DEVELOPPEMENT-MOZAMBIQUE: Déjà sous l'eau, le pays craint le pire avec Favio

JOHANNESBURG, 23 fév (IPS) – Les Mozambicains se préparent à recevoir, à son passage, le cyclone Favio qui pourrait créer davantage de problèmes aux 120.000 personnes déjà anéanties par des inondations qui ont ravagé le pays ces dernières semaines.

"Il y aura non seulement plus de pluies, mais le cyclone Favio pourrait toucher le Mozambique cette semaine. La météo…indique que le cyclone s'abattra très probablement sur le sud du pays, le jeudi (22 février)", a déclaré à IPS, depuis la capitale, Maputo, Eunice Mucahe, directrice de programme à la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge du Mozambique.

Favio était passé auparavant au-dessus de l'océan Indien.

"Si le cyclone touche les abords de Beira (une ville côtière), alors il pourrait toucher une population déjà lourdement affectée par les inondations", a indiqué dans un entretien avec IPS, Richard Lee, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM).

Dans un communiqué diffusé mardi, le PAM a annoncé qu'il avait besoin de 12 millions de dollars pour nourrir 900.000 personnes au Mozambique jusqu'à la fin de 2007.

"Mais les populations affectées (par les inondations) constituent notre priorité à l'heure actuelle. Si la situation se détériore, nous pourrions avoir besoin de plus d'argent", a noté Lee. "Des discussions sont en cours pour le lancement d'un appel conjoint (avec d'autres agences)".

Pour sa part, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge a lancé un appel de fonds de 5,6 millions de dollars pour venir en aide aux personnes affectées par les inondations. Mucahe a expliqué que ce montant serait revu à la hausse si de nouvelles inondations devaient occasionner davantage de dégâts.

La fédération a également déployé 600 volontaires dans les provinces touchées par l'inondation : Zambezia, Sofala, Manica et Tete seraient les plus affectées.

"L'opération vise à offrir un abri provisoire à 100.000 personnes dans les quatre provinces affectées, et à distribuer 5.000 tentes, 15.000 bâches, 40.000 couvertures, 20.000 séries d'ustensiles, des pains de savons et 40.000 moustiquaires", aurait indiqué, dans un communiqué publié par le groupe, Hanna Schmuck, chef de l'équipe de coordination et d'évaluation sur le terrain, à Maputo.

"Les appels de fonds financeront également la fourniture d'eau potable pour les populations touchées et la construction de 500 latrines".

Cependant, la tâche n'est pas aisée pour les travailleurs humanitaires. "Au moins 29 personnes ont trouvé la mort; plus de 46.000 maisons ont été emportées et environ 88.600 personnes ont été déplacées. L'agence gouvernementale en charge des désastres, estime que 285.000 personnes pourraient être affectées dans le pire des cas", souligne le communiqué de la fédération, notant également que plus de 100 écoles, quatre centres de santé, des routes, des ponts et 15.000 hectares de cultures ont été détruits.

"Jusqu'ici, des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées, par l'armée, de la vallée du fleuve Zambèze inondée, à l'aide d'hélicoptères et de pirogues".

Lee a démenti les craintes selon lesquelles la fatigue des donateurs pourrait saper l'aide aux victimes des inondations au Mozambique : "Je ne pense pas cela. Il y a seulement beaucoup de demandes concurrentes dans des endroits comme le Soudan et le Tchad".

Ce n'est pas la première fois que le Mozambique est touché par d'importantes inondations. Entre 2000 et 2001, des inondations avaient occasionné la mort de plus de 700 personnes et le déplacement de plus d'un million d'autres. Des victimes terrifiées avaient dû être évacuées par pont aérien des villages inondés, avec une femme accouchant dans un arbre où elle avait espéré échapper à la montée des eaux.

"L'inondation de 2000/2001 était vraiment énorme. Nous avions été pris au dépourvu. Cette fois-ci, le gouvernement est beaucoup plus aguerri. Il est beaucoup mieux équipé et organisé pour faire face à la crise. La situation est sous contrôle", a déclaré Mucahe.

De fortes pluies ont également fait des victimes ailleurs dans la région.

Le mois dernier, des inondations avaient touché la capitale, Luanda, ainsi que Benguela et d'autres provinces de l'ouest, occasionnant 90 décès, selon 'Action by Churches Together' (ACT) : un groupe basé en Suisse s'occupant d'une variété de questions, au nombre desquelles la résolution des conflits et la distribution de l'aide alimentaire.

ACT a rencontré huit groupes confessionnels à Genève le 26 janvier pour une préparation aux fortes pluies allant de la fin-février au début-avril en Angola.