G8: Le Sommet a fait peu pour l'aide à l'Afrique, sur la réglementation des fonds spéculatifs

HEILIGENDAMM, Allemagne, 11 juin (IPS) – Le Groupe des huit pays industrialisés (G8) s'est mis d'accord pour allouer 60 milliards de dollars comme nouvelle aide à l'Afrique dans "les années à venir", pour renforcer la lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose, et pour améliorer l'éducation primaire à travers le continent.

Mais le sommet des chefs de gouvernement du G8 (Grande-Bretagne, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon, Etats-Unis et Russie) n'a pas respecté son propre engagement, pris au sommet de 2005 à Gleneagles, en Ecosse, de doubler l'aide à l'Afrique d'ici à 2010. Le groupe a également terminé sa rencontre de trois jours à la station balnéaire sans un compromis sur un code de conduite obligatoire pour les fonds spéculatifs, qui, avec leurs spéculations hautement risquées, selon les experts, tendent à déstabiliser les marchés financiers internationaux, affectent la croissance de l'économie réelle et ont le potentiel de provoquer une crise majeure parmi les banques et autres institutions financières privées. Dans une déclaration conjointe sur l'Afrique publiée vendredi, le dernier jour du sommet, les pays du G8 ont promis "d’échelonner leurs efforts de contribuer à l'accès universel pour tous aux programmes complets de prévention du VIH/SIDA, au traitement, aux soins et aux prises en charge d'ici à 2010". Selon la déclaration, l’objectif est de "développer et renforcer les systèmes de santé pour que les soins de santé, spécialement les soins de santé primaires, soient fournis de façon durable et équitable dans le but de réduire la maladie et la mortalité, avec une attention particulière aux besoins de ceux qui sont les plus vulnérables à l'infection, y compris les filles adolescentes, les femmes et les enfants".

Pour ce faire, le G8 promet de "continuer… les efforts vers ces objectifs afin de fournir au moins une projection de 60 milliards de dollars US sur les années à venir, et d'inviter d'autres donateurs à contribuer également. Ces contributions vont compléter les efforts consentis par les gouvernements africains". La moitié de l'argent sera allouée par le gouvernement des Etats-Unis, et l'autre moitié par le groupe des sept autres pays. L'Allemagne doit augmenter sa contribution au fonds de quatre milliards d'euros (5,4 milliards de dollars) d'ici à 2015, a déclaré Heidemarie Wieczorek-Zeul, ministre de l'Aide au Développement. Les contributions futures de l'Allemagne passeront à 500 milliards d'euros par an, de 400 millions d'euros cette année et 300 millions d'euros en 2006. En plus du fonds de lutte contre le SIDA, le paludisme et la tuberculose, les dirigeants du G8 ont confirmé une aide supplémentaire de 500 millions de dollars en 2007, comptant pour "l'Education pour tous", un projet pour le développement durable en Afrique.

Les dirigeants du G8 ont qualifié l'accord de "progrès énorme". Le Premier ministre britannique partant, Tony Blair, a déclaré aux reporters que le G8 "s'est engagé (lui-même) de nouveau à respecter tous les engagements…pris il y a deux ans à Gleneagles. Ce qui est important, c'est que nous avons défini comment honorer".

"Nous reconnaissons des deux côtés (le G8 et les dirigeants africains) que nous avons un long chemin à parcourir et beaucoup de choses à faire, mais la vérité est que de progrès énormes ont été réalisés et un signe réel important est probablement la déclaration du Japon selon laquelle, pour le prochain G8, l'Afrique sera bien au cœur de l'ordre du jour, et ceci est une bonne nouvelle", a-t-il ajouté. Mais le nouveau programme d'aide n'est pas allé loin sur la promesse faite au sommet de 2005 du G8 à Gleneagles de doubler l'assistance directe publique en faveur de l'Afrique d'ici à 2010. Le G8 a promis à ce sommet d'augmenter l'aide aux pays en développement d'environ 50 milliards de dollars chaque année d'ici à 2010, ce qui signifierait dépenser au moins 25 milliards de dollars par an en Afrique en commençant en 2005.

Le ministre Wieczorek-Zeul a annoncé que "l'Allemagne réalisera sa promesse; voyons comment les autres vont agir". En outre, le groupe n'a pas pu s'entendre sur un processus commun pour allouer l'aide. Les Etats-Unis ont insisté pour maintenir leurs programmes bilatéraux avec les Etats africains pour la majeure partie de leur aide. Mais Wieczorek-Zeul a indiqué qu'un processus commun serait développé, "pour éviter des doublons inutiles". Le sommet du G8 a également conclu ses travaux sans un accord sur l'établissement d'une réglementation obligatoire sur les fonds spéculatifs, une déception particulière pour le ministre allemand des Finances, Peter Steinbruck, qui a émis l'idée d'adopter un "code de conduite" envers de tels spéculateurs.

Bien que le désaccord sur ce sujet apparaisse sans surprise, du fait que la position contraire des gouvernements américain et britannique — sous la juridiction desquels la majorité de ces fonds spéculatifs opèrent — est connue depuis des mois, il marque un autre point de frustration du sommet de Heiligendamm. De plus, la critique des fonds spéculatifs est une chose largement acceptée. Dans une lettre ouverte, publiée juste avant le sommet du G8, un groupe de socialistes membres du Parlement européen, ensemble avec un membre du Congrès américain, a appelé pour plus de transparence et de responsabilité des fonds spéculatifs vis-à-vis des marchés financiers internationaux, un renforcement des droits des travailleurs et la mise en place d'un groupe de travail international pour formuler des recommandations en vue de réglementer les spéculations. Le groupe des membres du Parlement européen, conduit par l'ancien Premier ministre danois Poul Nyrup Rasmussen et le démocrate congressiste américain Barney Franck, a averti contre les risques que les actions privées cotées en bourse et les fonds spéculatifs représentent pour "l'économie réelle", tels que la mise en danger à long terme de la croissance et de la création d'emploi.

Lors d'une conférence de presse donnée à Bruxelles le 4 juin, Rasmussen a souligné que les 20 premières firmes aux actions privées cotées en bourse emploient autour de quatre millions de travailleurs et que leur propriété sur les entreprises fait d'elles "le plus gros employeur du monde". "Le problème", a-t-il affirmé, "est qu'elles ne se considèrent pas comme des employeurs".

Il a ajouté que ces fonds étaient souvent motivés par la maximisation du profit à court terme, sans "aucun respect pour les emplois, les travailleurs ou l'investissement à long terme". Même les gérants des fonds spéculatifs commencent à admettre que l'état actuel de la libéralisation et l'absence de taxes sur les transactions des fonds est inacceptable. Dans un article commentaire paru dans le 'London Financial Times', Nicolas Ferguson, directeur général du groupe SVG, a révélé que lui et ses pairs payent "moins de taxe qu'une femme de ménage". Mais le G8 a ignoré la critique des parlementaires et a évité toute mention d'une nouvelle réglementation ou d'un code de conduite.

Dans une déclaration conjointe, le G8 a simplement dit que "l'évaluation du système des potentialités et des risques opérationnels liés à ces activités est devenue plus complexe et plus difficile. Etant donné la forte croissance de l'industrie des fonds spéculatifs et la complexité croissante des instruments qu'elle commercialise, nous réaffirmons la nécessité d'être vigilants".