DROITS: 70 millions de jeunes Africains privés d'une éducation de base

BRUXELLES, 14 juin (IPS) – En prélude à la Journée internationale de l'enfant africain (16 juin), un collectif d'organisations non gouvernementales (ONG) africaines et européennes a remis ce jeudi au Parlement européen, à Bruxelles, un Manifeste reprenant une série de recommandations en faveur de l'éducation universelle.

Le 16 juin 1976, des dizaines de jeunes Sud-Africains étaient massacrées à Soweto par l'armée de l'apartheid alors qu'ils manifestaient pacifiquement pour réclamer une éducation de qualité et contre l'obligation d'apprendre l'afrikaans (la langue des Boers) à l'école. Depuis cette date, la Journée internationale de l'enfant africain est commémorée régulièrement en Afrique et ailleurs. Cette année, le collectif IDAY (International Day of the African Childhood), qui regroupe plusieurs dizaines d'ONG africaines et européennes, entend mettre l'accent sur l'un des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). En 2000, les Etats membres des Nations Unies ont convenu de huit objectifs en matière de développement à atteindre d'ici à 2015. L'un d'eux vise à fournir à tous les enfants de la planète les moyens d'achever un cycle complet d'études primaires. “La situation est grave”, a expliqué Billy Kalonji, président de l'Afrikaans Platform. “Aujourd'hui, près de 70 millions de jeunes Africains n'ont pas accès à une éducation de base, dont 38 millions d'enfants âgés de six à 12 ans et plus de 30 millions d'illettrés âgés entre 15 et 24 ans. A ces chiffres, il faut ajouter les oubliés, c'est-à-dire les enfants soldats, les esclaves, les enfants des rues ou les enfants dits sorciers, qui n'ont ni famille ni état civil”, a-t-il ajouté. “Tous les objectifs du millénaire sont importants”, a indiqué Jean-Jacques Schul, initiateur du Manifeste IDAY, “mais l'éducation est fondamentale car sans enseignement, il n'y a pas de développement économique durable, de progrès en matière de santé, de gouvernance ou de droits politiques”. Les organisateurs de cette journée constatent, par exemple, que dans son programme d'aide pour les années 2008-2013 aux pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) — d'un montant total de 22 milliards d'euros (environ 29 milliards de dollars) — l'Union européenne n'a réservé que 4 pour cent aux services sociaux en matière d'éducation. La principale affectation de l'aide européenne est destinée à des projets liés au développement des infrastructures.

“Si nous continuons dans cette logique d'investissement dans les infrastructures plutôt que dans le développement humain, les efforts fixés par les objectifs du millénaire n'aboutiront pas”, a estimé Kalonji. “Il y a eu des améliorations en matière d'accès à l'éducation. Entre 1991 et 2004, par exemple, le nombre d'enfants entrés en première année d'études primaires est passé de 76 à 94 pour cent, mais la proportion d'échec scolaire est importante et les principales raisons qui empêchent encore ces enfants de terminer leur scolarité sont liées à la pauvreté, à leur isolement dans les zones rurales ou à leur sexe”, a-t-il indiqué. “Les élèves africains n'ont pas d'ordinateur, pas assez de matériel scolaire et doivent parfois marcher des kilomètres pour rejoindre leur école”, a expliqué à IPS Marième Diop, âgée de 18 ans, étudiante en classe terminale au lycée Mbao de Dakar, au Sénégal. “Mes parents ont toujours été très stricts à propos de l'éducation et mon père a préféré mettre ses six enfants à l'école, dont cinq filles. A l'époque, c'était un sacrifice et surtout l'éducation des filles n'était pas assez soutenue”, souligne cette jeune fille qui rêve de devenir ingénieur en télécommunications. Jeudi, les différents représentants d'IDAY ont exposé, à Bruxelles, à la vice-présidente du Parlement européen, Luisa Morgantini, une série de recommandations en faveur de l'éducation universelle. Dans leur Manifeste, ils encouragent notamment les ONG africaines à exercer une pression accrue sur leurs gouvernements pour que ceux-ci consacrent au moins 20 pour cent de leurs dépenses à des programmes d'éducation. Ils estiment également que le Fonds monétaire international devrait considérer le financement public de l'éducation comme un investissement et non comme une dépense courante, et ils souhaitent que cet investissement ne soit pas affecté par des restrictions budgétaires ou d'ordre politique. En outre, ils encouragent tous les Etats africains à se doter d'un cadre légal en matière de protection et d'aide à la jeunesse, et insistent également sur le rôle de la diaspora africaine à travers ses actions dans les communautés d'origine. Prenant la parole au cours de cette réunion en tant que représentante de la jeunesse africaine, Diop a ému tous les participants — des représentants d'ONG aux ambassadeurs africains en poste à Bruxelles en passant par les différents responsables européens. “L'Afrique est riche et sa richesse n'est pas que dans sa terre à travers son pétrole, son cuivre ou son coton”, a-t-elle déclaré. “La richesse de l'Afrique, ce sont ses jeunes. Je vous demande donc votre aide, mais surtout votre respect”, a-t-elle ajouté, la voix tremblante mais décidée.