BAMAKO, 21 juil (IPS) – Aucune femme sur les 227 candidates n'a franchi le cap du premier tour des élections législatives du 1er juillet au Mali, et seulement 26 restent encore en lice pour le second tour du 22 juillet, dont la plupart sont en ballottage défavorable.
"Ce résultat n'honore pas le Mali", a déclaré à IPS, Korotoumou Mariko-Thera, porte-parole du Cadre de concertation des femmes des partis politiques, et candidate malheureuse au premier tour de ces élections. "C'est un recul", a-t-elle dit, ajoutant : "Pour le second tour du dimanche 22 juillet, avec ce nombre (26), au meilleur des cas, on aura 13 femmes qui seront élues. Et au pire des cas, on sera dans un intervalle zéro à six femmes". Elle défendait les couleurs d'un petit parti dénommé Solidarité africaine pour la démocratie et l'indépendance (SADI) dans la circonscription électorale de la commune I du district de Bamako, la capitale malienne. Elle est parmi les membres fondateurs de SADI avec son mari Oumar Mariko, qui était un des huit candidats à l'élection présidentielle d'avril dernier. Elle et son mari étaient tous les deux d'anciens leaders estudiantins. Avec cet échec, le rêve de Mariko-Thera de devenir députée au parlement malien s'est brisé pour la législature 2007-2012. Les résultats définitifs du premier tour du scrutin, qui ont été proclamés par la Cour constitutionnelle malienne le 15 juillet, laissent apparaître une nette contre-performance des femmes lors de cette élection, estiment des observateurs. Après les premières élections démocratiques au Mali, en 1992, seules deux femmes avaient été élues au parlement. En 1997, elles étaient 18 femmes, et en 2002, ce nombre était tombé à 14 dames élues. Selon le sociologue Soumaïla Sagara, ce recul revêt trois aspects. "Le premier aspect est sociologique et est lié à la compréhension du leadership féminin au sein de la société malienne. Vous ne verrez nulle part dans nos villages une femme chef de village", a-t-il souligné.
Le second aspect, dit-il, est lié à la faible combativité des femmes lors des élections. Et le dernier aspect, ajoute Sagara, est le manque maturité politique des femmes candidates. La plupart des candidates n'ont pas de capacité pour un leadership, affirme-t-il, expliquant cette situation "par le fait qu'en général, les femmes manquent de confiance en soi".
Pour Bocary Daou, politologue et journaliste, cette contre-performance des femmes aux élections législatives est due à deux choses : "Le discours des hommes politiques est démagogique; ils ne veulent réellement rien céder aux femmes en termes de responsabilité. L'autre aspect est culturel…Dans l'imaginaire populaire, le pouvoir des femmes est maléfique". “En politique, les femmes sont valables et leur présence peut moraliser la vie publique. Car ce sont des mères, des gardiennes de la tradition et elles ont beaucoup de scrupules. Leur présence permet aussi de contribuer à réhabiliter la politique que les gens ont tendance à banaliser aujourd'hui”, a déclaré, pour sa part, Bintou Sanankoua, la secrétaire générale du Réseau des femmes africaines ministres et parlementaires (Refamp), lors d'une récente table-ronde à Bamako.
L'émergence des femmes en politique, explique-t-elle, leur facilite la promotion dans des instances de prise de décision. En outre, ajoute-t-elle, l'impact de la présence des femmes dans ces instances est positif alors que leur absence n'apporte rien. "Fondamentalement, la présence des femmes peut tout changer", affirme Sanankoua qui est également écrivain et ancienne parlementaire malienne. Pour ce scrutin, 1.408 candidats dont les 227 femmes — soit 16,12 pour cent du total — ont sollicité les suffrages des 6,2 millions électeurs et électrices pour briguer les 147 sièges de l'Assemblée nationale du Mali, un pays sahélien d'Afrique de l'ouest comptant parmi les plus pauvres du monde, mais considéré comme l'un des plus démocratiques du continent.
Pour Mariko-Thera, l'échec des femmes aux élections se situe à deux niveaux. Le premier niveau est un aspect financier, car selon elle, on ne peut pas faire de la politique sans argent. Prenant l'exemple sur elle-même, elle a déclaré à IPS: "Les gens ne votent pas par conviction. A tous les niveaux, il faut faire sortir l'argent…Nous sommes dans un système où le candidat qui a beaucoup plus de moyens passe". "Les femmes ne sont pas sur des listes sérieuses, c'est-à-dire sur les listes des grandes formations, sur lesquelles elles ont beaucoup de chance de se faire élire. Elles sont le plus souvent soit sur des listes indépendantes, soit sur des listes des petits partis politiques", a-t-elle déploré. Et c'est pour obtenir une grande participation des femmes aux élections législatives et communales que les femmes membres des formations politiques ont décidé de conjuguer leurs efforts, en accord avec les états-majors des partis pour créer, depuis 2003, un cadre de concertation des femmes des partis politiques dont Mariko-Thera est la porte-parole actuellement.
Selon elle, ce cadre a pour mission d'organiser et de renforcer la solidarité des femmes membres des partis politiques autour de leurs préoccupations communes, et de les rendre plus fortes dans la construction d'une démocratie plus inclusive et plus intégrale au Mali. Sous la pression des associations et mouvements des femmes, le gouvernement malien avait prévu en 2006 — dans l'article 67 de la nouvelle loi électorale — une disposition indiquant que “dans le cadre d'un scrutin direct, aucune liste (de candidats) ne doit comporter plus de 70 pour cent de l'un ou de l'autre sexe”. Malheureusement pour les femmes, après un débat houleux, le 15 août 2006, la loi a été votée sans cette disposition par une majorité absolue à l'Assemblée nationale. Selon une enquête sur l'accès des femmes aux postes de décision, effectuée par le ministère malien de la Promotion de la Femme, de l'Enfant et de la Famille, en 2006, les femmes sont très peu représentées dans les instances de prise de décision — avec un taux global de représentativité de 10,79 pour cent.
Le Mali, selon cette étude, comptait "14 femmes sur 147 députés, soit 9,52 pour cent; cinq femmes sur 27 ministres (18,51 pour cent); sept femmes sur 703 maires (0,99 pour cent); et 720 femmes — dont deux décédées — sur 10.774 conseillers communaux, soit 6,68 pour cent".

