G8: Réduction de pauvreté et changement climatique sont inextricablement liés

JOHANNESBURG, 8 juin (IPS) – Dans les dernières heures qui ont précédé l'ouverture cette semaine du sommet du Groupe des huit (G8) en Allemagne, les activistes ont souligné la nécessité d'aborder à la fois le problème du changement climatique et de la réduction de la pauvreté — des points importants à l'ordre du jour de la réunion –- afin qu'il ait une amélioration réelle des conditions de vie en Afrique.

"Si la menace du changement climatique n'est pas écartée, elle anéantira tous les efforts consentis pour aider les pauvres à travers des engagements comme l'aide", a déclaré Ciara O'Sullivan, coordinatrice des médias de l'Appel mondial pour l'action contre la pauvreté — une coalition internationale regroupant des organisations civiques locales de plus de 100 pays. Le G8 comprend les nations les plus industrialisées du monde : la Grande-Bretagne, le Canada, la France, l'Italie, le Japon, les Etats-Unis, la Russie — et l'Allemagne, abritant le sommet annuel dans le cadre de sa présidence du groupe pour une année. Les responsables des huit pays ont débuté leur rencontre mercredi dans la station balnéaire de Heiligendamm sous haute sécurité, puisque des milliers de manifestants auxquels l'accès de la ville a été interdit formulent leurs exigences à partir de Rostock voisine. Le gouvernement de la chancelière allemande Angela Merkel espérait progresser dans les discussions des 6-8 juin en parvenant à la signature d'un traité pour remplacer le Protocole de Kyoto au profit de la Convention cadre sur le changement climatique des Nations Unies de 1992 qui expirera en 2012. Le protocole de 1997 demande aux grandes nations industrialisées de réduire leurs émissions combinées de gaz à effet de serre — liées au réchauffement de la terre — de cinq pour cent en dessous des niveaux de 1990, d'ici à 2012. Aux termes des propositions postérieures au Protocole de Kyoto énoncées par l'Allemagne, les émissions devraient être réduites encore plus — de 50 pour cent en dessous des niveaux de 1990, d'ici à 2050 — pendant que l'efficacité énergétique devrait s'améliorer de 20 pour cent d'ici à 2020. Toutefois, ces résolutions ne rencontrent pas l'assentiment des Etats-Unis, le plus grand émetteur mondial de gaz à effet de serre. Le président George W. Bush a plutôt suggéré la semaine dernière que jusqu'à 15 des pays du monde, qui émettent le plus de gaz à effet de serre, négocient en dehors des Nations Unies pour limiter leurs émissions à long terme — mais il n'a pas donné de plafonnements à ces réductions. Tandis que l'ancien président Bill Clinton a signé le Protocole de Kyoto, Bush a abandonné le traité par crainte qu'il affecte l'économie des Etats-Unis, laquelle est alimentée par des combustibles fossiles qui émettent des gaz à effet de serre dans l'atmosphère quand ils brûlent. Bush a longtemps préconisé des plafonnements volontaires pour la réduction du gaz à effet de serre, malgré des demandes largement exprimées des réductions obligatoires.

"Nous demandons au G8 de faire des réductions profondes des émissions dès que possible, 30 pour cent d'ici à 2020 et 50 pour cent d'ici 2050", a déclaré Annie Sugrue, coordonnatrice de l'Afrique australe de Citoyens unis pour l'énergie renouvelable et la durabilité, un groupe de pression basé dans la capitale économique sud-africaine, Johannesburg. L'incapacité à aborder le problème de changement climatique pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l'Afrique. Un rapport réalisé en avril par le Panel intergouvernemental sur le changement climatique, 'Changement climatique 2007 : Impacts, adaptation et vulnérabilité', prévoit que jusqu'à 250 millions de personnes auront des difficultés à accéder à l'eau en quantité suffisante d'ici à 2020 à cause du changement climatique. La production agricole pourrait être réduite de moitié, dans certains cas, pendant la même période. D'autres effets néfastes possibles sont la montée du niveau de la mer vers la fin du siècle, ce qui va réduire la densité des zones côtières peuplées.

