les femmes représentent environ la moitié de la population de la Sierra Leone. "Les partis politiques n'ont pas respecté leurs engagements précédents et ils ont seulement présenté 64 femmes comme candidates. Ce nombre représente 11 pour cent du nombre total des candidats", a indiqué la Mission d'observation des élections de l'Union européenne dans ses conclusions préliminaires sur le vote, lesquelles ont par ailleurs reçu une large approbation de la part des superviseurs et ont révélé un fort taux de participation. Au total, 566 candidats se sont présentés aux élections législatives. Des opinions dépassées sur les femmes selon lesquelles elles ne sont pas compétentes pour occuper un poste politique et devraient rester à la maison ont également influencé le résultat du scrutin, a ajouté James. "Cette idée traditionnelle selon laquelle on ne devrait pas donner le pouvoir aux femmes est en train de détruire nos femmes". Ses propos ont été repris par Salamatu Turay, qui a gagné un siège sur la liste de l'APC. "Les hommes en Sierra Leone ont toujours pensé que les femmes ne devraient pas relever le défi. Quand je suis descendue à la base, les femmes étaient contentes de me voir. Les femmes sont venues et m'ont beaucoup aidée à faire campagne". Ces croyances patriarcales semblent s’être pleinement confirmées par les expériences de la candidate du SLPP, Veronica Sesay, originaire du district de Moyamaba, au sud-ouest de la Sierra Leone. Quand il était connu qu'elle était candidate aux élections législatives, une lettre a été envoyée à Berewa portant les signatures de 100 chefs traditionnels et membres de la société "Poro" en colère — une société secrète traditionnelle composée uniquement d’hommes. "Nous déconseillons fortement le choix de toute femme candidate ici, au risque de voir le siège occupé par un candidat homme non-inscrit", dit la lettre. "Nos votes seront des votes de protestation contre elle". Sesay, qui était bien placée pour gagner, a soutenu que la lettre provenait d'une incompréhension de ses opinions sur les sociétés traditionnelles : ceux qui ont signé la lettre ont cru, à tort, qu'elle était opposée au Poro. "C'était totalement faux", a-t-elle déclaré. "J'ai un grand respect pour leur société qui est née du temps de nos grands-parents". D'un autre point de vue, le fait que le nombre de femmes au parlement ait baissé de juste deux avec ce scrutin d'arrondissement plus dur, augure peut être d'un bon avenir pour les élections futures. Néanmoins, le groupe 50/50 travaille dans le sens d'une garantie constitutionnelle selon laquelle les femmes auront un quota minimum de 30 pour cent de représentation au parlement: "trente pour cent parce que nous pensons que nous n'avons pas beaucoup de femmes instruites dans ce pays", a déclaré Eshun-Baiden. Comme le nom de son organisation l'indique, elle espère une représentation de 50 pour cent à la longue. Le groupe a aidé à préparer les femmes candidates aux élections du mois passé, une initiative qu'il envisage de poursuivre. "Notre formation consiste à apprendre aux femmes à avoir confiance en elles-mêmes, leur apprendre à faire campagne et à avoir une bonne présentation. Nous leur apprenons également à travailler avec les médias, et à identifier les obstacles qui peuvent les empêcher de faire la politique", a fait remarquer Eshun-Baiden. "Beaucoup de femmes dans ce pays ne sont pas instruites. Nous avons certaines nouvelles femmes candidates dont nous ignorons l'origine. Plusieurs partis politiques, j'en suis sure, voulaient à tout prix plaire au monde en disant 'nous sommes sensibles au genre'. Je pense qu'il devrait y avoir un système dans lequel les partis devraient nous demander de présélectionner les femmes avant qu'elles ne soient proposées". Turay soutient la nécessité d'aider les candidates. "Je pense que nous devons travailler sur certaines choses. Les femmes doivent essuyer leurs larmes et éliminer la crainte de leur visage. Nous devrions être suffisamment courageuses pour faire face à la communauté; nous devrions être suffisamment courageuses pour parler directement à notre peuple". Quant aux femmes qui ont perdu lors des dernières élections, il y a toujours une prochaine fois. Zainab Kamara, une parlementaire du SLPP qui n'a pas été réélue, est en train d'envisager une campagne pour les élections municipales de l'année prochaine: "Cela ne m'ennuierait pas de servir ma communauté parce que je sais que j'ai acquis beaucoup d'expériences. Si ma communauté accepte que je me présente pour le conseil municipal, pourquoi pas?" "Je suis toujours dans la compétition parce que je veux prendre part à la prise de décision dans ce gouvernement. On m'a enseigné de ne jamais capituler", a déclaré James.