Le Premier ministre britannique Tony Blair, qui a participé à son dernier sommet du G8 cette semaine avant la fin de son mandat prévue le 27 juin, a déclaré la semaine dernière, à une rencontre à l'Université d'Afrique du Sud, que le changement climatique pourrait également exacerber la propagation des maladies.

"Plus de 110 millions de personnes en Afrique vivent dans des régions sujettes à l'épidémie du paludisme. De légers changements de la pluviométrie et de la température pourraient augmenter ce chiffre de 80 millions d'ici à la fin de ce siècle", a-t-il noté. Blair était en Afrique du Sud dans le cadre de sa dernière visite officielle en Afrique. "La décision de la chancelière Merkel d'inscrire le changement climatique à l'ordre du jour du sommet du G8 nous donne l'occasion d'injecter un nouveau souffle dans la recherche d'une solution globale", a-t-il ajouté.

Le Premier ministre sortant a également indiqué que le sommet serait une occasion pour lui de recommander vivement à ses pairs de tenir les promesses d'aide faites à Gleneagles, en Ecosse, en 2005. Les dirigeants étaient parvenus à un accord sur la remise des dettes, l'augmentation de l'aide de 50 milliards de dollars annuellement aux pays en développement d'ici à 2010 — avec 25 milliards de dollars de cette somme réservés pour l'Afrique — et sur le financement du traitement du VIH/SIDA et de l'éducation primaire. Pendant qu'il était en Afrique du Sud, Blair a déclaré que 18 pays africains ont bénéficié d’une remise de dette de 38 milliards de dollars : "La Zambie a utilisé le montant de sa remise de dette pour supprimer les frais de santé, donnant aux dizaines de milliers de personnes l'accès aux soins de santé gratuits".

"Il y a eu également des progrès dans le sens de l'accès de tous aux médicaments du SIDA…, (une) augmentation de 10 fois le nombre de personnes sous ARV (médicaments anti-rétroviraux) en Afrique subsaharienne, atteignant maintenant un total de plus d'un million — 23 pour cent de ceux qui ont besoin de traitement. En 2005, cette politique avait sauvé plus de 250.000 vies". Mais, Oxfam, une agence d'aide mondiale, déclare, dans un communiqué de presse du 18 mai, que "…des chiffres récents produits par l'OCDE montrent qu'en 2006, l'aide à l'Afrique a pleinement changé, et l'aide totale a vraiment chuté". (L'OCDE basée à Paris, ou l'Organisation pour la coopération et le développement économiques, regroupant 30 pays — et spécialisée dans la recherche économique). L'Allemagne a annoncé la semaine dernière qu'elle allait augmenter l'aide au développement d'environ quatre milliards de dollars entre 2008 et 2111, tandis que Bush a promis de doubler les efforts des Etats-Unis pour traiter le VIH/SIDA à 30 milliards de dollars sur les cinq années à venir. Même si Oxfam a salué ces engagements, elle a noté que l'augmentation promise par l'Allemagne ne lui permettrait pas de respecter son engagement de 2005 pris à Gleneagles d'accroître l'aide à 0,51 pour cent du revenu national brut d'ici à 2010. "Se fondant sur les chiffres de l'OCDE, Oxfam a estimé que le gouvernement allemand aurait besoin de trouver approximativement 1,5 milliard d'euros (environ deux milliards de dollars) chaque année entre maintenant et 2010 pour atteindre son objectif — deux fois ce qui a été annoncé", a souligné l'agence dans une déclaration du 1er juin. Les intérêts des pays en développement devraient être mis en relief au sommet grâce à la présence des dirigeants venus du Brésil, de Chine, de l'Inde, du Mexique et d'Afrique du Sud — les cinq marchés émergents les plus importants — et d'autres Etats en développement. La croissance dans ces cinq pays les attire rapidement vers le débat autour des réductions des émissions à effet de serre. Il était également attendu que le G8 discute de commerce avec les cinq, dans l'espoir de relancer les négociations commerciales mondiales, concernant plusieurs sujets — y compris les subventions à l'agriculture dans les nations industrialisées, lesquelles affectent les agriculteurs des régions les plus pauvres.